Démocratie formelle et démocratie réelle [2 de 2]

28.02.2018 - Rédaction France

Démocratie formelle et démocratie réelle [2 de 2]

Ce texte est une deuxième contribution de Pressenza dans le cadre de la soirée ‘Lanceurs d’alerte et démocratie’ qui aura lieu ce 1 mars 2018 à Paris et qui inclut la présentation du film ‘Meeting Snowden’ de Flore Vasseur.

Ce texte correspond au chapitre ‘Démocratie formelle et démocratie réelle’ du livre Lettres à mes amis de Silo. 

 

L’édifice de la démocratie s’est gravement délabré avec l’effondrement de ses principaux fondements : indépendance entre les pouvoirs, représentativité et respect des minorités.

L’indépendance théorique entre les pouvoirs est un contresens. Il suffit de rechercher dans la pratique l’origine et la composition de chacun d’eux pour démontrer les relations intimes qui les unissent. Il ne pourrait en être autrement. Tous font partie d’un même système. De la sorte, les crises fréquentes (empiétement des pouvoirs, superposition de fonctions, corruption et irrégularités) correspondent à la situation globale, économique et politique d’un pays donné.

À propos de la représentativité, depuis l’époque de l’extension du suffrage universel, on pensait qu’il n’existait qu’un seul acte entre l’élection et la fin du mandat des représentants du peuple. Mais à mesure que le temps passait, on a vu clairement qu’il existe un premier acte, par lequel un grand nombre élit un petit nombre, et un deuxième acte, par lequel ce petit nombre trahit le grand nombre en représentant des intérêts étrangers au mandat reçu. Déjà, ce mal couve dans les partis politiques réduits à des coupoles de dirigeants coupées des besoins du peuple. Déjà, dans la machinerie des partis, les grands intérêts financent les candidats et leur dictent la politique à suivre. Tout ceci met en évidence une crise profonde dans le concept et la mise en pratique de la représentativité.

Les humanistes luttent pour transformer cette pratique en donnant une plus grande importance à la consultation populaire, au plébiscite et à l’élection directe des candidats. Dans de nombreux pays, il existe encore des lois qui assujettissent les candidats indépendants à des partis politiques ; de même, il existe des subterfuges et des contraintes financières qui les empêchent de se présenter devant la société. Toute Constitution ou loi qui s’oppose à la pleine capacité du citoyen d’élire et d’être élu, se moque des fondements mêmes de la démocratie réelle qui est au-dessus de toute règle juridique. Et si l’on parle d’égalité des chances, les médias doivent se mettre au service de la population lors de la période électorale pendant laquelle les candidats exposent leurs propositions, en accordant à tous exactement les mêmes chances.

Par ailleurs, on doit imposer des lois de responsabilité politique par lesquelles, celui qui ne respecte pas les promesses faites à ses électeurs, risque la révocation, la destitution ou le jugement politique.

Car l’expédient, pratiqué actuellement, par lequel les individus ou partis qui ne tiennent pas leurs engagements sont sanctionnés par les urnes lors du prochain scrutin, n’interrompt en rien le deuxième acte de trahison des personnes représentées. Il existe de plus en plus de moyens technologiques pour mettre en œuvre la consultation directe sur les sujets d’urgence. Il n’est pas question de privilégier les sondages ni les enquêtes manipulées mais de faciliter la participation et le vote direct grâce aux moyens électroniques et informatiques de pointe.

Dans une démocratie réelle, on doit donner aux minorités les garanties que mérite leur représentativité, mais on doit également favoriser toute mesure qui facilite, dans la pratique, leur insertion et leur développement. Aujourd’hui, les minorités harcelées par la xénophobie et la discrimination demandent anxieusement à être reconnues et, dans ce sens, il est de la responsabilité des humanistes d’élever cette question au niveau des discussions les plus importantes, en érigeant partout la lutte jusqu’à vaincre les néo-fascismes avoués ou dissimulés. En définitive, lutter pour les droits des minorités, c’est lutter pour les droits de tous les êtres humains.

Mais il arrive aussi que dans l’ensemble d’un pays, des provinces entières, des régions ou des provinces autonomes subissent la même discrimination par la contrainte qu’exerce l’État centralisé, aujourd’hui instrument impuissant dans les mains du grand capital. Ceci devra cesser par la mise en place d’une organisation fédérative dans laquelle le pouvoir politique réel reviendra aux mains des dites entités historiques et culturelles.

En définitive, mettre en avant les thèmes du capital et du travail, les thèmes de la démocratie réelle et les objectifs de la décentralisation de l’appareil étatique, c’est acheminer la lutte politique vers la création d’un nouveau type de société. Une société flexible et en changement constant, en accord avec les nécessités dynamiques des peuples, aujourd’hui asphyxiés par la dépendance.

Catégories: Droits humains, International
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