Cameroun : le marché prospère des liqueurs traditionnelles

07.01.2016 - Cameroun - François Tekam

Cameroun : le marché prospère des liqueurs traditionnelles
Crédits photo : Amcaja | Wikipedia Commons

Interdit de production et de consommation depuis des décennies, le commerce de liqueurs traditionnelles prospère étrangement dans les villes et villages du pays, malgré les ravages sur la santé et les familles.

Le marché camerounais est riche de plusieurs variétés de boissons artisanales. L’Arki, le Ofofo, le Hâ, l’Odontol, le Mengorkom, l’Amgbwandjan, le Malamba, le bil bil, etc. sont quelques noms de liqueurs traditionnelles de plus en plus consommées par les Camerounais ces dernières années. A côté de ces alcools traditionnels il faut ajouter les boissons sucrées rafraîchissantes localement appelées Foléré, Djindja (gingembre) et des variétés de jus de fruits. Contrairement aux boissons fabriquées sous licence dont la vente est soutenue par d’importants moyens publicitaires, la vente des boissons locales se fait à travers une promotion de proximité des produits naturels bien présentés en sachet ou en bouteille, soit en allant vers le consommateur, soit par « bouche à oreille ». D’une région à une autre la matière première varie : vin de palme, canne à sucre, maïs et mil germés, banane, oseille ou manioc fermentés, etc.

Le Hâ

C’est un alcool obtenu à partir du vin de palme ou de raphia. A la base, il n’existe pas de formule standard de fabrication. Très souvent, la différence se situe au niveau du temps de fermentation de la matière première qu’est le vin de raphia ou de palme. Après avoir visité quelques distilleries artisanales, il nous a été révélé par les fabricants que plus le temps de fermentation était long, plus l’alcool était brûlant, c’est-à-dire bon. Le produit fini est conditionné dans des jerricanes de 10 ou 20 litres et vendu aux détaillants qui approvisionnent à leur tour les marchés urbains. Les histoires racontées autour de cet alcool révèlent qu’à l’origine le nom « Hâ » est l’onomatopée qui désigne le bruit que fait celui qui avale une gorgée de cet alcool, parce qu’il est brûlant.

L’Odontol

Le maïs sec, la pâte de manioc en boule et du sucre sont à la base de la fabrication de cet alcool. Pour la préparation, on écrase la matière première mélangée avec du sucre. L’ensemble est ensuite versé dans un grand récipient d’eau bouillante. Une fois le mélange cuit, on y ajoute du maïs fermenté après refroidissement pour faciliter la fermentation. Ce mélange est versé dans un fût qu’il est interdit de laver « pour maintenir la fermentation », selon Hélène, la personne qui nous a expliqué la fabrication. La fermentation dure trois jours. Dans ce processus, la première cuve sert à distiller l’alcool et la seconde à refroidir le vin recueilli qui est conduit à l’aide des tuyaux jusqu’aux bouteilles. Comme pour les autres boissons, on raconte de cette liqueur qu’elle tient son nom « Odontol » d’une marque de pâte dentifrice très populaire, jadis commercialisée au Cameroun, car les consommateurs de cet alcool rient le plus souvent aux éclats en montrant toutes leurs dents.

Le Malamba

Il s’obtient en mélangeant du jus de canne à sucre aux écorces d’Onaé. Ces écorces accélèrent le processus de fermentation. Très souvent, à ce mélange, on ajoute les écorces d’un arbre appelé dans zone forestière « Essoc ». Le nom générique de toutes les eaux de vie est Arki dans les provinces de centre, Sud et Est du Cameroun.

Le bil bil

Il n’existe pas de formule standard chez les fabricants artisanaux. Très souvent, le temps de fermentation n’est pas le même partout, et surtout pour la même femme. Nous avons visité quelques distilleries artisanales et interrogé les promoteurs pour comprendre leur mode de fonctionnement et leur marché cible. Longtemps interdit à la production, commercialisation et consommation, cet alcool est contrôlé par un texte administratif qui remonte à la période coloniale. Désormais, il est vendu partout sous le régime de la tolérance administrative. Aujourd’hui, cet alcool côtoie fièrement les autres liqueurs dans certaines festivités ou autres manifestations. Servi sec ou dilué, il bat parfois le record de consommation au cours de ces cérémonies en milieu rural.

En guise de conclusion

Nous élargissons à l’ensemble de boissons traditionnelles provenant de diverses matières premières, l’analyse de Narcis Bangmo dans son livre Production artisanale des boissons traditionnelles au Cameroun : analyse de la filière se référant aux boissons à base de maïs :

La production des boissons traditionnelles, correspondant au début aux besoins familiaux, a augmenté de manière importante ces trente dernières années après différentes crises connues au Cameroun. Etant donné que cette production locale n’a pas suivi les aléas de l’offre et de la demande des boissons gazeuses fabriquées sous licence par les industries nationales au Cameroun, elle a pu davantage se développer et arriver à des familles grâce à une promotion de proximité.

Mais peut-on parler de richesse traditionnelle quand on connaît les ravages de ces boissons auprès de la population? Alcool fermenté naturellement dépourvu de composés nocifs? Hélas, la qualité de ces boissons est très inégale: produits frelatés, taux d’alcool extrêmement important, certains de ces alcools sont classés comme drogues.

 

Catégories: Afrique, Culture et Médias
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