Comprendre la situation du Proche-Orient aujourd’hui. D’une guerre mondiale à l’autre (1/3)

16.01.2017 - Olivier Flumian

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Comprendre la situation du Proche-Orient aujourd’hui. D’une guerre mondiale à l’autre (1/3)
credit image: Le Monde Diplomatique

Pour comprendre la situation du Proche-Orient d’aujourd’hui, il est nécessaire de revenir sur un siècle d’histoire. Il faut en effet remonter aux lendemains de la Première Guerre Mondiale pour voir se mettre en place une grande partie des données géopolitiques qui expliquent la multiplicité et l’enchevêtrement des conflits actuels. Une chose est sûre, si les grandes puissances ont longtemps influé de façon décisive sur le cours des évènements, les acteurs régionaux et locaux sont allés en s’affirmant de façon grandissante tout au long du siècle. Après la domination de la Grande-Bretagne et de la France durant l’entre-deux-guerres, les deux superpuissances de la guerre froide prennent le relais. Après la chute du Mur de Berlin s’ouvre la phase de l’omnipotence étatsunienne remise en cause après le 11 septembre 2001. L’ère de la globalisation voit les puissances régionales élargir de façon croissante leur autonomie voire leur indépendance d’action, leur influence, et s’exacerber les rivalités entre elles. Tentons d’y voir un peu plus clair.

 

Liens aux 3 parties :

D’une guerre mondiale à l’autre (1/3)

De 1945 à 1990, un enjeu de la Guerre froide (2/3)

De la fin de la Guerre Froide aux lendemains des « Printemps arabes » (3/3)

 

Depuis le XVIème siècle le Proche-Orient arabe est inclus dans l’empire ottoman. Cet empire multiethnique et multiconfessionnel est dirigé par la dynastie turque des Osmanlis et centré sur la capitale Istanbul. Les souverains ottomans, les sultans, portent aussi le titre de Califes c’est-à-dire de chefs religieux de l’islam sunnite. Ils contrôlent les lieux saints de La Mecque et Médine. A l’Est, ils se heurtent à leurs grands rivaux, les Shah de Perse, champions de l’Islam chiite. Depuis le XIXème siècle, le Moyen-Orient est en proie à la lutte d’influence entre les puissances impérialistes européennes. La Grande-Bretagne, la Russie, la France puis plus tardivement l’Allemagne rivalisent en termes d’ingérence politique, économique, culturelle voire militaire. L’Egypte est déjà sous protectorat britannique depuis 1882. Le Golfe arabo-persique est mis sous contrôle par la Grande-Bretagne à la fin du siècle. Les investissements financiers occidentaux se multiplient dans l’empire ottoman. On commence à exploiter le pétrole en Perse en 1908. C’est dans ce contexte qu’éclate la première Guerre Mondiale, fruit des rivalités entre impérialismes européens.

En novembre 1914, le gouvernement d’Istanbul se range derrière l’empire allemand. Il affronte durant le conflit les armées russes dans le Caucase et les troupes britanniques en Palestine et en Mésopotamie (Irak). Allié de l’Allemagne pendant le conflit, ce dernier est dans le camp des vaincus en 1918. Les états actuels du Proche-Orient, les pays arabes, la Turquie, Israël, sont issus en grande partie de la décomposition de l’empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale. Les vainqueurs, britanniques et français redessinent la carte de la région en fonction de leurs intérêts. Les vœux des populations concernées ne sont bien sûr pas pris en compte. Les puissances mandataires tracent les frontières, choisissent les gouvernants, comme le font les Britanniques en Irak et en Jordanie, ou administrent directement à l’instar des Français en Syrie et au Liban ou des Britanniques en Palestine. En 1922, La SDN (Société des Nations, ancêtre des Nations Unies) confie à la Grande-Bretagne et à la France des « mandats » sur les anciennes provinces arabes de l’empire ottoman. Censés conduire ces territoires à l’indépendance, les puissances mandataires les traitent comme des colonies. C’est ainsi qu’apparaissent, sous forme de territoires alors sous tutelle, les 4 états qui composeront le Proche-Orient arabe jusqu’à nos jours : Irak, Syrie, Jordanie, Liban, auquel s’ajoute celui de la Palestine/Israël.

Le territoire de la Palestine est de surcroît ouvert par l’occupant anglais à la colonisation juive venue d’Europe et organisée par le mouvement sioniste*. Le projet sioniste apparaît tel un Janus à double face dès lors que le choix de la Palestine est décidé : s’il se veut un mouvement de libération nationale pour les populations ashkénazes d’Europe, il ne peut apparaître que comme un projet colonial pour les populations arabes vivant en Palestine. La colonisation juive de la Palestine, commencée par des achats de terres dès les années 1880, reçoit une impulsion décisive lorsque, en pleine Première Guerre Mondiale, le gouvernement britannique publie la déclaration Balfour dans laquelle il se déclare favorable à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine.

L’Arabie est quant à elle le théâtre d’un évènement lourd de conséquences à long terme. En 1932 est en effet proclamé le royaume d’Arabie Saoudite. La famille des Saoud, alliés aux religieux wahhabites, s’empare ainsi du pouvoir au cœur de la péninsule arabique et met la main sur les lieux saints de l’Islam: La Mecque et Médine. Les petits états bordant la mer d’Oman et le golfe persique sont pour leur part sous tutelle britannique. La route maritime entre la Méditerranée et l’Inde passant par le canal de Suez est ainsi étroitement contrôlée par la Grande-Bretagne. Les prolifiques gisements de pétrole d’Iran sont exploités par les Britanniques (Anglo-Persian Oil Company future BP, British Petroleum) tandis que ceux d’Irak le sont par un consortium international (Iraq Oil Company).

La Turquie voit la fondation de la république par Mustafa Kemal « Atatürk » en 1923. Son territoire correspond à l’ancien cœur du défunt empire ottoman. Le sultanat (c’est-à-dire la monarchie) est supprimé en 1922 puis l’institution du Califat est abolie en 1924. Le père de la Turquie moderne laïcise et occidentalise l’état et la société à marche forcée. L’empire perse, lui, n’a pas participé à la Première Guerre Mondiale. Il n’en demeure pas moins en proie à la rivalité entre les intérêts britanniques et soviétiques. Une tentative similaire d’occidentalisation à celle de la Turquie, quoique nettement moins aboutie, à lieu dans l’empire perse par Reza Pahlavi à partir de 1925. Le pays prend le nom d’Iran en 1935. Ces deux pays gouvernés de façon autoritaire tentent de conserver une distance tant à l’égard des puissances occidentales qu’à l’égard de la jeune URSS. Il est à noter que la population kurde est partagée entre quatre états, Turquie, Iran, Irak et Syrie, où elle partout minoritaire et plus ou moins réprimée.

Crédits image : Les Editions des Chavonnes

L’entre-deux guerres est marqué par les indépendances « formelles » accordées par la Grande-Bretagne à l’Égypte en 1922, puis à l’Irak en 1932. En 1936 une révolte armée palestinienne est brisée par l’occupant britannique et les milices juives du Yishouv, nom donné à l’embryon d’état que le mouvement sioniste est en train de créer en Palestine. La France quant à elle sépare le territoire du Liban de la Grande-Syrie. Elle réprime toutes velléités de contestation par la force. L’ingérence économique des Britanniques garantie par la poursuite de leur présence militaire exaspère les nationalistes qu’ils soient laïcs ou religieux. Hassan-al-Banna fonde en 1928 en Égypte, le mouvement des Frères Musulmans, mi confrérie, mi mouvement politique. Celui-ci veut régénérer l’Islam par un retour aux sources rejetant toute influence de l’Occident, qu’elle soit politique, économique ou culturelle. Il cherche à ré islamiser selon ses propres critères les sociétés, en commençant par la base sociale, en attendant de prendre le pouvoir politique. Des groupes laïcs, qu’ils soient libéraux, nationalistes ou marxistes occupent aussi le champ politique dans tous les pays de la région. Tous réclament en tout cas l’indépendance par rapport à la Grande-Bretagne ou à la France.

Lorsqu’éclate la seconde guerre mondiale, les juifs du Yishouv se rangent derrière la Grande-Bretagne. Les nationalistes arabes regardent avec une certaine sympathie l’Allemagne. Ainsi l’Irak se soulève avec l’appui allemand en 1941 contre les Britanniques. Elle est vaincue. La Syrie française, tenue par un gouverneur vichyste, est conquise la même année par les forces britanniques et françaises libres, autrement dit gaullistes. Tandis que la Turquie maintient sa neutralité, l’Iran, qui s’était rapprochée de l’Allemagne est occupée par les Britanniques et les Soviétiques et contrainte de se ranger dans le camp allié.

A l’issue du premier conflit mondial, Grande-Bretagne et France se sont partagé le Proche-Orient. La Turquie et L’Iran sont cependant restés indépendants tandis qu’au centre de l’Arabie commençait à s’affirmer le royaume des Saoud. En Palestine dans le même temps, les prodromes du conflit israélo-palestinien étaient posés. Cette redistribution générale des cartes s’est produite sur fond de rivalités pétrolières. La seconde guerre mondiale vient rebattre les cartes de la région. Elle prépare la grande rivalité de la Guerre Froide dont le Moyen-Orient sera un enjeu essentiel comme nous le verrons dans l’épisode suivant.

 

*Celui-ci a été fondé en 1897 et s’est donné pour objectif de procurer aux populations juives européennes, en butte à la montée de l’antisémitisme (pogroms dans l’empire russe, affaire Dreyfus en France), une terre et d’y fonder un état juif. Le choix s’est porté sur la Palestine, terre qui avait vu au cours de l’Antiquité l’épanouissement successif de différents royaumes juifs (royaume de David et Salomon, royaumes rivaux d’Israël et de Juda, royaume Hasmonéen, royaume d’Hérode).

Catégories: International, Moyen Orient, Relations internationales
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