Pour une réduction des dépenses militaires dans le New Deal de DiEM25 : une contribution de Pressenza

19.06.2017 - Gerardo Femina - - Anna Polo

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Italien, Allemand, Catalan, Grec

Pour une réduction des dépenses militaires dans le New Deal de DiEM25 : une contribution de Pressenza
« Stop aux dépenses militaires »

En tant que journalistes de l’agence de presse internationale Pressenza et militants de l’association humaniste « Monde sans Guerres et sans Violence », nous souhaitons apporter notre contribution au débat porté par DiEM25 et à son programme novateur et audacieux en vue des élections européennes de 2019.

Mené par DiEM25, le New Deal Européen propose des mesures intéressantes, qui visent à combattre une pauvreté toujours plus présente, causée par les mesures d’austérité, les banques toutes puissantes et les technocrates parachutés, qui ne rendent de compte à personne, sinon à eux-mêmes. Pour autant, un tel programme sera difficile à mettre en place sans envisager une réduction des fonds colossaux actuellement alloués aux dépenses militaires, et sans s’attaquer à la puissance de l’industrie de l’armement.

Réduire les dépenses militaires et imposer un embargo sur les ventes d’armes permettraient de libérer des ressources considérables, tout en faisant le choix éthique de la paix plutôt que de la guerre. Ces mesures participeraient de manière essentielle au désamorçage des conflits armés, qui causent des drames humanitaires sans fin et créent à travers le monde des millions de réfugiés. La plupart de ces guerres sont d’ailleurs menées avec les armes fournies par les pays occidentaux.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les odieux attentats terroristes qui ont fait tant de victimes à Paris, Nice, Berlin, Bruxelles, Stockholm, Manchester et Londres sont en partie la conséquence effroyable des guerres que mène l’Occident pour le profit et les matières premières, alimentant ainsi le cercle vicieux de la haine, de la violence et de la vengeance.

Les dépenses militaires ne font pas la une des journaux. Pourtant, des montants énormes sont en jeu. Selon les données rassemblées par SPIRI (Stockholm International Peace Research Institute), l’institut de recherche le plus reconnue dans ce domaine, les dépenses militaires des pays de l’Union européenne en 2016 atteignaient 225 milliards d’euros, c’est-à-dire 1,54 % du PIB total. Les pays européens membres de l’OTAN ont dépensé 215 milliards d’euros, soit 1,47 % de leur PIB. Si ces pays se soumettaient aux exhortations des États-Unis en contribuant davantage au budget de l’OTAN, à hauteur de 2 % de leur PIB, la somme totale atteindrait 295 milliards d’euros par an, soit une augmentation de 37 % par rapport à aujourd’hui.

En Europe, seuls quatre pays (l’Estonie, la Grèce, la Pologne et le Royaume-Uni) allouent 2 % ou plus de leur PIB aux dépenses militaires. À titre d’exemple, pour l’Italie, contribuer au budget à hauteur de 2 % représenterait 20 milliards supplémentaires, pour l’Allemagne, 30 milliards, et pour l’Espagne, 16 milliards. Ces chiffres prennent encore plus de sens si l’on pense aux conséquences désastreuses qu’ont causé − et que causent toujours − les mesures d’austérité dans les pays tels que la Grèce, l’Italie ou l’Espagne.

Au vu des réactions soumises des pays européens aux appels de Trump durant le récent sommet de l’OTAN à Bruxelles, ces augmentations des dépenses ne font plus beaucoup de doute. En conclusion : les retraites, la santé, l’éducation et la recherche voient leurs financements réduits, mais il reste toujours de l’argent pour les armes !

Autre sujet important qui devrait apparaître dans le programme DiEM 25 : le désarmement, et plus particulièrement le désarmement nucléaire, ainsi que la fermeture des bases militaires américaines abritant des armes nucléaires. D’après plusieurs experts, comme Hans Kristensen, de la Fédération des Scientifiques Américains, le concept prôné par l’OTAN de « partage nucléaire » en Italie, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Turquie signifie que 180 bombes nucléaires américaines (B61) se trouvent hors du territoire des États-Unis (selon une estimation de 2014). Ces cinq pays sont signataires du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, ils sont donc en violation de l’article 2 (« tout État non doté d’armes nucléaires qui est Partie au Traité s’engage à n’accepter de qui que ce soit, ni directement ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires ou du contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs »). En plus desdites bombes, la France possède environ 300 ogives nucléaires, et le Royaume-Uni 225.

Face à ce constat décidément bien sombre, de bonnes nouvelles arrivent, sous la forme de négociations en cours au sein des Nations Unies autour d’un traité interdisant les armes nucléaires. Ce traité est soutenu par 123 nations, pour la plupart d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. La prochaine séance de négociations aura lieu du 15 juin au 7 juillet. Ces discussions se sont vues complètement ignorées par les puissances nucléaires et leurs alliés, et se déroulent dans un silence médiatique total. Il n’y a que peu de pays européens à soutenir le traité : l’Autriche, Chypre, le Vatican, l’Irlande, le Liechtenstein, la Macédoine, Malte, Saint-Marin et la Suède. Ces nations méritent de recevoir le soutien de la société civile et des mouvements politiques concernés par l’avenir de l’humanité. Pour qu’un tel projet soit véritablement tourné vers le futur, il lui faudra parier largement sur l’élimination de ces bombes à retardement illégales et inhumaines, les dernières armes de destruction massive encore existantes.

Pour résumer, un débat sur les mesures sociales européennes se doit d’inclure des propositions claires et fortes en vue d’une réduction des dépenses militaires et du désarmement nucléaire.

Traduction de l’anglais : Laurane Tesson

Catégories: Europe, Opinion, Paix et Désarmement
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