Le Danemark se retire des bombardements en Syrie et en Irak

12.12.2016 - San José, Costa Rica - Nicolas Boeglin

Cet article est aussi disponible en: Anglais

Le Danemark se retire des bombardements en Syrie et en Irak
Une bombe de 1 000 kg est attachée à un avion danois F-16 pour sa dernière mission en Irak, le 29 septembre 2015 (Image par le Danois MoD/Ronny Rasmussen).

Le Danemark a annoncé ce vendredi 2 décembre sa décision de suspendre les opérations militaires de ses sept chasseurs F-16 en Syrie et Irak. Quelques jours auparavant, une enquête militaire indiquait que les chasseurs danois avaient été impliqués dans un bombardement aérien du 17 septembre effectué par la coalition, au cours duquel plusieurs « erreurs humaines non intentionnelles » avaient causé la mort de combattants affiliés au gouvernement syrien au lieu des militants de l’Etat Islamique (Daesh) visés.

Après le Canada (en février 2016), le Danemark est le deuxième membre de l’autoproclamée « coalition contre l’Etat islamique (Daesh) » qui se retire de la participation aux bombardements aériens en Syrie et en Irak, dont la base légale n’est pas aussi solide que la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis le prétendent. Il faut se souvenir que depuis le mois d’août 2014, la soi-disant « coalition contre l’Etat Islamique (Daesh) », dirigée par les Etats-Unis, bombarde les territoires syriens et irakiens. Dans le cas de la Syrie, ces bombardements ont lieu sans l’accord des autorités syriennes. Ce dernier point est fondamental du point de vue du droit international public et pour le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Vendredi dernier, le 2 décembre, le Danemark a officiellement annoncé qu’il va suspendre sa participation aux bombardements aériens en Syrie et en Irak. Dans cet article paru dans The Local, nous pouvons lire que le Ministre des Affaires Etrangères danois, Anders Samuelsen, a déclaré que « Nous avons décidé de retirer les chasseurs danois comme prévu ». Quelques jours plus tôt, de hauts responsables des Etats-Unis ont reconnu des erreurs dans les opérations récentes et dans cet article paru dans The Local, nous lisons que : « Defence Command Denmark, le centre de commandement des forces armées danoises, a publié une courte déclaration après l’attaque, confirmant que des chasseurs danois faisaient partie de la mission. Le commandement danois a déclaré qu’il était évidemment malheureux que la coalition frappe d’autres cibles que les forces de Daesh ».

Les résultats de cette mission particulière en Syrie furent les suivants, selon cette note du 19 septembre 2016 : «  des avions de combat britanniques, danois et australiens ont participé à un bombardement aérien commandé par la coalition dirigée par les Etats-Unis ce samedi, ce bombardement aurait causé la mort de 60 soldats du gouvernement syrien et menacé de rompre la « cessation des hostilités », selon les déclarations de sources officielles militaires ce lundi. L’armée syrienne et l’un des principaux dirigeants rebelles ont déclaré que le cessez-le-feu était rompu et se sont accusés mutuellement de sa violation, mais le Secrétaire d’Etat américain John Kerry a déclaré qu’il œuvrait à une prolongation possible de la période de cessez-le-feu de sept jours qui se terminait lundi.

Le 30 novembre, selon un article publié en Australie « Les rapports des bombardements, rendus sous la direction des Etats-Unis tôt ce mercredi matin, révèlent deux points importants sur la coalition internationale qui mène la guerre aérienne en Syrie : premièrement, que même les  campagnes militaires les mieux préparées comprennent des erreurs et tuent des innocents, et deuxièmement que la coalition qui mène ces campagnes aériennes est la plus étroitement contrôlée dans l’histoire de la guerre aérienne. Le plus remarquable est que les frappes aériennes de la coalition n’aient pas tué plus de personnes par erreur. Cette contrainte pesant sur les opérations de combat aérien est juste légalement et moralement, mais a pour effet de rendre inutile l’essentiel de la campagne de bombardements en Syrie. Le rapport indique clairement qu’un certain nombre de facteurs ont contribué à cibler par erreur une position proche de Dayr az Zawr, le 18 septembre, occupée par l’armée syrienne ou des milices. Pour certaines raisons, les renseignements ont identifié par erreur cette position comme étant occupée par les soi-disant combattants de l’Etat Islamique. »

Le Danemark et la Belgique, ainsi que la France, les Pays-Bas et le Royaume Uni sont les seuls pays d’Europe impliqués dans des opérations de bombardement aérien en Syrie et en Irak, au sein de la soi-disant « coalition contre Daesh ». Les premiers bombardements aériens danois en Syrie se sont produits le 5 août 2016.

Il s’agit du premier pays européen qui décide de suspendre son engagement dans ce type d’opérations militaires. Ce n’est cependant pas la première fois que les bombardements en Syrie et en Irak sont suspendus par un Etat : le 22 février 2016, le Canada a officiellement suspendu toute opération consistant à bombarder des cibles en Irak et en Syrie, mettant ainsi fin à une action controversée héritée de l’administration du premier ministre Harper.

IMPLICATION DU DANEMARK DANS LA COALITION CONTRE DAESH

Dans le dernier rapport publié par Airwars.org (voir rapport sur les opérations de novembre 2016) la dernière mission à laquelle le Danemark a participé date du 1er décembre, « Communiqué du Ministre danois de la défense, le 1er décembre : [Entre le mercredi 23 novembre et le mercredi 30 novembre, le Danemark a effectué 11 missions dans la province irakienne de Ninive et le gouvernorat syrien d’Ar Raqqah. L’aviation a largué huit bombes à guidage de haute précision, portant des attaques contre des barrages, bâtiments et installations appartenant à Daesh, où étaient produits des dispositifs explosifs improvisés, ainsi que contre des véhicules.]

Selon ce rapport d’Airwars d’octobre 2015, le Danemark avait initialement demandé que les opérations danoises ne fassent pas l’objet de communiqués de presse : Le colonel Andersen a confirmé que les militaires danois ont demandé à CENTCOM de ne pas identifier les actions danoises dans ses communiqués de presse, mais a fait valoir que l’introduction de l’expression « nation partenaire » était le résultat de « plusieurs intérêts qui devaient être réunis » plutôt qu’une demande exclusivement danoise. Une demande reposant sur la loi relative à la liberté d’information, par la journaliste danoise Charlotte Aagaard, a permis de confirmer ultérieurement la politique danoise consistant à rendre impossible l’identification du rôle du Danemark dans les frappes, « ni directement ni par déduction », précisant que « la contribution du Danemark ne peut être mentionnée dans les communiqués de presse de la coalition lorsque moins de trois nations sont mentionnées en lien avec l’activité en question. » Sous la pression des médias danois, les communiqués relatifs aux missions furent initialement étendus pour inclure les noms des provinces et villes visées, mais les dates et localisations des attaques restaient cachées. »

Dans cet autre rapport sur la transparence des Pays-Bas sur les frappes aériennes, nous pouvons lire que l’extrême discrétion des Néerlandais a souffert de deux indiscrétions : « En deux seules occasions, les localisations et dates des frappes aériennes néerlandaises en Irak ont été révélées – jamais par les Pays-Bas eux-mêmes. Après une attaque sur Falloujah le 25 juillet 2015, la France a indiqué que la mission avait été accomplie avec le soutien des Pays-Bas : « Cette mission fut réalisée conjointement avec des avions américains et hollandais. » Et en septembre 2015, Airwars en collaboration avec RTL Netherlands, a pu démontrer que selon un document CENTCOM déclassifié, l’aviation néerlandaise était impliquée dans un incident avec risque de victimes civiles dix mois plus tôt. »

Dans ce rapport d’Airwars.org, intitulé « Cause de préoccupation pour des centaines de civils non-combattants vraisemblablement considérés comme tués au cours de la première année de frappes aériennes de la coalition contre l’Etat Islamique », nous lisons au sujet de l’information sur le Danemark concernant les victimes civiles en Irak : « Dans une réponse écrite aux questions de la commission parlementaire sur la défense, M. Nicolai Wammen, alors Ministre de la défense, a suggéré que s’il y avait des victimes civiles, blessées ou tuées lors de frappes aériennes danoises, celles-ci ou les membres de leur famille pourraient en demander réparation devant les tribunaux du Danemark : « des actions civiles en indemnités [liées à la participation du Danemark à la guerre contre Daesh] peuvent être introduites devant les tribunaux danois conformément à la loi danoise sur l’administration de la justice. » Wammen a aussi confirmé qu’aucun accord n’avait été conclu entre les gouvernements de l’Irak et du Danemark pour garantir le versement d’indemnités relatives aux civils tués par les frappes aériennes danoises. Lorsqu’il lui fut demandé quelles possibilités avaient les parents des victimes civiles désireuses de savoir si une attaque avait été accomplie par le Danemark, Wammen a répondu que « les familles peuvent entrer en contact avec les autorités irakiennes, une autorité danoise ou la coalition. »

Recommandation: que le Danemark adopte les meilleurs pratiques canadiennes, en indiquant clairement où, quand et avec quel matériel il effectue ses frappes aériennes en Irak.

Réponse du Danemark : aucune réponse aux sollicitations d’Airwars » (p.30)

Il faut souligner que l’information fournie officiellement par les membres de la soi-disant « coalition » n’est pas nécessairement très claire et que les chiffres diffèrent d’une source officielle à l’autre, mais que les données et rapports élaborés par Airwars.org permettent d’avoir une meilleure idée de la logique sous-jacente aux campagnes de frappes aériennes lancées par la soi-disant « coalition contre Daesh ».

Graphique relatif aux frappes aériennes en Syrie lancées par les Etats-Unis (en bleu) et les « alliés arabes et le Canada » (en rouge) de décembre 2014 à août 2015, publié dans un rapport d’Airwars.org intitulé: « La première année de frappes aériennes de la coalition a aidé à freiner l’Etat Islamique – mais à quel coût ».

Un tableau mis à jour indique que le 27 novembre 2016, 5.673 frappes aériennes en Syrie ont été lancées par les Etats-Unis, et 306 par le Canada, l’Australie, la France, le Royaume-Uni, l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, La Jordanie, Bahreïn et la Turquie (voir le tableau « Frappes aériennes cumulées des Etats Unis et leurs alliés en Syrie », disponible ici).

Dans un rapport récent du Secrétaire d’Etat américain à la défense, (voir le texte), nous lisons aussi que : « Le 2 décembre 2016 à 6 h. 45, il peut être estimé que les Etats Unis et la coalition ont mené au total 16.592 frappes aériennes (10.590 en Irak et 6.002 en Syrie).

Les Etats-Unis ont mené 12.876 frappes en Irak et en Syrie (7.183 en Irak et 5.693 en Syrie).

Le reste de la Coalition a mené 3.716 frappes en Irak eten Syrie (3.407 en Iraq et 309 en Syrie).

Les pays ayant participé à ces frappes comprennent : En Iraq: (1) Australie, (2) Belgique, (3) Canada, (4) Danemark, (5) France, (6) Jordanie, (7) Pays-Bas, et (8) Royaume-Uni.

En Syrie : (1) Australie, (2) Bahreïn, (3) Canada, (4) Danemark, (5) France, (6) Jordanie, (7) Pays-Bas, (8) Arabie Saoudite, (9) Turquie (10) Emirats Arabes Unis et (11) Royaume-Uni.

Du 8 août 2014 au 28 novembre 2016, l’aviation des Etats-Unis et de leurs alliés a effectué un nombre estimé de 127.764 sorties en soutien de leurs opérations en Irak et Syrie ».

 

Traduit de l’anglais par Serge Delonville

Catégories: Moyen Orient, Paix et Désarmement
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