Le 15 novembre 2015, se rompait dans le Minas Gerais au Brésil le barrage de Fundão à Mariana, provoquant la pollution massive et durable, voire irréversible des eaux du Rio Doce, jusqu’à l’océan Atlantique.

2 ans et 4 mois plus tard, la compagnie Samarco, responsable du crime, n’a toujours pas été inquiétée. Pire, d’autres pollutions dues à l’exploitation des ressources naturelles dans la région continuent à contaminer le Rio Doce, sans compter les centaines d’autres barrages présents dans la zone, susceptibles de déborder ou de se rompre à tout moment.

Dans le même temps, les victimes attendent toujours réparation. Parmi elles, les Krenaks, peuple autochtone originaire des berges du fleuve. Geovani et Daniel, leurs représentants, étaient présents aux côtés de France Libertés au Forum Social Mondial de Salvador de Bahia et au Forum Alternatif Mondial de l’Eau de Brasilia pour dénoncer ce qu’ils qualifient de crime.

Sur la photo: « Watu (Rio Doce), Vie et mort d’un fleuve sacré »

« Le Rio Doce a été tué, notre culture a été tuée » Daniel Krenak

2015 a été pour les Krenaks une annus horibilis sans équivalent dans toute l’histoire du peuple. Le crime du Rio Doce a eu des conséquences dévastatrices pour ce peuple dont le mode de vie et la culture étaient profondément connectés au fleuve.

L’eau est devenue impropre à la consommation. L’agriculture et l’élevage sont compromis. Les poissons du cours d’eau, base de l’alimentation locale, ont été décimés, asphyxiés par les boues rouges toxiques. Les Krenaks ne peuvent même plus apprendre à nager à leurs enfants, du fait des taux record de métaux lourds présents dans l’eau.

La pollution du Rio Doce est avant tout une blessure spirituelle profonde pour les Krenaks. Le Watu, fleuve sacré, est considéré par ces derniers comme un père, dont ils pleurent aujourd’hui la mort. Leurs peintures corporelles traditionnelles, représentant le niveau des eaux du Watu, ne sont plus aujourd’hui que l’expression d’un souvenir amer et douloureux, notamment pour les anciens, comme le soulignent abondamment Geovani et Daniel.

 

Geovani et Daniel insistent pour parler de la rupture de barrage de déchets miniers comme d’un crime. Parler d’ »accident », de « catastrophe » ou de « désastre » revient selon eux à diluer toute responsabilité. La rupture du barrage de déchets miniers est le résultat de choix pris par l’entreprise Samarco en connaissance de cause.

« Notre peuple continuera à lutter »

La culture de tout un peuple et les équilibres naturels ont été brisés. Cependant, Geovani et Daniel refusent tout fatalisme : « Le peuple s’adaptera mais ne disparaîtra pas ».

Les deux représentants autochtones rappellent le caractère guerrier et résistant de leur peuple, qui est toujours parvenu à s’adapter malgré les nombreuses épreuves. Une solution est particulièrement mise en exergue : celle de la récupération de leur territoire ancestral de Sete Salões.

Cette terre, sur l’autre rive du Rio Doce et richement dotée en ressources d’eau douce saine, cristallise un double enjeu fondamental pour les krenaks :

  • obtenir des autorités la restitution et la démarcation officielle de leurs terres (pour l’heure occupées  entre autres par un embouteilleur d’eau vendue sous la marque Krenak)
  • récupérer un accès à l’eau qui leur permettra de subsister et perpétuer leurs traditions et religion.

L’eau est un bien commun, dont la mise en péril dans de nombreuses zones du globe concerne toutes les populations du monde, autochtone ou non, sans distinction.

Geovani et Daniel lancent ainsi un appel à la solidarité internationale afin de faire front commun face aux entreprises minières soutenues par les pouvoirs publics. Ils invitent à ce que chacun prenne conscience que « le crime a eu lieu en 2015, mais il se produit encore aujourd’hui et continuera à se produire demain » ; ses effets ne cessent de se faire sentir. Il est donc primordial pour eux de continuer à en parler. Les victimes ne doivent pas tomber dans l’oubli, l’impunité des compagnies doit cesser et les générations futures doivent être préservées de ces crimes.

C’est dans cette perspective que France Libertés, en collaboration avec le peuple Krenak, lancera prochainement une campagne internationale de sensibilisation, autour de l’impact du crime de Mariana sur ce peuple autochtone.

L’article original est accessible ici