La lettre ouverte de démission présentée par Greg Smith dans le New York Times accuse ses anciens employeurs de se soucier plus du profit que de leurs clients. Le Bureau du Journalisme d’Investigation ( http://www.thebureauinvestigates.com/2012/03/14/13-reasons-goldmans-quitting-exec-may-have-a-point/) a quant à lui décidé de publier une liste répertoriant des situations abusives, une par an depuis 2003 : pour la plupart, ce sont des délits d’initiés à l’échelle locale ou internationale, des conflits d’intérêts et d’autres formes de transactions illégales. Bien sûr, n’y figurent que celles qui ont été remarquées… D’autres intervenants ont dénoncé le copinage à l’œuvre entre Goldman Sachs et les hauts fonctionnaires du gouvernement américain.

« Pendant la crise des « subprimes », au cours de l’été 2007, Goldman Sachs s’est arrangée pour tirer profit de l’effondrement des prêts hypothécaires à risque en vendant à découvert des titres adossés à ceux-ci. La banque a d’abord pu éviter d’importantes décotes, et a réalisé un bénéfice net en compensant des pertes significatives sur des prêts titrisés normaux par des gains sur des prêts hypothécaires pris à découvert. »

**”Part de responsabilité dans la crise de la dette souveraine en Europe**

Goldman Sachs est critiquée pour son implication dans la crise de la dette des états européens de 2010. On rapporte qu’entre 1998 et 2009, la banque a systématiquement aidé le gouvernement Grec à dissimuler l’ampleur de sa dette nationale. Sans ces manœuvres, le pays aurait été inéligible à son entrée dans la zone euro. Lucas Papademos, le nouveau premier ministre Grec, dirigeait la Banque de Grèce à l’époque où ces accords abusifs avec la Goldman Sachs ont permis au pays de cacher l’importance de sa dette. Petros Christodoulou, directeur de l’agence grecque de gestion de la dette, a débuté sa carrière chez Goldman Sachs. Mario Monti, le nouveau premier ministre italien et ministre de l’économie et des finances, qui préside, depuis la démission de Berlusconi, le nouveau gouvernement, est conseiller international pour la Goldman Sachs. C’est également le cas de Otmar Issing, ancien membre du conseil de la Bundesbank et du conseil exécutif de la Banque Centrale Européenne. Mario Draghi, le nouveau président de la Banque Centrale Européenne, est l’ancien directeur général de Goldman Sachs International. António Borges, ancien directeur du département Europe du FMI, était auparavant vice-président de Goldman Sachs International. Peter Sutherland, ancien procureur général d’Irlande, est administrateur non-dirigeant au sein de Goldman Sachs International. Karel van Miert, ancien commissaire à la concurrence de l’UE occupait quant à lui le poste de conseiller international pour la Goldman Sachs [Wikipedia]( http://en.wikipedia.org/wiki/Goldman_Sachs).

**L’avènement de l’économie para-étatique**

« Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’économies féodales ni d’industries nationales, ni mêmes d’intérêts de groupements régionaux. Aujourd’hui il s’agit, pour ces survivants historiques, d’accommoder leurs biens aux impératifs du capital financier international Rien n’échappe à ce capital spéculateur qui se concentre dans les mains d’un nombre toujours plus réduit d’individus. Même l’Etat national a besoin de crédits et d’emprunt pour survivre. Tous mendient l’investissement et fournissent des garanties pour que la banque assume les décisions finales. Le temps où les entreprises elles-mêmes, ainsi que les campagnes et les villes, deviendront la propriété incontestable de la banque va bientôt arriver. De même qu’arrivera el temps du Para-Etat, temps où l’ancien ordre sera anéanti. » Silo, dans Lettres à mes amis, 1993.

Sous cette domination tyrannique du système financier international, la santé, l’éducation, le logement, les besoins fondamentaux de l’homme, se retrouvent tous entre les mains d’entreprises qui ne visent que le profit. Mais aujourd’hui, tout le monde en a conscience.

Il arrive un moment où l’on ne ressent plus de colère en lisant les chiffres des bonus et bénéfices obscènes qu’engrangent le système bancaire car ces chiffres ne veulent plus rien dire. Si l’argent pouvait nous donner la mesure du bonheur, nous pourrions nous demander : « Quand le pécule d’un homme passe de 50 millions de Livres à 70 millions, dans quelle proportion le bonheur augmente-t-il ? Le cerveau pourra-t-il sécréter assez d’endorphines pour répondre à cette augmentation stratosphérique ? » Mais de toute évidence, ceux qui jouent à ce jeu y croient dur comme fer, au point de tromper et mentir. Peut-être qu’au cours de leurs études, et à cause de certains choix qu’ils ont fait dans leur vie, ils se sont appris à ne plus ressentir ni leur propre vacuité ni la souffrance qu’ils causent dans le monde. Toutefois, pour qu’ils puissent continuer à jouer, il faut que nous aussi, nous croyions à ce jeu.

Le système expose sa déshumanisation, et parce qu’elle est si criante, des « nouveaux humanistes » élèvent leur voix. Ils sont représentés par les indignés, le mouvement Occupy, les « différents printemps » qui ont surgi dans certains pays, les jeunes gens, organisés en réseaux. Ils ont en commun de rejeter le système actuel et de revendiquer d’autres valeurs : l’amitié, la communication, l’empathie, une nouvelle forme de spiritualité, la protection de l’environnement et le lien entre les hommes, au-delà des barrières ethniques et culturelles. La Nation Humaine Universelle est en train de naître. Elle est invisible aux médias de masse, mais elle vit dans le cœur de millions de personnes. Greg Smith a peut-être ressenti cela, lui aussi.

Silvia Swinden – Auteure de “From Monkey Sapiens to Homo Intentional: The Phenomenology of the Nonviolent Revolution” – Adonis & Abbey, London 2006