Standing Rock, la plus grande mobilisation indigène depuis plus d’un siècle

01.12.2016 - Etats-Unis - Rédaction France

Standing Rock, la plus grande mobilisation indigène depuis plus d’un siècle
Democracy Now!

Par Silvia Arana*

Dans l’état du Dakota du Nord, Standing Rock fait partie de la Réserve Sioux, comme on appelle communément les peuples originaires Dakota, Lakota et autres tribus des prairies. La rivière Missouri, source d’eau potable d’environ 17 millions de personnes, traverse le territoire, qui est sous juridiction des autorités indigènes de la Standing Rock Indian Reservation selon les traités signés avec le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique.

En violation des traités et contre la volonté des sioux, le groupe pétrolier Energy Transfer Partners construit un oléoduc qui va détruire le site sacré et le cimetière indigène de Standing Rock et dont le tronçon souterrain passerait en dessous du lit de la rivière le Missouri. Le projet est un investissement de 3,8 milliards de dollars, financé par Goldman Sachs, Bank of l’Amérique, HSBC, UBS, Wells Fargo et d’autres grandes banques. Il a une étendue de 1 880 km, il va des gisements de pétrole de Bakken dans le Dakota du Nord, en passant par le Dakota du Sud, l’Iowa pour arriver à Illinois.

Depuis le printemps 2016, des milliers de personnes se sont rassemblées à Standing Rock, plusieurs d’entre elles de diverses nations indigènes, pour protester contre la construction de l’oléoduc qui détruirait leurs sites sacrés et contaminerait l’eau. Ils s’auto appellent les « protecteurs de l’eau ».

On estime que 300 fuites de pétrole par an ont lieu dans les oléoducs du pays [1], et c’est pourquoi les défenseurs de l’eau ne croient pas aux promesses de l’entreprise, du Corps d’Ingénieurs de l’Armée et des autorités que « cet oléoduc est sûr ».

La plus grande mobilisation indigène depuis plus de cent ans

« Standing Rock est la plus grande concentration indigène que j’ai vue dans ma vie ; chaque jour de nouveaux drapeaux de différentes tribus se sont ajoutés… À partir de la sixième semaine, cela a cessé d’être un campement pour se transformer en communauté … Nous prenons position contre l’oléoduc, nous ne savions pas que nous aurions cet immense soutien… Cette terre est un site sacré du peuple Lakota ; de plus l’oléoduc contaminera l’eau de la rivière Missouri… Le Corps d’Ingénieurs de l’Armée n’a pas mené de consultation avec les tribus. L’oléoduc le Dakota Access Pipeline a des tronçons souterrains sous le lit de la rivière Missouri. Les oléoducs ont un historique de fuites, ils ont contaminé le sol, l’air, et les nappes souterraines… S’il est construit, il détruira non seulement la rivière dans cette zone, mais en aval aussi. Les tribus assument leur responsabilité comme protecteurs. Il faut prendre soin de la terre, de l’eau, de l’air … Un jour lors de notre marche quotidienne vers le site sacré, les grand-mères et les mères ont dit aux terrassiers qu’elles n’allaient pas permettre qu’ils détruisisent un site sacré. Comme réponse, les gardiens de sécurité privée ont lancé les chiens contre les gens. Quelques protecteurs de l’eau ont fini à l’hôpital à cause de leurs blessures … Après les chiens, ils apporteront les armes … »

Dennis Banks (79 ans) disait cela en octobre dernier, c’est un leader historique indigène et le cofondateur d’American Indian Movement. [2]

Comme Dennis Banks l’a prédit, la répression contre la communauté de Protecteurs de l’eau a grandi au cours des semaines suivantes jusqu’à atteindre son pic le dimanche 20 novembre. Par des températures glacées de moins cinq degrés, la police a réprimé les manifestants avec des lances à eau, provoquant des centaines de cas d’hypothermie. Ils ont aussi utilisé des gaz lacrymogènes, du gaz poivre et des balles en caoutchouc qui ont blessé environ trois cents manifestants. Le cas le plus grave a été celui de Sophia Wilansky (21 ans) qui a été blessée par une grenade qui l’a touchée au bras et lui a cassé l’os et les tissus. En ce moment elle attend sa troisième opération chirurgicale, et elle devra en supporter d’autres pour sauver son bras qui a été pratiquement séparé du corps par la grenade. Cette jeune fille de New York, qui comme de nombreuses autres personnes, s’est présentée à Standing Rock par solidarité avec les peuples originaires, a été victime d’un abus de force alors qu’elles exerçait son droit à manifester, garanti par le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Un droit qui est systématiquement violé par la police de Morton (Dakota du Nord) et la Garde nationale.

Linda Black Elk, membre du corps médical de Standing Rock, témoin de la répression de dimanche dernier, a soutenu que : « La police a augmenté le niveau de violence contre les protecteurs de l’eau. J’ai vu les différentes armes utilisées contre nous : gaz lacrymogène, balles en caoutchouc, grenades. Il semble qu’ils mettent à l’épreuve leurs armes contre nous dans une militarisation croissante de la répression ». Et elle a ajouté : « Nous ressentons une grande déception vis-à-vis du président Obama. Il est venu ici, il a fait des promesses et il n’en a tenu aucune. »

Cette conduite gouvernementale contre les droits des peuples originaires n’est pas surprenante, mais cohérente avec la conduite historique du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, qui a commis et/ou permis des abus sur des terres indigènes depuis le commencement de la colonisation. Des exemples d’abus contre les peuples Lakota et Dakota sont l’appropriation de terrains dans Black Hills (les Montagnes Noires [Sacrées pour les peuples originaires]) du Dakota du Sud après la découverte d’or dans les années 1870, et la construction de barrages dans la rivière Missouri qui a causé des inondations dans des hameaux, des zones forestières et des fermes dans le Dakota du Nord et du Sud pendant les années 1950.

Mni Wiconi : L’eau est vie

Le jeudi 24 novembre des médias alternatifs comme Unicorn Riot et Indigenous Rising Moyen ont émis en direct depuis Standing Rock. C’est le jour où a lieu aux Etats-Unis le Thanksgiving (Expression de gratitude). Selon l’ « histoire officielle » les indigènes ont « sauvé » les pèlerins de la mort en leur offrant à manger (version  contestée par des historiens comme Roxanne Dunbar-Ortiz qui disent que les indigènes n’ont jamais reçu à bras ouverts leurs oppresseurs [ou génocidaires plutôt]).

En souvenir ironique de la date, les Protecteurs de l’eau ont disposé des tables avec de la nourriture. À quelques mètres d’eux, quelques dizaines de policiers coupaient la route, de part et d’autre, à la manière d’un cercle. Il y avait des pancartes avec la phrase : « Ne nourrissez pas les pèlerins » (Don’t Feed the Pilgrims). La consigne du jour est : « Pas de pèlerins, pas d’ oléoducs, pas de prisons, pas de problèmes ».

Une légère neige tombe dans la prairie désertique, les gens avec leurs gros manteaux, la tête couverte de bonnets ou de capuchons se maintiennent en mouvement, certains commencent à entonner les chants puissants traditionnels Lakota, et le cri « Mni Wiconi » (L’eau est vie !) [3]

Une autre journée se termine dans la longue bataille pour Standing Rock, le plus grand rassemblement de peuples autochtones depuis plus d’un siècle, depuis la Bataille de Little Bighorn – ou Greasy Grass – qui a eu lieu en 1876. Elle a été une grande victoire de l’alliance des tribus des prairies-Lakotas, Cheyennes et Arapahos – qui ont battu le Septième Régiment sous la conduite du général Custer. On dit qu’une vision du chef Lakota Sitting Bull a été l’inspiration des guerriers ; un rêve dans lequel les soldats de l’armée des Etats-Unis d’Amérique tombaient du ciel. Ce fut la dernière victoire des indigènes des prairies. Aujourd’hui la communauté de Standing Rock joue le rôle principal dans une mobilisation historique qui par sa capacité de mobilisation, de diversité, de continuité et d’esprit de lutte est en train de réussir une nouvelle et grande victoire.

Note : Il y a quelques heures, le Corps d’Ingénieurs de l’Armée des Etats-Unis d’Amérique a lancé un ordre d’évacuation – à exécuter le 5 décembre – aux autorités de la Réservation Sioux. Le chef sioux Dave Archambault, de même que d’autres représentants de la communauté, ont répondu qu’ils ne bougeront pas.

 

*Silvia Arana, est journaliste argentine basée à Quito, Equateur.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la diáspora par  : Estelle et Carlos Debiasi

 

Notes

[1« More Than 300 A Year : New Analysis Shows Devastating Impact of Pipeline Spills » by Deirdre Fulton, staff writer on Common Dreams. Usa, November 17, 2014

[2Voir ITWrealisé par Abby Martin, Empire Files, TeleSur.

[3« Mni Wiconi : The Stand at Standing Rock » & « Voices from Standing Rock – Mni Wiconi »

Catégories: Amérique du Nord, Ecologie et Environnement
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