Les instruments de mesure ne servent plus

28.01.2013 - Mar del Plata, ARGENTINE - Juan Emilio Drault

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

Les instruments de mesure ne servent plus
(Crédit image : http://bit.ly/147KR0P)

L’économie actuelle ne résiste plus à beaucoup d’analyse. On ne peut plus consommer et produire de manière illimitée lorsque les ressources sont limitées. On ne peut pas produire de déchets au rythme exigé par le cycle de consommation s’il n’y a rien qui puisse les neutraliser et les transformer en des ressources réutilisables. Cela rendrait le cercle vertueux et non monstrueux. Il n’y a pas de système écologique qui soit capable, à lui seul, d’agir pour compenser le déséquilibre généré. Et en même temps, il n’y a aucun être humain capable de se réinventer de manière illimitée avec ce rythme d’exigence.

En réalité, il n’est pas nécessaire d’être un génie ou d’avoir obtenu un doctorat pour s’en rendre compte. Et pour ceux qui ne veulent pas s’en rendre compte, les pluies sont torrentielles, les neiges sont hors de portée, la pollution et toute autre catastrophe frappent à nos portes et s’invitent à entrer sans que nous leur en donnions la permission. En un instant, des voitures peuvent être emportées et des maisons se retrouver sous un mètre d’eau alors qu’un vent violent ajoute des dangers à cette situation.

Une économie de consommation disproportionnée et une culture individualiste – spéculative n’accepte aucune sortie. On ne la trouve pas sur ce chemin. Comme elle n’est pas là et comme on ne se réveille pas à temps, le climat nous donne la claque que nous méritons. Malheureusement, nous sommes une espèce qui, en ce moment, ne réagit que lorsque l’eau nous monte jusqu’au cou. Entre temps, la crise économique nous donne également une claque. Ce n’est rien d’autre que la conséquence d’une crise de civilisation. Si on veut continuer à ne regarder que ce qui est secondaire et qu’on veut regarder la crise économique ou climatique comme si on appartenait à une autre entité, isolée, qu’on le fasse. Mais rien ne se passe ainsi. Ce n’est pas un hasard si nous avons subi autant de crises en si peu de temps. Nous vivons une crise de civilisation nécessaire. Et je dis « nécessaire » car les crises ne sont pas mauvaises en soi. Ce qui est mauvais est de ne pas les voir, de ne pas en profiter. En effet en toute situation de crise, qu’elle soit interne, personnelle, ou externe, dans le monde, se présente une énorme opportunité de tout revoir, d’éliminer ce qui a été inutile, de se réinventer et de réinventer le monde avec tout ce qui a été bon pour les uns et les autres. Mais comme nous dormons, nous ne voyons pas cette opportunité. Nous laissons même le champ libre à d’autres, qui vont prendre les rênes et les décisions, et qui vont nous laisser dans une situation pire que celle d’avant.

En temps de crise, aucun paramètre externe ne sert. Il n’y a pas d’indicateur préconçu, ni de système de mesure qui ne présente aucune erreur. Un système de mesure qui a été créé en dehors de toute crise cesse de fonctionner et de servir en temps de crise. Ce serait comme assurer que le compteur de vitesse fonctionne lorsqu’une voiture commence à patiner sur la glace. Nous pouvons patiner à 100 km / h et croire que nous nous déplaçons à 50 en regardant le compteur. Dans ce contexte, il n’y a aucun élément plus précis que ceux que nous mettons maintenant au point, ceux que l’on appelle registres internes. Ceux qui s’allument en rouge devant la violence, l’injustice et la sainte indignation, ou en vert devant la solidarité, la communication sensée, l’amour ou l’enthousiasme de se joindre à ceux qui sont bien intentionnés.

Depuis des années, on nous forme et nous formate pour nous transformer en employés des entreprises et de l’industrie. On nous a entraîné à étouffer ou insonoriser presque tous les instruments de mesure interne : tant d’alarmes rouges se seraient déclenchées que la vie quotidienne nous aurait été insupportable. En effet, peu de choses de notre vie coïncide avec notre registre de « bonnes choses ». Peu à peu on s’est résigné à étouffer un à un les détecteurs et finalement à mettre une affiche sur le panneau interne qui nous dit « Ainsi va le monde ».

Donc, faut-il laisser se déclencher les détecteurs internes ? Bien sûr ! Ça va déranger ? Absolument ! Ils cesseront de sonner la nuit pour nous laisser dormir ? Probablement pas, au début ? Mais alors, qu’est-ce que je veux ? A chacun incombe la décision de vivre ou de mourir en regardant le compteur de vitesse de la voiture qui patine. Ou on préfère la bravoure de regarder dehors et de voir de ses propres yeux et avec ses propres registres que les évènements se passent beaucoup plus vite que ce que l’horloge indique, et on prend conscience des risques. Et on ne dit pas que cette horloge est manipulée par ceux qui veulent te maintenir dans ces paramètres de référence pour que tu ne sois pas en panique. Mais la collision est imminente. Veux-tu mourir dans l’ignorance ou préfères-tu avoir l’opportunité de faire quelque chose pour sauver ceux qui se trouvent devant la voiture, évitant ainsi une chaîne interminable de chocs et de morts ? Ainsi va le monde et voici la situation. Ou tu choisis l’ignorance et regardes les horloges contrôlées, ou tu décides de descendre la vitre, sentir l’adrénaline de faire quelque chose de risqué et cohérent avec les alarmes des sentiments. Prendre le contrôle d’un véhicule qui patine n’est pas facile, mais ce n’est pas impossible. Mais si tu continues à écouter une belle musique et une vidéo divertissante alors que la voiture continue à patiner, le temps s’épuise, l’opportunité de faire quelque chose s’amenuise. Plus tu te trouves près de l’impact et moins tu auras de possibilité de faire quelque chose d’utile.

Le monde a besoin de plus en plus de gens qui s’engagent à apporter des changements, des idées nouvelles, de nouveaux défis et réalités qui vont essouffler les alarmes de cette crise. On a besoin de bravoure, d’efforts et de compromis, oui ! Est-ce que ça en vaut la peine ? Bien sûr. Toute action cohérente entre la pensée et le sentiment qui déclenche la lumière verte de l’action valable, de l’action moralement correcte, de l’action constructrice, de l’action tournée vers le futur et les générations à venir, en vaut l’effort et produit un registre d’unité interne et d’énergie supplémentaire qui ne disparaît pas et qui continue pour ceux qui en ont fait une référence.

La ré-évolution commence avec ce tableau interne. Il commence avec la décision de sortir de l’indolence. Incendier les censeurs et porter le fardeau de s’en occuper et agir en conséquence. Cette ré-évolution révolutionne tout. Cette évolution changera le monde pour un monde meilleur. Espérons et n’hésitons pas à prendre une décision. Lorsque nous l’aurons prise, nous saurons ce que nous devons faire là où nous sommes, sans violence. Rappelons-nous que le monde patine sur la glace de l’indifférence et nous ne souhaitons pas voir où nous emmènent ceux qui tiennent actuellement le volant. Ré-agissons !

 

Traduction de l’espagnol : Frédérique Drouet

 

Catégories: Ecologie et Environnement, Economie, Opinion
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