La vorace et sordide Las Vegas

14.10.2017 - Romane Vilain

La vorace et sordide Las Vegas
(Crédit image : Romane Vilain)

Quelles raisons peuvent bien pousser un individu à se rendre à Las Vegas ? Pour les machines à sous et les casinos, les discothèques de luxe et les strip-teaseuses, les fêtes et spectacles en tout genre, les attractions diverses et variées ou encore les mariages douteux dans des églises miteuses.

Il faut le voir pour le croire

C’est pour ma part une curiosité sordide qui m’a poussé jusqu’à la ville de tous les vices. Durant ce furtif séjour j’ai eu l’impression constante d’être un espion dans un monde robotisé ; j’étais en effet la seule personne à ne pas être contaminée par la recherche constante du divertissement‑abrutissement. Telle une observatrice consternée j’ai arpenté les boulevards luxuriants, les complexes hôteliers ahurissants et les casinos abrutissants de cette ville mirage. Difficile de s’attendre à autre chose quand on se rend dans cette sin city perdue au milieu du désert. Pourtant, il faut le voir pour le croire.

Des buildings de plusieurs étages comportant des dizaines de casinos, complexes sportifs, restaurants, magasins en tout genre, salles de concerts et même parcs d’attraction ! Tout ce qui à trait au divertissement et à la consommation y trouve sa place. Las Vegas, ce sont des immeubles remplis d’immenses corridors débouchant sur des salles de jeux où la lumière du jour ne pénètre même pas, de la musique entêtante, des écrans partout, des foules de personnes diverses et variées se baladant tels des zombies dans ces labyrinthes qui donnent le tournis. Mieux vaut ne pas être claustrophobe ou agoraphobe pour pénétrer dans ces lieux malsains éteints de tout contact humain.

Promenez-vous dehors, ça ne sera guère mieux. Que dire du fameux Strip, le boulevard aux couleurs artificielles, aux monuments plastique et publicités mensongères. Vous pourrez y trouver des cafés à la parisienne en dessous d’une fausse Tour Eiffel, les canaux de Venise version couleur chlore de piscine ou encore l’imitation ingrate de vestiges romains. Parsemez le tout de multiples casinos, magasins et restaurants et vous obtiendrez un panorama complet d’une ville sans charme.

 

Un seul et même vice : l’appât du gain

Toutefois je dois dire que ces lieux sont à l’image des gens qui les fréquentent. On y trouve un public très divers. Cela va de la mère de famille venue passer son week-end aux machines à sous dans l’espoir de dégoter le magot imaginaire qu’on lui suggère, de jeunes étudiants venus se défouler en profitant de l’alcool, des jeux et des prostituées, du couple de jeunes cadres à la recherche de sensations fortes et de ce qu’ils appellent beauté, jusqu’au mendiant alcoolique errant à la recherche d’un peu de fric. Le point commun de toutes ces personnes que j’ai pu observer lors de mon séjour est qu’elles paraissent toutes déconnectées d’une triste réalité et qu’elles sont toutes attirées par un seul et même vice : l’appât du gain. Des êtres peu authentiques, très pathétiques et dont on devient vite allergique. Il suffit d’observer les réactions face au récent et tragique événement s’étant produit sur le boulevard si populaire pour se rendre compte du décalage permanent de cette ville face à la réalité. Deux jours après la terrible fusillade qui a fait tout de même près de 60 morts et plus de 500 blessés, la ville reprenait déjà son train de vie effréné et robotisé, les touristes et passants retournant à leurs écrans et soirées respectives. Après tout, le divertissement c’est quand même le plus important.

Exacerbation de l’irréel et surconsommation à outrance

A Las Vegas, tout est faux, même les comportements. Ne cherchez pas l’interaction, l’authenticité d’une rencontre, le charme d’un échange, la profondeur d’un regard ou la spontanéité d’un sourire. Ils n’existent pas. Bannissez toute émotion ou opinion, ici seul compte le pognon. Tout est superficiel, irréel et vide de sens. Vegas n’est que l’incarnation du faux et de la surconsommation. Plus c’est abondant, plus c’est vide. Ce sont des lieux et personnes sans âmes. Surjouer et consommer deviennent les maîtres mots d’une ville qui ne s’arrête jamais. Du divertissement-abrutissement à gogo, de l’ennui à foison. De l’hypocrisie et de la surenchère qui font une bien triste paire. A Las Vegas, tout n’est que mensonge et paraître. On fait croire aux individus lambda que le monde est à leur portée, qu’il suffit de quelques centimes pour atteindre gloire et estime. Le pire, c’est que cela marche très bien. J’ai vu des personnes accros aux jeux, passer des heures devant des machines effrayantes. J’ai vu des alcooliques et des drogués se promener dans les rues, le regard vitreux, à la recherche de quelque chose d’introuvable. J’ai vu des familles errant dans de vastes couloirs, à la recherche d’un fast-food à prix convenable. J’ai vu des prostituées se pavanant sur les trottoirs, aux sourires aussi faux que leur corps. J’ai vu des gens superficiels et odieux, qui pensent que le monde s’arrête sous leurs yeux. Je suis allée à Las Vegas et j’’en ai eu la chair de poule.

Une ville représentative d’une société toute entière

Comment peut-on tolérer l’existence même d’un endroit aussi écœurant et déshumanisant ? Las Vegas est vide de sens et bien représentative d’une société toute entière. Une société malade incarnée par le consumérisme à outrance, le divertissement comme valeur principale et l’argent comme intérêt commun. Les riches investisseurs et autres farceurs le savent et l’exploitent, les habitants en sont fiers et les touristes sont attirés par cette culture de la démesure. Le problème, c’est que même si cette ville génère l’idée d’un monde irréel, elle n’en reste pas moins vraie. Las Vegas ne sort pas d’un conte de fée ou d’un imaginaire psychédélique. Si pour la plupart des passants elle n’est qu’un paradis artificiel où l’on y vient passer quelques jours, elle reste tout de même une ville de près de 2 millions d’habitants qui reçoit plus de 30 millions de touristes chaque année.

Un désastre écologique

Cet afflux massif d’êtres humains nécessite des quantités extraordinaires tant en eau, électricité et nourriture. Las Vegas, c’est plus de 120.000 chambres d’hôtel, des millions de repas servis quotidiennement, des piscines à foison, des fontaines géantes, des panneaux publicitaires de tous les côtés, des lumières qui ne s’éteignent jamais… Comment alimenter ce monstre vivant au beau milieu d’un désert ? Autant dire que cette ville est un réel désastre écologique. Afin de pérenniser le fonctionnement de cette ville-écran, des dizaines de barrages ont été construits sur le fleuve du Colorado, renforçant l’assèchement des zones limitrophes. Las Vegas est donc plutôt vorace, surtout à l’heure où le changement climatique et l’appauvrissement des ressources énergétiques se concrétisent. Cela n’a pourtant pas l’air de préoccuper ni les autorités, ni les habitués. La vie s’y écoule comme si de rien n’était, entre passeurs et joueurs, entre mendiants et perdants.

Peut-être que la plupart des touristes qui s’y rendent seront d’accord avec ce constat amer mais rétorqueront que « Vegas est ainsi », sous-entendu que cette ville est condamnée à rester ce qu’elle est. Il devient pourtant impensable aujourd’hui d’encourager ou d’ignorer ce système consumériste et ultra-pollueur à l’heure où ses conséquences néfastes se manifestent comme jamais. Que peut-on faire me direz-vous pour contrer l’affluence et la popularité de cette ville maudite ? Et bien, ne faites pas comme moi, n’y allez pas.

Catégories: Amérique du Nord, Culture et Médias
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