Violences urbaines au Cameroun : la vindicte populaire et le lynchage public n’émeuvent plus personne

02.06.2015 - François Tekam

Violences urbaines au Cameroun : la vindicte populaire et le lynchage public n’émeuvent plus personne
(Crédit image : http://bit.ly/1HKkhfJ)

Personne n’acceptera jamais cette déferlante de violence et de haine qui traverse le monde actuellement. Ce qui choque le plus dans les quartiers est la surenchère de haine et de violence à l’endroit de ceux qui ont enfreint la loi, même si la barbarie de leurs crimes n’a laissé personne indifférent. Comment peut-on souhaiter qu’un assassin subisse la barbarie qu’on lui reproche d’avoir commis ? Il est difficile de passer un mois au Cameroun, sans entendre qu’un présumé voleur ou assassin a été battu à mort ou brûlé vif par des populations en colère. Tout ceci au mépris de la loi et des forces de l’ordre.

La vindicte populaire est utilisée comme mesure punitive contre le banditisme. Il se trouve que très souvent les populations sont tellement irritées par les graves traumatismes causés aux familles par des brigands, qu’ils ne trouvent plus nécessaire de les livrer aux forces de police. Parce que dans la plupart des cas, les bandits arrêtés par les populations et livrés aux forces de l’ordre reviennent dans les quartiers quelques jours plus tard, narguent et agressent ceux qui les avaient arrêtés. C’est le plus souvent la seule solution que détiennent les populations pour « garantir » leur sécurité. Parce que les éléments des force de l’ordre répondent parfois aux abonnés absents ou alors arrivent trop tard, lorsque les bandits ont commis leur forfait et emporté le butin.

Les organisations de défense des droit de l’homme pensent que les populations n’ont aucun droit d’ôter la vie à quelqu’un parce qu’il a transgressé les règles de la société. Les populations ne sont pas assez sensibilisées sur la question, car beaucoup ignorent que battre à mort un homme, même s’il est un bandit, est proscrit par le Code pénal.

La volonté politique de s’attaquer au phénomène de lynchage public et de la vindicte populaire est essentielle à l’action de santé publique. Les organisations non gouvernementales, la société civile et les hommes politiques à la base peuvent certes faire beaucoup pour une évolution positive des mentalités ; mais, c’est de l’engagement des autorités dirigeantes que dépend le succès d’une telle action. C’est tout aussi important au niveau local et dans les quartiers où la plupart de ces actes sont commis, de mener une véritable campagne de sensibilisation des populations sur le caractère sacré de la vie. Les autorités ont à chaque fois tendance à agir une fois qu’un individu est brûlé vif ou battu à mort par des populations en furie. Or, investir dans la prévention, particulièrement dans des activités de prévention primaire qui agissent au plus bas niveau pourrait bien être d’un meilleur rapport coût/efficacité et avoir d’importantes retombées à long terme sur l’évolution comportementale des populations.

Catégories: Afrique, Droits humains, Opinion
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