Podemos, une tentative ratée

18.03.2017 - Madrid - Espagne - Gabriela Amaya

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Podemos, une tentative ratée
Photos de Antonio Sempere

La gauche traditionnelle du poing levé a gagné les élections internes de Podemos.

Avec le triomphe, prévisible, de Pablo Iglesias et de son équipe à l’assemblée citoyenne de Podemos –Vistalegre II –  ont volé en fumée les derniers espoirs du 15M, Mouvement des Indignés qui avait rejoint Podemos,  d’autant plus si la formation violette participe au Gouvernement. 

Ce que nous avons vu à Vistalegre II, la seconde assemblée citoyenne de Podemos, est la confrontation entre deux modèles irréconciliables représentés par le secrétaire général réélu Pablo Iglesias et celui qui a cessé d’être son numéro deux, Íñigo Errejón. Deux modèles qui ne peuvent grandir ensemble et ni se mélanger comme ne peuvent l’être l’eau et l’huile parce que l’un représente le passé et l’autre le futur. Pablo Iglesias et les siens ont gagné, ce qui revient à dire le modèle qui représente le passé, la gauche traditionnelle du XIXème siècle.

Début de l’assemblée citoyenne de Podemos

Que la gauche traditionnelle ait pris le contrôle du contenu et des formes de Podemos, cela traduit l’échec d’une partie de ceux qui ont envahi les places et ont misé sur un projet politique traduisant leur expression (quelque chose dont ont profité les fondateurs de Podemos, mais toujours sans ceux qui l’ont planifié ou propulsé, comme cela a été dit par certains d’entre eux). Mais cela traduit aussi l’échec et une nouvelle perte d’espoir pour des millions de personnes en Espagne et au-delà de ses frontières, comme l’a signalé hier Moreno Yagüe, candidat unique au poste de secrétaire général en plus de Pablo Iglesias.

Quand les grands moyens de communication ont mis l’accent sur les divisions entre Pablo Iglesias, leader de Podemos, et l’ex-numéro deux de la formation violette, Íñigo Errejón, ils les ont décrites comme le combat entre deux personnages en simplifiant leurs positions : défense de la mobilisation citadine pour Iglesias et défense du travail dans les institutions pour Errejón. Or, ce qui était en question était plus profond et avait à avoir avec des aspirations et des modèles. Il suffit juste de lire les documents présentés à cette Assemblée et les discours entendus hier, ou l’absence de contenu dans certains d’entre eux, pour confirmer ce que nous disons.

Ce qui était en jeu, au fond, étaient deux modèles opposés d’idéaux, d’aspirations concrètes, de formes de relation interne et de moyen recherché pour se représenter.

Teresa Rodríguez et Miguel Urbán, du parti Anticapitalistes

Quels sont ces deux modèles? D’un côté, nous avons le modèle de Pablo Iglesias et son équipe de “notables” qui joint aux anticapitalistes de Miguel Urbán et Teresa Rodríguez, représentent la vieille politique de gauche et qui se sont présentés ensemble sur certains points de vote ; et de l’autre, le courant d’Íñigo Errejón avec ceux qui ont présenté le programme politique de Podemos 4.0 (avec le député andalou Moreno Yagüe comme candidat au poste de secrétaire général dans ce Congrès), qui pose comme aspiration, tant dans son contenu que dans ses formes, une bonne partie des idéaux du 15M et plus.

Pour l’anecdote, le discours de l’aspirant secrétaire général Moreno Yagüe, un des seuls ayant du contenu, n’a pas pu être bien entendu alors que Pablo Iglesias n’a pas eu de problème. C’est un petit détail de quelque chose de beaucoup plus grand, qui a pris forme et  qui vient de loin, dont on trouve l’origine dans l’annonce clairement faite par Iglesias lors de Vistalegre I : “On ne prend pas le ciel par consensus mais par effraction” tandis que la place insistait pour qu’on écoute la base. Le premier indicateur clair, nous l’avons eu quand fut décapité celui qui était secrétaire de l’organisation, Sergio Pascual, proche d’Íñigo Errejón. Cela fut une étape du tournant pris par la direction de Podemos trahissant ses premières promesses.

La chute de Pascual a été un avertissement et un échantillon de la façon  de faire de la gauche traditionnelle : tout ce qui n’est pas sous son contrôle ou sert ses intérêts, toute dissidence ou différence s’élimine ou est dégradée. C’est ce qui a été fait avec Errejón et ceux qui se reconnaissaient dans sa sensibilité, en présentant son discours comme manquant de charisme, mensonger et éloigné des problèmes de la rue.  Au cours des dernières semaines, on a pu vivre une campagne  de discrédit sans égale contre l’ “étudiant remarquable” qu’était Errejón et qui pouvait devancer ses professeurs, défendant un modèle qui pouvait mettre en cause la soif de pouvoir de certains.

Iñigo Errejón

Nous avons vu d’autres manifestations de ce modèle, de cette gauche traditionnelle. Nous avons constaté comment elle n’a pas pardonné à celui qui ne s’est met pas à son service bien que parlant de travail en parité ; comment elle a trahi celui qui l’avait servi mais qui n’a plus voulu être son chien fidèle ; comment elle a exercé la verticalité dans les formes comme dans le fond; comment elle s’est fait messianique et sauveuse de populations qui ne “comprennent ” pas; comme elle était pleine de discours vides et allait dans la rue en réaction/dépendance à l’égard des puissants, et en même temps exerçant son pouvoir là où elle le pouvait, etc. La même gauche traditionnelle qui appelle à l’unité (la phrase la plus entendue de tout le Congrès) tandis qu’elle met l’accent sur les différences en dégradant ses  “opposants” internes.

Ce qui se passe avec tout ceci, c’est que les anticapitalistes se rapprochent chaque jour de Pablo Iglesias ou Pablo Iglesias se rapproche chaque jour des anticapitalistes, tout en voulant apparaître comme ceux qui représentent le 15M, les plus horizontaux et ceux qui les unissent, ce n’en est pas moins hallucinant. Leurs idéaux et pratiques quotidiennes trotskistes parlent d’elles-mêmes.

Mais nous avons parlé de deux modèles. Il y a un autre modèle qui est sorti perdant, représenté par les courants d’Íñigo Errejón et de Moreno Yagüe.

Au-delà du travail qu’ils viennent de développer et que nous avons suivi de près (comme nous l’avons fait également avec les partisans de Pablo et les anticapitalistes), quand nous disons qu’ils représentent un autre modèle, nous nous appuyons sur ce qu’ils défendent et comment ils le font.

Nous ne disons pas qu’ils représentent le 15M, si ce n’est que les valeurs de ce mouvement leur servent de référence et d’aspiration. Ils mettent l’accent sur la construction et pas tant sur la destruction de ce qui n’est pas viable. La relation avec eux et entre eux est légère.

Quand Errejón parle de transversalité, nous comprenons qu’il parle de la caractéristique basique du 15M, la participation de tous. Au mois de mai 2011 il a dit : “nous ne sommes ni de gauche ni de droite”, comme le disait Podemos à ses débuts, quand celui-ci cherchait à représenter tous les indignés, la très grande majorité de la population, à qui les puissants avaient usurpé le pouvoir.

En outre, ce mouvement 15M était non-violent, principe qu’Errejón a gardé dans son programme. Son organisation était horizontale, les décisions devaient être prises à partir de la base ; il défendait la démocratie réelle d’où la proposition de renforcer la démocratie au sein même de Podemos comme exemple de modèle de démocratie et être en cohérence avec ce qui est demandé à l’extérieur. Un programme que les partisans d’Errejón n’ont pas pu bien défendre hier à Vistalegre.

Juan Moreno Yagüe

Et ceci nous renvoie à l’autre courant, Podemos 4.0, avec son représentant le plus visible Moreno Yagüe. S’il y en a qui ont osé dénoncer le manque de démocratie interne et comment le résoudre, faire des analyses en profondeur et donner des réponses correspondant aux temps nouveaux, ce sont bien ceux qui défendent le programme de Podemos 4.0.

Face à la liste de personnages qui ont présenté comme “programme” Pablo Iglesias, dans sa version la plus claire d’homme de gauche traditionnel en mettant l’accent sur le côté “sauveur” de la patrie, le programme qu’a présenté Moreno Yagüe avait du contenu et, plus important il a parlé entre autres : de démocratie directe et de la possibilité de la mettre en pratique grâce aux progrès technologiques que nous gérons tous au quotidien ; de comment démonter l’arnaque et le pouvoir des banques en tirant parti de ces mêmes progrès ; de l’urgence de faire face à une transition énergétique ; de la libéralisation des connaissances et de la nécessité de donner priorité à l’éducation. Pour synthétiser la position de ces deux sensibilités, nous pouvons dire non seulement qu’elles dénoncent, mais aussi qu’elles proposent de construire en s’appuyant sur les valeurs qui ont mû le 15M  en s’appropriant les grandes avancées technologiques et le moment historique social qui permettent que ces valeurs se concrétisent et se renforcent.

Ces deux courants (qui défendent un revenu de base universel, bien sûr, tandis qu’Iglesias continue de présenter à son encontre les arguments de sa star en matière économique Vicenç Navarro) sont apparus unis seulement à l’heure de présenter des candidats à l’élection du Conseil Citoyen … Pourquoi n’ont-ils pas uni leurs forces et ne se sont-ils pas présentés comme l’unique option ?

Défense du revenu de base universel

Pourquoi Errejón n’a-t-il pas présenté sa candidature au poste de secrétaire général de Podemos ? Que ce serait-il passé s’il l’avait fait ?

Si les partisans d’Errejón et de Yagüe ont cru qu’on pouvait changer notre pays à partir d’une organisation comme celle que représente Podemos qui aujourd’hui a gagné, ils se sont trompés.

Il nous reste à espérer les mouvements suivants de cette Assemblée, mais les résultats ont corroboré la fracture interne et la rupture avec les espérances des gens, avec les meilleures aspirations de millions de personnes.

Une nouvelle tentative ratée !

#Vistalegre2

@ierrejon

@Pablo_Iglesias

 

Traduit de l’espagnol par Anojaa Karunananthan – Trommons.org

Catégories: Europe, Opinion, Politique
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