CHRONIQUE DE SON PASSAGE EN FRANCE

Dans le cadre du Festival du livre de Mouans‑Sartoux qui a eu lieu dans le Sud de la France les 2, 3 et 4 octobre, Juan Carlos Monedero (Podemos) est intervenu dans deux débats, en plus de se prêter au rituel de la signature du seul livre en français sur Podemos (Podemos, sûr que nous pouvons) publié par Indigène Editions[1].

Le festival du livre de Mouans‑Sartoux[2] est comme le village gaulois d’Astérix : cette initiative locale qui existe depuis 28 ans, dans une région où une majorité de votants sont de droite et d’extrême droite, rassemble plus de 270 volontaires et constitue, pour toutes les personnes dotées d’une conscience sociale et politique, un point de rencontre culturelle de référence.

Considéré comme un des festivals les plus importants du Sud de la France avec non moins de 400 auteurs invités et une moyenne de 50 000 visiteurs, il inclut des tables rondes, des débats, en plus de stands de maisons d’édition, un espace‑jeunesse et cette année des concerts. Présidé pour cette édition par le sociologue et philosophe Edgar Morin, l’organisation du Festival avait invité, grâce à Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman les éditeurs du livre Podemos, sûr que nous pouvons, Juan Carlos Monedero cofondateur de Podemos.

Salle comble pour le débat sur « le rôle du citoyen en démocratie »

Unique représentant étranger à une table ronde sur « Le rôle du citoyen en démocratie« , à laquelle participaient le célèbre sociologue Alain Touraine et Edwy Plenel fondateur de Mediapart, entre autres intervenants, Juan Carlos Monedero a placé la barre haut tant par sa clarté de conception et d’expression que par sa proximité avec les gens.

Dimanche, après un petit-déjeuner d’échanges avec Alain Touraine, qui essayait de le convaincre de la responsabilité qu’avait Podemos d’une réforme de la gauche …, c’est un public avide de l’écouter et d’obtenir plus d’information sur le panorama politique espagnol et ses alternatives, qui assista à l’entretien à propos de « Podemos une nouvelle génération politique« , et ce malgré les intempéries terribles de la veille qui bloquèrent l’accès par train et par route.

JC Monedero entouré de Martine Sicard traductrice, et des éditeurs JP. Barou et Sylvie Crossman

De ses interventions, comme lors de la signature du livre, des échanges informels et des moments partagés où nous avons eu le plaisir de l’accompagner comme interprète, nous voudrions faire remarquer quelques points :

Le moment historique

Pour Juan Carlos Monedero, tout se donne dans un cadre global de changement de civilisation « où le vieux monde n’en finit pas de mourir alors que le nouveau n’est pas encore né. C’est pourquoi les gens sont dans l’expectative, ils ne savent pas bien quoi faire, comme suspendus à … ». Son attention envers l’autre est frappante quand il prend le temps d’expliquer avec une affection sincère, à une jeune fille qui lui demande ce qu’elle pourrait faire pour aider à changer les choses que « la première chose à faire est de se vider, de se nettoyer intérieurement afin que la réponse surgisse d’elle-même. »

L’action politique

  • Dans ces moments de déstructuration où les partis traditionnels se cassent la figure, il est très important d’occuper ces espaces sociaux et politiques qui se vident, avec de nouvelles valeurs, des valeurs humanistes parce que sinon ceux qui vont les occuper, ce sont les nouvelles[3] et extrêmes droites ; dans le cas particulier de l’Espagne il interprète qu’une certaine démobilisation actuelle des jeunes est due à ce qu’ils attendent justement la réponse politique de Podemos.
  • Avec générosité, il met l’accent sur le fait qu’il vaut mieux être à l’arrière-garde qu’à l’avant-garde : « Il faut accompagner ceux qui vont plus lentement sans leur faire de reproches. C’est une chose de parler pour les militants du parti mais ce qu’il faut c’est que tous les gens comprennent. »
  • Les peuples ont besoin de relire leur histoire, qui a été écrite en général par les vainqueurs ; il insiste sur le fait que sans mémoire historique, on ne peut avancer « Il faut construire un nouveau récit.« 
  • Face à la question de collaborer et/ou d’appuyer d’autres hommes politiques « progressistes » en Europe, comme Jeremy Corbyn, Monedero signale que « chaque pays possède sa spécificité et il faut laisser à chacun faire sa part, c’est clair qu’il est plus facile de dialoguer avec des gens comme ça … »

Monedero avec Edwy Plenel de Mediapart

 A propos de l’Europe, la question catalane et les identités régionales

A propos de la Catalogne, il a expliqué la position de Podemos (en reconnaissant qu’ils n’avaient pas su la transmettre lors de la dernière campagne électorale) : en premier lieu, respecter le droit des peuples à décider de leur avenir, même si eux-mêmes n’étaient pas en faveur de l’indépendance de la Catalogne, affirmant : « Nous voulons construire une Espagne de laquelle personne ne veut partir. » Lorsqu’on l’interroge sur une possible Europe de régions, de nations, il fait remarquer : « Cela consisterait à dessiner encore d’autres frontières. Il faut voir où mène cette tendance à affirmer la propre identité, dans une différenciation avec celles des autres. Ce n’est pas dans ce sens qu’il faut aller … ça c’est un recul dans le processus historique. »

Le hasard et les opportunités

Pour qu’un phénomène se produise, la conjonction de certains éléments, de certains facteurs concomitants est nécessaire « mais il y a toujours une part de hasard dans les événements. C’est pourquoi il est fondamental d’être préparés quand l’opportunité se présente. Nous devons nous rendre compte qu’il existe des choses plus grandes que nous, comme la vérité, par exemple… »

Dans ses conversations et interventions, Juan Carlos Monedero se réfère souvent à d’autres créateurs tels que dessinateurs, chanteurs et poètes, et de plus il utilise les contes comme métaphores. « Sans littérature, il n’y a pas de révolution » affirme-t-il. Peut-être est-ce pour cela qu’entre ses cours à l’Université, ses voyages, ses interventions et actes publics, il trouve encore le temps de commencer à écrire un conte à quatre mains avec le poète Juan Carlos Mestre.

À ce public français qui attend et désespère que les choses bougent en soupirant à la fois d’envie et de nostalgie « Vivement que nous ayons un Podemos en France! Ah! si on pouvait avoir … » Juan Carlos Monedero a su avec art laisser plus de questions que de réponses avec cette pirouette : « Je venais avec un sac à dos plein de baguettes magiques, mais on me l’a volé à l’aéroport … »

 Souhaitons donc que Podemos dans son ensemble sache, pour cette prochaine campagne électorale, lui laisser l’espace qui lui corresponde le mieux, parce que Juan Carlos Monedero continue d’ouvrir au détour d’une conversation, à chaque rencontre ou lors d’un moment de partage, des portes vers de nouveaux mondes possibles.

 

[1] Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman (Indigène Editions) sont les éditeurs du livret de Stéphane Hessel Indignez-vous! http://www.indigene-editions.fr/

[2] http://www.lefestivaldulivre.fr/

[3] En Espagne, le nouveau parti libéral Ciudadanos de Albert Rivera