Colombie : criminalisation des organisations de défense des droits de l’homme et des groupes d’opposition

23.01.2014 - Intal

Colombie : criminalisation des organisations de défense des droits de l’homme et des groupes d’opposition
(Crédit image : Andrei Roa Saboya)

Le Mouvement national des victimes de crimes d’État – MOVICE avertit le pays et exprime sa grande préoccupation à l’ouverture d’une grande enquête disciplinaire contre le représentant à la Chambre, Iván Cepeda Castro, fondateur du MOVICE .

Cet événement dans le contexte de la destitution arbitraire du maire de Bogota, Gustavo Petro Urrego, et l’arrestation de : 1 ) trois membres de Unión Sindical Obrera (USO ) et 2 ) vingt agriculteurs participant à la grève nationale agraire à Neiva entre le 24 novembre et le 4 décembre, configure un modèle de persécution politique à l’encontre de groupes d’opposition au gouvernement, par des voies juridiques.

 Les faits :

Le 12 décembre, le Procureur général de la Nation, Alejandro Ordoñez , a rendu public l’enquête disciplinaire ouverte le 1er août 2013, contre le député Ivan Cepeda Castro pour un supposé « abus de pouvoir  » et  » fraude procédurale » sur base de réunions tenues par le député avec les paramilitaires dans les lieux de détention. Le député Cepeda , qui fait partie de la Commission des droits de l’homme du Congrès de la République avait trouvé à ladite Commission , un tas de lettres demandant au Congrès de visiter les prisons du pays afin de constater les conditions dans lesquelles vivent les détenus. Lors d’une de ces visites officielles, des démobilisés du Bloc Cacique Pipinta et Juan Monsalve l’ont contacté par l’intermédiaire de leurs avocats, qui demandèrent une entrevue avec le Député Cepeda. Ces entrevues ont été enregistrées à la demande de prévenus et livrées au Parquet directement. En cela, l’ancien président Alvaro Uribe l’accuse de liens avec les paramilitaires.

En septembre de cette année, le représentant Cepeda a obtenu que la CPI accepte d’étudier le cas d’Uribe pour crimes contre l’humanité.

Juan Monsalve est le fils du majordome de la propriété Guacharacas, appartenant à l’ex-président Alavaro Uribe Vélez et où se réunit, selon Monsalve, un groupe paramilitaire parrainé par les frères Santiago et Alvaro Uribe. Entre la date de l’entrevue avec le représentant Cepeda et la livraison des enregistrements au Parquet, se sont produits, à l’intérieur de la prison, deux attaques contre Juan Monsalve.

Un certain nombre d’ organisations nationales et internationales des droits de l’homme ont exprimé leur inquiétude vis-à-vis de l’enquête contre le représentant Cepeda, dont Human Rights Watch qui a déclaré :  » suite à la réception d’ informations fournies par d’anciens paramilitaires sur la création de groupes paramilitaires et les crimes qui auraient été commis par ces organisations criminelles, le Représentant Cepeda a respecté l’une des fonctions principales d’un membre de la Commission des droits de l’homme du Congrès de la République ». [ 1 ]

Le 4 décembre, ont été arrêtés Hector Sanchez, Campo Elias Ortiz et Dilio Naranjo, dirigeants de l’USO et travailleurs du camp Pacific Rubiales, et ont été accusés de séquestrement grave, d’obstruction des routes, de menaces et violations du droit au travail.

Le 24 novembre 2013, huit personnes de la municipalité d’Algésiras Huila , ont été capturés, accusés de rébellion, et le 1er décembre 2013, 12 habitants des communes de Baraya et Neiva, ont été arrêtés sur des accusations de crimes de rébellion et de conspiration pour commettre des crimes. Tous ont participé à la grève nationale agraire (el Paro Agrario Nacional), et ont été capturés par le SIJIN et l’armée nationale.

Contexte :

Cette année, nous avons vu plusieurs accusations publiques sans fondement contre les dirigeants sociaux, effectuées par des fonctionnaires du haut gouvernement, mises en évidence par les déclarations du Président Juan Manuel Santos [ 2 ], le Général Rodolfo Palomino , alors directeur de la police de sécurité publique, actuellement chef de la police au niveau national , [ 3 ] et Juan Carlos Pinzón, Ministre de la Défense, [ 4 ] , entre autres, lors de la grève de Catatumbo et la grève nationale.

Selon les chiffres de la campagne «Liberté, l’affaire de tous » de janvier à août 2013, il y a eu plus de 3.000 détentions arbitraires . En outre, à cette époque ont été emprisonnés sur base de montages judiciaires de nombreux membres d’organisations sociales , dirigeants « del Paro Agrario et du MOVICE, dont les personnes suivantes :

– David Ravelo Crespo, fondateur du MOVICE Magdalena Medio , détenu depuis le 14 Septembre 2011. Le 10 Octobre 2013, a été ratifiée par la Cour supérieure de Santander la sentence contre David Ravelo Crespo , malgré de nombreuses irrégularités.

– Manuel Antonio Márquez Mejía, Alexi Antonio Arroyo Moreno Galindo et Eulogio Tapiero, membres de l’ Association des paysans agricoles Putumayo (ASCAP ), membre de la FENSUAGRO , détenu depuis juin 2011.

– Omar Combita, membre de Fecode de la Fédération colombienne des éducateurs, et la CUT, Centrale unie des travailleurs, arrêté et détenu sans avoir été reconnu coupable d’aucun crime depuis le 3 octobre 2011, sur des accusations de rébellion .

– Huber Ballesteros , vice-président et membre de la FENSUAGRO et membre de l’ exécutif de la Centrale unie des travailleurs (CUT) , arrêté le 25 Août 2013, sur des accusations de rébellion et de gestion des ressources à des fins terroristes .

– Jorge Luis Montes Hernandez , membre de l’Association agricole mixte Maria La Baja, coordinateur général du Mouvement de Haute Montagne de la municipalité Carmen de Bolivar dans le département de Bolivar et membre du MOVICE, arrêté le 9 Septembre 2013, accusé de rébellion .

En outre, les membres suivants sont victimes de montage judiciaire :

– Agamez, membre du MOVICE Sucre , accusé de complot , de liens avec les paramilitaires .

– Juan David Díaz, membre du MOVICE Sucre a contre lui quatre procès l’accusant de liens avec les paramilitaires qui ont assassiné son père, Eudaldo Diaz .

– Oscar Orozco, président du sous-comité de la CUT Caldas, et membre du MOVICE Caldas, accusé de dommages graves à la propriété d’autrui, de falsification de documents privés , de faux témoignages, de fraude procédurale et de fraude aux subventions, et supposé être un des auteurs de l’attentat contre lui-même, le 4 août 2012.

De plus, a été lancée la réforme de la loi de la Sécurité publique qui rend inopérant le droit de protester, criminalisant toute action politique impliquant la mobilisation sociale. Par exemple, le crime de l’obstruction des routes par des moyens illégaux serait étendu à la simple obstruction des routes. La proposition de réforme prévoit également comme aggravation du crime le fait de se couvrir le visage ou transporter des objets dangereux.

Cette situation démontre la mise en œuvre de nouvelles pratiques de persécution politique, qui avec les meurtres et les menaces qui se poursuivent, entraînent l’absence de garanties pour dénoncer les violations des droits de l’homme, de critiquer les institutions de l’Etat et de s’opposer aux politiques du gouvernement. Et cela se déroulant de façon préoccupante dans l’anti-chambre du processus de paix.

Requêtes :
Que les représentants du gouvernement national, agissent pour donner des garanties suffisantes aux groupes d’opposition et permettre le libre exercice de leurs droits politiques.

Que le Sénat et la Chambre des représentants, qui choisit et applique le pouvoir du Procureur général de la Nation, prenne des mesures immédiates pour arrêter l’ abus de pouvoir et son utilisation à des fins politiques. Nous exigeons la démission immédiate du Procureur Alejandro Ordoñez.

Que la communauté nationale et internationale suive de près cette situation , pendant le processus de paix , et après un éventuel accord.

Traduction par Intal Amérique latine :

Movimiento Nacional de Víctimas de Crímenes de Estado (Movice)

[1] http://www.eltiempo.com/politica/ARCHIVO/ARCHIVO-13278915-0.pdf

[2] El día 21 de junio de 2013, en la ceremonia de ascenso de generales y mayores generales de la Policía Nacional en Bogotá, el Presidente Juan Manuel Santos acusó públicamente que las protestas del Catatumbo estaban infiltrados por las FARC: http://www.youtube.com/watch?v=3ItksYNGQeI

[3] http://www.wradio.com.co/noticias/actualidad/explosivistas-de-las-farc-infiltraron-marcha-de-campesinos-en-catatumbo-general-palomino/20130624/nota/1920776.aspx

[4]    http://www.elmundo.com/movil/noticia_detalle.php?idx=222434&
« Comunicado público: misión de verificación de derechos humanos estuvo en Buriticá (Antioquia)

Catégories: Amérique du Sud, Droits humains
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