La nécessité du terme « nonviolence »

07.05.2017 - Madrid, Espagne - Redacción Madrid

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La nécessité du terme « nonviolence »
Texte photo : 'La Force de la Nonviolence'. Crédits image : Pressenza

Par Montserrat Prieto | Monde sans guerres et sans violence

La nonviolence est une attitude humaine qui consiste à interagir avec son entourage sans chercher à imposer sa volonté par la force. Cela nécessite une attitude existentielle, une forme d’éthique qui implique un certain type de comportement. Elle vise à ce que cette attitude existentielle soit adoptée et pratiquée par un grand nombre de personnes qui la transmettent à la société dans son ensemble, pour instaurer un nouveau comportement social.

Bien sûr, comme son nom l’indique, la nonviolence pourrait se définir tout simplement comme une attitude qui s’oppose à la violence. Sachant que nos sociétés se sont construites en abusant de la force, c’est-à-dire en exerçant la violence, et sachant que la violence fait partie du comportement humain habituel, il est facile de comprendre que la définition de la nonviolence se traduit généralement sous cette forme : par la négation pure et simple de la violence. Si nous acceptons cette définition, nous n’avons pas besoin d’inventer un néologisme, parce que pour nier quelque chose, il suffit d’ajouter ce mot isolé, ce formidable adverbe qu’est le « non ».

Pour comprendre ce comportement très complexe, qui a priori jusqu’à aujourd’hui n’a pas eu besoin d’être nommé,  rappelons-nous les faits qui ont pour la première fois introduit ce terme. Le premier livre dans lequel on trouve ce terme de non-violence est de Richard Gregg, « The Power of Non-Violence » publié par Navajivan Publishing House, à Ahmedabad en Inde. La première édition de ce livre est parue en 1938. D’autres mentions sont apparues dans les journaux européens de l’époque, et toutes concernaient cette nouvelle forme de lutte qui opposait l’avocat hindou, le Mahatma Gandhi, à l’empire britannique. Gandhi, quant à lui, s’inspirait d’un principe encore plus ancien appelé “ahimsa” (refus d’exercer une quelconque forme de violence contre les êtres humains et la nature), extrait du jaïnisme datant du VIème siècle avant notre ère.

Après Gandhi et Martin Luther King qui ont intégré cette forme de lutte dans nos mythes sociaux, les grands défis d’aujourd’hui exigent que nous redéfinissions non seulement notre forme de lutte, mais aussi notre façon de vivre avec les autres. Aujourd’hui, il est nécessaire d’avoir des attitudes et des comportements qui soient en accord avec un niveau de développement jamais atteint auparavant par l’humanité.  De plus, pour résoudre les vieux conflits et pour les personnes qui pour survivre doivent faire face à des situations abusives, il est évident que la violence n’est pas une option pertinente, étant donné que c’est précisément l’instrument utilisé par le pouvoir, l’ultime recours des puissants, car ils en sont toujours bien pourvus.

Les nouveaux mouvements sociaux non seulement rejettent la violence comme forme de réponse aux abus du pouvoir, mais proposent plutôt une révolution sans frontières, fondée sur le respect et orientée davantage vers la collaboration que la confrontation. Par conséquent, excepté dans les discours officiels du pouvoir, intéressé uniquement au maintien de l’inertie des institutions et des lois, de nouvelles formes d’actions se répandent de toutes parts. De nouvelles formes d’être dans le monde.

De ce point de vue, nous revendiquons la nonviolence comme l’attitude des temps nouveaux, telle que nous l’avons définie au début de cet article : comme l’attitude humaine qui consiste à interagir avec son entourage sans chercher à imposer sa volonté par la force. Il s’agit plus que de s’opposer à la violence des autres. Il s’agit de s’engager tous ensemble dans une attitude et un comportement existentiels à travers la coopération et le consensus, et de tenter de les diffuser comme conduite sociale.

Texte photo : Nonviolence active. La Force qui transformera le monde.

Le terme de nonviolence est passé avec cette signification dans le langage de tous les jours des acteurs sociaux, sans qu’il ait été reconnu au niveau officiel comme faisant partie de la langue.

La nonviolence peut se dire de différentes façons et avec d’autres nuances, ainsi en russe (ненасилие), en tchèque (nenásilí) ou en allemand (gewaltlosigkeit). En Italien, on trouve dans le dictionnaire virtuel nonviolenza, mais pas dans le dictionnaire imprimé. Les anglophones ont l’habitude d’utiliser deux versions, nonviolence et non-violence, attribuant même des significations distinctes aux deux signifiants (de fait, l’ONU utilise officiellement le terme non-violence, même si dans les documents de tous les organismes qui en dépendent, on commence de plus en plus fréquemment à utiliser le terme nonviolence).

Une brève recherche dans le bulletin officiel espagnol révèle que ce terme est littéralement absent de la législation de l’état espagnol et apparaît uniquement quatre fois dans le reste du corpus. Deux se réfèrent aux programmes d’études de l’Université Jaume I et les deux autres se réfèrent à des subventions accordées à des associations qui utilisent ce terme. No-violencia, écrit avec un tiret, apparaît dans douze autres textes à teneur similaire, mais dans aucun texte légal.

L’Académie royale de la langue espagnole ignore les deux sens du terme (avec ou sans tiret). Bien que nous puissions demander à tout moment à l’Académie royale d’inclure ce terme dans son dictionnaire, nous ne pouvons documenter son utilisation dans la vie de tous les jours, c’est-à-dire prouver qu’il s’est vraiment fait une place dans notre langue avec toutes les possibilités qui découlent de sa signification complexe. L’Académie édite le dictionnaire espagnol en recueillant les mots utilisés après avoir constaté qu’ils l’étaient réellement, mais son rôle n’est pas d’encourager ou de décourager l’usage de certains mots. Il appartient donc aux acteurs sociaux de généraliser l’usage de ce terme et d’aider à ce que sa signification soit diffusée et comprise dans tous les lieux où l’on parle espagnol. Nous espérons compter sur la collaboration de tous les acteurs des vingt pays d’Amérique, de l’Espagne, des Philippines et de la Guinée Équatoriale, pays qui sont représentés au sein de l’ASALE (Association des académies de la langue espagnole) pour aider à atteindre cet objectif.

 

Article traduit de l’espagnol par Trommons.com. Révision de Jean-Marc Dunet.

Catégories: Europe, Nonviolence, Opinion
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