« Of Men and War » nous invite à une réflexion. Comment les traces de la guerre sont-elles ancrées dans notre mémoire individuelle et collective ?

20.10.2014 - Marie-Laurence Chanut Sapin

« Of Men and War »  nous invite à une réflexion. Comment les traces de la guerre sont-elles ancrées dans notre mémoire individuelle et collective ?
(Crédit image : crédit photo : Alice films)

Après « De guerre lasses »[1] Laurent Bécue-Renard revient sur le sujet des traumatismes psychiques causés par les guerres.

Son nouveau film « Of Men and War » nous immerge dans la reconstruction de douze jeunes soldats américains « vétérans » des guerres d’Irak et d’Afghanistan en quête de sens.

Les récits de ces jeunes hommes rencontrent aussi ceux, non entendus, des deux grands-pères du réalisateur eux-mêmes soldats de la Première Guerre mondiale. Quels échos auront-ils pour chacun d’entre nous ?

Pressenza : Comment présenteriez-vous votre film « Of Men and War »?

Laurent Bécue-Renard : Il y a effectivement plusieurs manières de le présenter. Aujourd’hui, je vais vous dire que c’est un film sur mes grands-pères que je n’ai pas connus car ils sont morts avant ma naissance mais dont le roman familial me racontait qu’ils avaient fait la Première Guerre mondiale. C’était un roman très parcellaire avec quelques images d’Épinal. Un de mes deux grands-pères a été fait prisonnier le 24 août 1914 – une des journées les plus meurtrières de la guerre – et seul survivant de son unité, il est resté prisonnier en Allemagne quatre ans et demi. Le second un peu plus jeune, engagé volontaire à dix-huit ans, a aussi été blessé puis soigné pour finir la guerre au front. L’autre élément du roman familial est que celui qui a été blessé est mort à trente-six ans de la réinfection de ses blessures. Le second est mort plus tard, mais relativement jeune, car il avait contracté une faiblesse pulmonaire durant sa captivité dans les marais de la région de Brême.

Mon enfance a été sous l’ombre de ces deux hommes disparus qui étaient des figures d’anciens combattants, dont je ne savais pas grand-chose mais dont je percevais qu’ils étaient trop absents et que sans doute a contrario de leur absence, leur présence psychique a façonné chacun des membres de ma très nombreuse famille.

Aujourd’hui je peux le raconter comme cela, mais cela n’était pas si clair lorsque j’ai commencé à faire du cinéma.

Donc d’une certaine manière, c’est un film sur mes grands-pères. Mais pas d’un point de vue narcissique car je ne suis pas le seul concerné. Il n’y a pas une famille française qui soit passée au travers des cataclysmes du 20ème siècle qui ont façonné les psychismes en les traumatisant. On est tous les héritiers des guerres du 20ème siècle même si on en a peu conscience. Bien sûr, une partie de notre cerveau a appris les guerres à l‘école, mais il est assez rare que de manière individuelle on ait cherché à savoir comment cela avait façonné le psychisme de notre famille. Aller chercher la parole de mes grands-pères est vraiment le point de départ de ce film. Au moment où j’ai décidé de le faire, l’Amérique est en guerre et des jeunes hommes appartenant à l’Occident revenaient du front au même âge qu’avaient mes grands-pères lorsqu’eux-mêmes sont rentrés. J’étais certain qu’ils rentraient avec leur lot de traumatismes et que leur parole pouvait être similaire à celle de mes grands-pères.

 P : Comment expliquez-vous que vos grands-pères n’aient pas eu la parole ?

LBR : Ce n’est pas tant qu’il y avait un complot pour ne pas leur donner la parole, mais dans la France de 1919, la question principale est de survivre au jour le jour. Il faut manger, reconstruire et c’est pareil en 1945. Primo on n’a pas le « loisir » de l’introspection et secundo les effets de la psychanalyse dans la pensée contemporaine de 1919 sont limités à des cercles très restreints.

Aujourd’hui, en Occident, on peut considérer que l’on mange à sa faim et on vit avec cent ans de psychanalyse, de sa diffusion dans tous les domaines de la psychothérapie et ce dans tous les milieux, y compris dans les milieux populaires.

P : C’est donc votre histoire personnelle qui, de fait, vous a conduit à vous intéresser à cette thématique ?

LBR : Oui, au début très instinctivement mais en faisant mon film « De guerre lasses » avec lequel j’ai enregistré la parole des femmes qui ont subi la guerre, je me suis rendu compte qu’il y avait aussi les grands absents: les hommes qui avaient fait la guerre les armes à la main.

Ce qui m’intéresse c’est l’expérience individuelle de l’homme qui est confronté à la guerre et je suis intimement convaincu que sur le plan psychique les questions des motivations de la guerre par les adultes qui envoient les jeunes hommes à la guerre ne jouent qu’un rôle extrêmement marginal dans la manière dont le psychisme de ces jeunes gens est affecté par la guerre. C’est-à-dire que si vous êtes sur la plage d’Omaha Beach et que votre camarade est pulvérisé à côté de vous, le fait que vous soyez en train de libérer l’Europe du nazisme ne change pas la manière dont vous êtes affecté et c’est pareil pour les jeunes Allemands qui sont en face. Donc quelles qu’aient été les motivations de la guerre d’Irak et d’Afghanistan, et elles ne sont pas les mêmes, je pense que la manière dont les garçons ont été affectés dans leur psychisme est un élément assez marginal.

P : Quelle est la motivation de ces jeunes GI ?

LBR : Même s’ils sont volontaires, ce sont des conscrits par leur situation économique, sociale, familiale, culturelle. Certains se sont engagés pour des motifs que l’on pourrait considérer comme nobles. C’était après le 11 septembre 2001[1] et ils avaient envie de faire quelque chose pour leur pays.

Mais je les vois surtout comme des enfants que leurs pères ont envoyés à la guerre ou qui n’ont pu empêcher leur départ pour la guerre. Cela est un point très important et c’est pour cela que je les regarde comme mes grands-pères aussi. Quand j’ai commencé à parler avec les jeunes soldats qui sont dans le film, je leur parlais tout de suite de mes grands-pères et je leur montrais la photo que l’on voit en fin de générique du film. Et je leur disais : « Sur la photo, mon grand-père a le même âge que vous, même s’il a l’air d’un vieillard et je n’ai jamais entendu ce qu’il avait à en dire de la guerre, parce qu’il ne l’a jamais exprimé auprès de ses proches ».

P : Est-ce que vous avez entendu ces jeunes hommes remettre en question la décision de leur gouvernement d’entrer en guerre et en conséquence de les avoir entraînés sur ce chemin-là ?

LBR : La vérité est que ces jeunes hommes qui, encore une fois, des enfants, sont très souvent recrutés à seize, dix-sept ans, alors qu’ils sont au lycée et ils partent à la guerre à dix-huit ans. La plupart de ceux que vous voyez dans le film n’ont pas été blessés physiquement ou s’ils l’ont été, cela ne se voit pas. Donc, ils sont rentrés avec une partie de leur psychisme qui faisait comme si rien ne s’était passé.  En fait, ce qu’il s’est passé c’est qu’ils sont morts. C’est-à-dire que l’enfant qu’ils étaient avant de partir, tout comme le jeune homme qu’ils étaient en devenir est mort. L’innocence est perdue de même que l’adulte qu’ils pensaient pouvoir être n’est plus le même. Ils sont dans une situation extrêmement violente sur le plan psychique d’être en deuil d’eux-mêmes.

Non seulement ils se sont perdus mais l’expérience à laquelle ils ont été confrontés est une expérience quotidienne de vie et de mort. Or leur psychisme, une fois que la guerre a été terminée pour eux, n’est pas revenu à un état de statu quo, il est resté dans cette question de vie ou de mort. Cela n’est jamais du passé pour eux, cela reste tous les jours du présent et leur psychisme fonctionne toujours sur: « Comment survivre au quotidien? ».

Pour ces raisons, d’une part la question de cette immense souffrance qu’est la perte de soi et d’autre part, ce fonctionnement du psychisme centré sur la question essentielle de survie, la question politique est totalement marginale.

Peut-être que plus tard certains arriveront à transformer cette expérience en une réflexion collective ou une action sociale, après avoir trouvé une certaine forme d’apaisement ou de réconciliation qui leur permette de vivre avec celui qu’ils sont devenus et qu’ils aient réussi en partie à faire le deuil de celui qu’ils étaient. Mais, au moment où je les filme, c’est absolument impossible. Il ne faudrait pas que cela soit une manière d’être dans l’évitement de la question centrale qui les taraude qui est cette question de vie ou de mort.

Dans l’entre-deux-guerres, les jeunes hommes n’avaient pas du tout la possibilité de réfléchir à propos de ce qu’ils avaient vécu. L’action politique a conduit aux ligues, à  l’antiparlementarisme et dans une espèce de dérive qui se passe sur 20 ans, à la collaboration pour certains. Toute action politique n’est pas forcément un souhait en soi. Encore une fois ce sont de très jeunes hommes, même si par certains aspects ce sont des vieillards parce qu’ils portent eux aussi tous les guerriers de l’histoire de l’humanité. Leur urgence est vraiment leur survie psychique. Ils sont tous suicidaires, leur souffrance est tellement grande que pour la faire cesser ils envisagent de mettre fin à leur existence, ce qui ne veut pas dire qu’ils veulent mourir. La vraie bataille est celle pour la survie psychique.

P : Pourquoi les soins thérapeutiques si nécessaires sont-ils aussi rares ? Est-ce que l’accès aux centres est difficile ?

LBR : l’Amérique prend assez bien en charge ses anciens combattants plutôt mieux que les autres pays occidentaux. Le département des anciens combattants aux Etats-Unis, avec son système de santé est un État dans l’état. C’est le premier système de santé américain pour les 24 millions d’anciens combattants du pays. Sur le plan des ressources, les choses existent. Il existe notamment grâce à Fred Gusman, le thérapeute que l’on voit dans le film et qui a commencé très jeune son travail avec les anciens combattants qui étaient à l’époque ses pairs. Il y a des centres de thérapie résidentiels qui sont dans l’institution de santé des anciens combattants, qui fonctionnent depuis 30 ans et qui chaque semaine reçoivent des hommes qui ont soixante, soixante-dix, quatre-vingts ans. Ceux-là ont relativement bien vécu jusqu’alors mais, à la mort de leur femme ou à l’annonce d’un cancer, ou lors d’un traumatisme extérieur comme un accident de voiture, voient remonter tout ce qu’ils ont vécu pendant la guerre.

Mais les jeunes hommes qui rentrent d’Irak et d’Afghanistan, étaient pour la plupart dans le déni et ceux qui ne l’étaient pas n’avaient pas envie d’être assimilés à ces hommes qui pouvaient être leurs grands-pères car ils ne se voient pas comme cela même si la problématique est la même sur le plan psychique.

Ce qui est vrai, c’est que le pouvoir politique de l’époque, à la fois par cynisme mais aussi par incompétence n’a pas un seul moment pensé que cette guerre qu’ils considéraient qu’elle serait conduite et gagnée en quelques semaines, aurait des conséquences de celles de la taille de la guerre du Vietnam. Mais même s’il n’y a pas eu le même nombre de morts que pour la guerre du Vietnam  – puisque c’est 10 fois moins- le nombre de soldats qui ont été en Irak est le même que ceux qui ont été au Vietnam.

Cela, le gouvernement n’y avait jamais pensé et il est vrai que dans cette institution  – qui est une association privée, dans un bâtiment prêté par le gouvernement de Californie sur un immense campus et qui est une maison de retraite pour anciens combattants -l’administration civile ou militaire n’a quoi que ce soit à voir dans la politique de gestion et de soins. Le centre ne reçoit pas d’argent et de plus c’est gratuit pour les jeunes hommes.

P : Cela montre-t-il un désengagement de la part de l’armée ?

LBR : Cela montre en tous cas, une incapacité à penser le soin de cette façon. Les soins existent  mais demandent de la part du vétéran une démarche proactive, ce qui est peut-être dans la culture américaine. C’est-à-dire que s’il va dans le département des anciens combattants duquel il dépend – il y a des hôpitaux partout –  et qu’il demande des soins, il va les recevoir. Mais personne n’ira le chercher et de plus il n’aura pas la possibilité de quitter pendant des mois le quotidien familial dans lequel il souffre pour être comme cela en résidence, ce qui est fondamental.

P : Ces hommes qui ont fait la guerre ont du mal à se mettre à nu.  Qu’est-ce qui fait qu’ils acceptent finalement de livrer leurs traumatismes et de rentrer dans cette thérapie ? Quelle est la motivation la plus profonde ? En quoi est-ce qu’ils sont aussi accompagnés par leur famille ?

LBR : Dans la plupart des cas c’est une personne très aimante autour d’eux qui au lieu de partir, de démissionner, a cherché où pourrait se faire une prise en charge, nécessaire pour eux bien sûr, mais aussi pour le reste de la famille. C’est souvent une mère, une femme, un médecin traitant, parfois un officier avec qui le soldat avait gardé un contact, en tous cas une figure de confiance. C’est très rare que cela soit de leur propre chef.

Il faut savoir aussi qu’ils sont, au quotidien, incapables de beaucoup de choses. Se concentrer sur une feuille pour mettre leur nom, leur prénom et leur numéro de sécurité sociale et dire  « je voudrais que vous me receviez pour un entretien »  est impossible. C’est pour cela que ceux qui sont les mieux entourés ont plus de chances de s’en sortir. Sur les trois millions d’hommes revenus d’Irak et d’Afghanistan, il y en a au moins un million qui sont en souffrance et seulement quelques centaines qui ont trouvé un endroit comme le centre thérapeutique Pathway où j’ai filmé. L’autre enjeu pour ces hommes et d’arriver à cheminer dans le processus de reconstruction.

P : Comment avez-vous fait pour que l’institution, les soldats et leur famille acceptent d’être filmés ?

JLBR : Je pense que c’est d’abord l’ancrage de ce film, les raisons pour lesquelles je le fais qui sont extrêmement profondes. Ces raisons parlent de cet enracinement familial qui, encore une fois, est totalement banal dans le contexte occidental et touchent toutes les familles. Cet ancrage profond est ma légitimité, c’est pour cela que je suis là. C’est quelque chose que j’ai souvent exprimé auprès des jeunes hommes et qu’ils ont compris. Je leur ai montré les deux photos de mes grands-pères et je leur ai dit qu’ils avaient leur âge mais que je ne les ai jamais entendus. Ils l’ont compris d’autant plus qu’ils ont l’intuition qu’ils sont en train de transmettre à leurs enfants les conséquences de leur traumatisme.

Il y a aussi la méthode de travail. Pendant les quatre années précédant le début du tournage j’ai fait de nombreux allers-retours aux États-Unis pour m’imprégner de la culture de ces jeunes hommes. Leur culture au sens du jeune ancien combattant – tout en cherchant en moi les résonances intérieures de l’héritage – puis leur culture dans le milieu auquel ils appartiennent.

J’ai rencontré des soldats, des femmes et des mères de soldats, des enfants, des soignants. J’ai été présent au centre, sans caméra tous les jours pendant quatre à cinq mois. Je voulais que le jour où je filmerais – si je devais filmer – ma légitimité ne puisse à aucun moment être remise en cause. Que ce soit une évidence que ma place était là. Cela demande du temps et cela fait aussi partie de l’ancrage.

Quand les jeunes hommes que l’on voit dans le film sont arrivés au centre, j’y étais déjà et pour eux je faisais partie des murs. Dans le contexte de la thérapie un travail a été fait avec le film. Cela a demandé un positionnement de la caméra qui puisse être accepté par tous. Il n’y a thérapie que parce qu’il y a mise en scène. Une thérapie, c’est d’abord l’établissement d’un cadre et dans ce cas, le cadre est qu’on vous retire du monde, qu’on se réunit entre pairs qui éprouvent plus ou moins la même chose. Durant ce séjour, il va y avoir un certain nombre de rencontres dans une salle avec un thérapeute à une place précise  et vous-même à la vôtre. C’est une mise en scène.

Je me suis dit, comme je me le suis dit en Bosnie, que faire un film n’a de sens que si la caméra joue un rôle dans la thérapie et qu’en créant de la thérapie, on crée aussi du cinéma. La mise en scène de thérapie rejoint la mise en scène de cinéma si la caméra joue un rôle dans le processus thérapeutique. Et elle joue un rôle parce qu’elle fait effet de reconnaissance et validation et bien que ce soit le thérapeute qui fasse cela au premier chef.

Par le simple fait de prendre tout ce temps pour filmer in extenso pendant des mois, non pas les réponses que le soldat va donner à mes questions mais les réponses qu’il va donner aux questions qu’il se pose, on ne fait que valider qu’il lui est bien arrivé quelque chose et que ce quelque chose lui a généré des traumatismes.

C’est un élément de thérapie et la caméra joue le rôle d’amplifier l’action du thérapeute. Il y a aussi une position de médiation, on voit bien dans le film qu’une partie de leur souffrance vient du fait qu’ils n’arrivent pas à partager avec les plus proches l’expérience qu’ils ont vécue. Parce qu’ils vivent tous les jours avec eux et qu’il est difficile de prendre rendez-vous, avec sa femme par exemple, pour parler de ses traumatismes et décortiquer ce qui arrive. Alors les éléments de langage passent par la nervosité quotidienne, la violence, la colère, la dépression mais pas par la parole.

Avec le film, il y a la promesse d’un récit pour leurs proches et pour eux-mêmes.

Évidemment au premier chef, c’est encore la thérapie qui crée du récit et elle permet qu’une histoire se raconte au quotidien mais ce récit dans la thérapie est un peu chaotique. Donc là je suis là en tant que raconteur d’histoire qui pourra leur rendre un récit. Tout cela n’est jamais verbalisé mais explique aussi comment la caméra prend sa part dans la thérapie et qu’ils l’acceptent.

P : Ont-ils vu le film ?

LBR : Pas encore car nous avons décidé avec le thérapeute que je n’allais pas leur envoyer les DVD de manière individuelle mais que l’on ferait une expérience collective et qu’on le regarderait ensemble.

P : Ont-ils demandé à le voir ?

LBR : Oui, certains le demandent surtout depuis qu’ils savent que c’est fini. En fait pendant des années, ils ne savaient pas trop ce que je faisais parce que le montage a été extrêmement long. Mais maintenant qu’ils savent que c’est prêt, ils appréhendent et en même temps, ils ont envie.

P : Comment  arrivent-ils à réconcilier leur part bourreau et leur part victime ? Soit se réconcilier avec soi-même et avec les autres ?

LBR : Je ne dirais pas victime et bourreau, je dirais en position d’être tué et en position de tuer, sinon cela sous-tendrait qu’il y ait un projet, or il n’y a pas de projet. Quand ils sont amenés à donner la mort, c’est le résultat de l’expérience de guerre même si comme le disent certains à un moment donné ils pètent les plombs et ils se mettent à tirer dans le tas. Mais ce n’est pas un projet qu’ils ont élaboré, qu’ils portaient en eux, c’est la conséquence de l’aventure dans laquelle ils sont mêlés.

P : Mais ils pourraient eux-mêmes se vivre comme bourreaux ?

LBR : Je ne dis pas qu’ils ne se vivent pas comme cela, mais il n’est pas nécessaire de mettre le mot « bourreaux ». Le simple fait d’avoir pris la vie à quelqu’un ou d’avoir été en situation de la prendre, est comme le dit l’un d’entre eux, une béance.

Je dirais quand même que parce qu’ils ont accepté,  fortement encouragés, d’être en situation d’introspection, que ce sont déjà des jeunes hommes qui ont franchi une première étape. Ce qui ne veut pas dire que c’est gagné et je pense que toute leur vie ils seront amenés à oeuvrer pour la réconciliation et pour réinventer une vie qui soit compatible avec ce qu’ils ont vécu. Je pense que l’ombre mortifère va les poursuivre toute leur vie. D’un point de vue thérapeutique, aucun des membres de l’institution n’a la prétention d’apporter une quelconque guérison. Le but du travail est de les aider à vivre plutôt que de faire comme si cela ne s’était pas produit et de leur donner quelques outils qui leur permettent d’être vigilants.

P : Vous- même, quelles réponses cela vous a-t-il apporté au regard de l’histoire de vos grands-pères?

LBR : J’ai pu construire un récit qui soit un écho. Il y a l’implantation, l’écoute, la recherche et puis cette masse énorme de quatre cent cinquante heures de rush dont environ trois cent cinquante de paroles pures. Le montage est un travail très analytique de construction d’un récit.

Ce récit rend compte de deux vérités, celle que j’ai perçue du psychisme de chacun des personnages et celle que je porte en héritage.

Et parce que je suis assez satisfait du montage, je pense que c’est une représentation assez juste de ce que je ressens de ce qui m’a été transmis. C’est ce que je cherchais et c’est ce que j’ai trouvé. Mais c’est aussi un miroir que je tends au public en disant que ce n’est pas juste ces jeunes hommes et ni juste moi mais que chacun d’entre nous porte en lui les traces des conflits guerriers.

 

Le film sort en salle le 22 octobre, pour connaître les lieux et dates des projections :

http://www.deshommesetdelaguerre.com

 

 

 

(Attentats du 11 septembre 2001) sont quatre attentats-suicides perpétrés le même jour aux États-Unis, à quelques heures d’intervalle, par des membres du réseau djihadiste islamiste Al-Qaïda,  visant des bâtiments symboliques du nord-est du pays et faisant 2 973 victimes. Source Wikipédia.



[1] De guerre lasses de Laurent Bécue-Renaard –  2003. Trois jeunes femmes tentent le temps d’un travail thérapeutique de faire le choix de la vie et de retrouver un sens à une existence happée par la guerre.

Catégories: Amérique du Nord, Europe, International, Interviews
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