Langues maternelles : Au Cameroun le ghomala recherche ses repères

16.11.2016 - Cameroun - François Tekam

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Langues maternelles : Au Cameroun le ghomala recherche ses repères

Le multilinguisme qui caractérise la Région de l’Ouest Cameroun est atypique car sur le plan démographique, certaines langues sont parlées par moins d’une demi-dizaine de milliers de personnes.

La question de la langue est récurrente au Cameroun, mais cette question se pose avec acuité dans la région de l’Ouest du pays. Certains villages de l’Ouest du Cameroun ne se reconnaissent pas dans le ghomala, la langue maternelle parlée dans la région. Il faut rappeler que le ghomala est un mot composé d’un substantif « ghom » qui signifie « parole », d’un déterminatif « a » qui renvoie à « des » ou « du » et enfin d’un autre substantif « la » qui renvoie à « village ». Littéralement cela signifie la parole des gens du village.

Récemment, une association de l’élite intellectuelle Bandenkop a tenu une table ronde dans l’optique de mettre en évidence le potentiel du ghomabé, langue maternelle de cette population. Les initiateurs de cette rencontre voulaient démontrer que le ghomabé est une langue à part entière comme le ghomala, et que les deux sont des langues distinctes. Pourtant, selon les quatre zones linguistiques de la région, le ghomabé est une variable du ghomala en ce sens que les villages Bafoussam et Baleng parlent le ghomala nord ; les villages Bamougoum, Bafounda, Bamendjou, Bameka et Bansoa parlent le ghomala ouest ; les villages Batié, Fotouni, Bametchouetcha, Bangam, Bapa et Bandenkop parlent le ghomala sud ; les villages Baham, Bahouan, Bayangam, et Bandjoun parlent le ghomala centre, que les Bandjoun par hégémonie linguistique ont appelé le ghomala djo.

A cette diversité des langues dans cette région s’ajoute une autre diversité liée à la taille de leur extension géographique : certaines langues maternelles ont une extension très restreinte, parfois réduite à un groupuscule de personnes qui peuplent des montagnes, des vallées, ou un village, notamment dans  les régions montagneuses et les hauts plateaux ;  d’autres langues par contre s’étendent sur de vastes territoires et parfois sont même transfrontalières.

Ce foisonnement de langues justifie l’absence d’une langue nationale dans les systèmes d’éducation de la région en particulier, et du Cameroun en général. Plus de 50 ans après les indépendances, les langues héritées de la colonisation, à savoir le français et l’anglais, sont restées les seules langues d’instruction. Les  recherches,  les conférences nationales et internationales et les colloques visant à instituer l’apprentissage d’une langue maternelle dans le système éducatif sont restés vains jusqu’à ce jour où plusieurs questions restent toujours sans réponse autour du sujet : Comment organiser la communication et l’animation auprès des groupes minoritaires pour qu’ils abandonnent leur langue au profit de celle qui sera choisie ? Comment promouvoir une éducation de qualité et accessible aux populations de l’arrière pays ? Quelle(s) langue (s) faut-il promouvoir et enseigner ? Comment garantir cette diversité linguistique qui constitue pourtant un riche patrimoine pour le pays ?

Cette bataille linguistique est menée sous le regard inopérant de l’Etat qui tarde à accélérer le processus de standardisation des langues maternelles. L’arrêté ministériel n°07/4905/MINESUP/CAB/IGA/cm du 9 novembre 2007 marque l’officialisation de l’introduction des langues camerounaises dans le système éducatif est une avancée significative pour le développement de la politique linguistique au Cameroun. Mais elle le sera d’autant plus si tous les acteurs concernés par le problème linguistique se mettent ensemble pour produire un document de référence pour la standardisation des langues maternelles à enseigner sur le territoire national.

Catégories: Afrique, Culture et Médias, Opinion
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