Réfugiés en UE, « Le grand défi » : Solidarité citoyenne face à l’inertie institutionnelle

22.11.2016 - Paris - Martine Sicard

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Réfugiés en UE, « Le grand défi » : Solidarité citoyenne face à l’inertie institutionnelle
Réfugiés, un autre monde est possible

Une après-midi quelconque dans l’une des banlieues aux portes de Paris: Malik Diallo, chauffeur-livreur, résident du quartier des Vignes Blanches à Sarcelles, voyant tous jours les comment des réfugiés sans-abri peuplent depuis plusieurs mois les trottoirs du XIXe arrondissement de Paris, interpelle ses amis: pourquoi ne pas organiser une distribution de nourriture ? Sans hésiter un instant, chacun met la main à sa poche, et avec l’argent recueilli…

Image : Distribution de nourriture par l’équipe du « Grand Défi »

« Nous avons acheté de la nourriture, puis on a cuisiné le thiepp (plat de riz avec du poisson et des légumes typiques d’Afrique de l’Ouest) préparé des sandwichs chauds et froids. Nous avons quitté notre quartier et pris la direction de Paris avec dix voitures, les coffres pleins de toute cette nourriture ainsi que des fruits, des boissons et du lait. Aucun d’entre nous n’avait fait cela auparavant: nous ne savions pas ce qui se passerait. Une fois là-bas, dans la zone de Stalingrad (XIXe) et porte de la Chapelle, où les migrants campent, nous avons ouvert nos coffres et on a monté une chaîne de distribution. Les gens sont venus de partout, nous ne pouvions pas suivre. On leur a demandé de faire une file d’attente pour distribuer la nourriture que nous avions apportée. Cette expérience nous a tous marqués, c’était très émouvant » sont les mots de Malik.

« Nous avons été accueillis par les réfugiés, d’abord surpris, mais très, très heureux», dit Diaby. « Certains nous ont même donné des bénédictions… » « Nous sommes enfants d’immigrés, dit Souleymane qui a grandi dans la précarité, « la notion de partage est enracinée en nous. »

Image : Préparation des repas pour  » le Grand Défi »

Mais ils n’en sont pas restés là, ils décident de filmer et poster la vidéo sur Youtube et Facebook ; faisant ainsi connaitre leur efforts pour encourager d’autres jeunes d’autres quartiers à faire de même. Tel est le nouveau concept appelé « le Grand défi« ! Monter une chaîne humanitaire en formant un groupe, recueillir de la nourriture pour la distribuer aux sans-abri en s’organisant avec les membres de son quartier! Filmer et nommer d’autres groupes de bénévoles! ! !! La page Facebook de l’initiative, aujourd’hui avec près de 3000 « aime » et 40.000 vidéos vues:        https://www.facebook.com/Le-Grand-D%C3%A9fi-1684024211915092/?fref=ts .

Ils espéraient produire un effet boule de neige, et il semblerait que ça marche !!!! En effet le modèle se répand dans plusieurs quartiers et d’autres régions de France et même jusqu’en Allemagne et en Belgique !

Voilà donc un bel exemple de réponses parmi les plus significatives de la citoyenneté au-delà des mesures institutionnelles qui tardent, si ce n’est pour démanteler des camps de fortune par la police anti-émeute comme à Calais ou Vintimille, déloger, trier et redistribuer sans savoir bien où… dans le meilleur des cas comme à Victoria Square, au cœur de la capitale grecque, où quelque 3.000 réfugiés sont concentrés, les laissant complètement à leur sort.

Bien sûr, dans les points les plus brûlants où débarquent les migrants des ONG’s telles que ACNUR agissent, mais il en est ainsi avec le soutien des populations locales ou de particuliers comme ce riche homme d’affaires italien qui a décidé de mettre son voilier de luxe au service du projet de l’association PROACTIVE pour secourir les migrants à la dérive en Méditerranée avec le projet Astral.

Ce sont ces mêmes citoyens qui poussent enfin les municipalités à fournir des solutions à la situation, comme dans le cas de Paris dont la maire Anne Hidalgo a fait finalement construire un centre pour réfugiés (d’une capacité de 400 personnes alors que 3500 viennent d’être évacuées du centre de Paris !) à l’encontre de son propre parti, le gouvernement Hollande n’étant pas en faveur de l’organisation de grandes concentrations.

Image : Campement de migrants sous les voies du métro Stalingrad à Paris

Giuseppe Grizzanti, maire de Sutera, petite ville de l’intérieur de la Sicile, a décidé d’ouvrir les portes de son village aux réfugiés en réponse au naufrage tragique de Lampedusa en Octobre 2013, dans laquelle 266 migrants périrent. Aujourd’hui, 34 réfugiés originaires du Moyen-Orient et d’Afrique vivent à Sutera, y compris des enfants, entièrement accueillis par les familles.

Enfin ce sont des citoyens ordinaires qui donnent l’exemple du meilleur de l’être humain:

  • A Lesbos (Grèce) les villageois ne voient plus la mer de la même manière. Lorsque l’on regarde à l’horizon, certains disent qu’ils pensent encore, même pour une fraction de seconde, qu’arrive un bateau plein de réfugiés. « Nous devons être prêts », « Si cela se produit à nouveau, tout le monde ferait la même chose: aider ».
  • A Huesca (Espagne) ses habitants se sont consacrés à fond dans la campagne «Déchausse-toi pour Lesbos « . En un peu plus d’une semaine, à l’initiative du corps de pompiers, ils ont récupéré environ 8.000 paires de chaussures, qui iront aux réfugiés restés en Grèce.
  • Dans le sud-est de la France après la fermeture de la frontière franco-italienne par le gouvernement, leur refusant ainsi a priori le droit d’asile, les migrants cherchent tous les chemins possibles pour continuer leur périple: la voie ferrée, les routes de montagne ou l’autoroute. Chaque jour, des femmes, des hommes et des mineurs principalement soudanais et érythréens sont interpellés par la gendarmerie française qui les renvoie à la police en Italie. Depuis plus d’un an, s’est générée une véritable catastrophe humanitaire face à laquelle la Croix-Rouge italienne est submergée. Dans la vallée voisine de la Roya, côté français, un réseau de personnes s’est organisé pour répondre aux besoins les plus urgents de ces migrants parfois « pour leur distribuer de la nourriture », d’autres fois pour aller patrouiller dans les rues de la ville italienne, en les aidant parfois à franchir la frontière dans leurs coffres, où même en les accueillant dans leurs propres maisons au risque d’être condamnés à une amende par la municipalité ou à des peines de prison ! Ils font valoir le droit à la désobéissance civile, face à la non-assistance aux personnes en danger.

En fait, selon une récente enquête menée par Amnesty International, la grande majorité des citoyens (80 pour cent) sont plus ouverts pour accueillir les réfugiés que leurs gouvernements ; ils seraient en effet prêts à les accueillir à bras ouverts, et pour beaucoup d’entre eux, à les héberger même dans leurs propres maisons, contrairement à la position officielle de nombreux gouvernements.

Alors que les migrants continuent d’arriver par milliers et de s’installer dans des camps de fortune insalubres dans les zones frontalières ou bien sont déjà évacués, que se remplissent les trottoirs de certaines capitales comme Paris, les vendeurs d’armes restent attentifs à leurs écrans pour suivre comment montent les courbes de leurs actions, les gouvernements envoient chaque fois plus de troupes et de matériel belliqueux en Syrie ou au Yémen…

Mais malgré tout, quelque chose est en train de se réveiller ; quelque chose d’intangible qui n’occupe pas beaucoup d’espace dans les médias, quelque chose de bon surgit du profond de la conscience humaine qui ouvre la voie à l’avènement de la Nation humaine universelle tant attendue.

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Illustration : ENEKO, dessinateur  hispano-vénézuélien résidant à Madrid, http://blogs.20minutos.es/eneko/

Catégories: Droits humains, International, Opinion
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