Au Pérou, ce dimanche 12 avril auront lieu les élections générales de 2026, lors desquelles seront élus le président de la République, 60 sénateurs, 130 députés et 5 parlementaires andins, les Péruviens se préparent à affronter l’une des élections les plus difficiles de leur histoire. Leur droit à une bonne gouvernance est en jeu.

La difficulté de ce scrutin tient notamment au nombre de listes de candidats : 35 partis – même si une quinzaine d’entre eux n’atteindront pas le seuil des 5 % de suffrages valides – ce qui disperse de fait le vote et favorise les partis de la coalition traditionnelle, actuellement au pouvoir et responsables de la crise institutionnelle que traverse le pays.

Par ailleurs, plus de 250 candidats ont été condamnés pour des crimes tels que corruption politique, violences conjugales, vol aggravé, détournement de fonds, diffamation, escroquerie, vente illégale de marchandises et falsification de documents, entre autres. Dans ce cas précis, la coalition dominante, composée de partis comme Podemos, Fuerza Popular, Perú Libre, Alianza para el Progreso, le Partido Aprista et d’autres, est une fois de plus impliquée. Faisant preuve d’une audace inouïe, la candidate Keiko Fujimori est allée jusqu’à affirmer que ses 15 candidats ayant des antécédents judiciaires « se sont réhabilités ».

De plus, le pays traverse une crise institutionnelle, avec un gouvernement de facto contrôlé par le Congrès de la République (qui affiche un taux d’impopularité de 87 % à l’échelle nationale) et une présidence affaiblie par la brièveté des mandats au cours de la dernière décennie (huit présidents en dix ans). Cette mainmise sur le pouvoir se traduit notamment par d’importants amendements constitutionnels qui violent l’autonomie des institutions de contrôle telles que la Cour constitutionnelle, le bureau du procureur général et le bureau du médiateur, favorisant ainsi l’impunité et sapant l’État de droit.

Dans ce contexte, les citoyens péruviens ordinaires ne peuvent protester en votant avec un bulletin de vote blanc ou invalide faute de représentants compétents (ce qui serait perçu comme un jugement sur la « qualité » des candidats). Aujourd’hui, ils ont la responsabilité de choisir parmi les candidats actuels qui, pour ne rien arranger, défendent des propositions radicales et infondées, comme le retrait du Pacte de San José, le rétablissement de la peine de mort, la suppression des programmes d’égalité des sexes, etc.

De plus, ils ne s’attaquent pas aux problèmes urgents tels que l’exploitation minière illégale, l’extorsion et les assassinats commandités ; les réparations pour les victimes de violences politiques ; et la sanction des fonctionnaires corrompus, parmi d’autres revendications populaires.

Face à cette situation, les Péruviens s’organisent avec résilience pour affronter ces élections et obtenir un résultat qui garantisse une plus grande stabilité politique et constitue une réponse concrète aux principales revendications.

 #PorEstosNo (Pas pour eux)

Initiée par la journaliste Rosa María Palacios, la campagne en ligne #PorEstosNo –  #Paspour Eux) CesGens a été créée initialement pour dénoncer le « pacte mafieux » formé par tous les partis politiques actuellement au pouvoir et responsables de la crise actuelle du pays. Ces partis sont désormais en lice, affirmant avoir « réhabilité » : Fuerza Popular (candidate Keiko Fujimori), Renovación Popular (Rafael López Aliaga), Alianza para el Progreso (César Acuña), Perú Libre (Vladimir Cerrón), Podemos, Juntos por el Perú, Somos Perú, Avanza País et FREPAP. On espère qu’ils ne franchiront pas le seuil électoral, comme ce fut le cas lors des élections de 2020, où l’APRA [NdT: Alianza Popular Revolucionaria Americana ou au Pérou Partido Aprista Peruano (PAP)] a été « punie » (elle n’a obtenu que 2,6 % des voix).

Conditions démocratiques pour une bonne gouvernance

Plusieurs organisations de la société civile, menées par l’Accord historique des citoyens (AHC), ont exigé que les partis politiques signent un engagement en faveur des principes démocratiques garantissant une bonne gouvernance.

De nombreux candidats ont inclus dans leurs programmes des mesures telles que la lutte contre la corruption, l’abrogation des lois favorisant la criminalité, l’instauration de peines de prison à perpétuité pour les fonctionnaires corrompus, la mise en œuvre de réformes éducatives pour un développement éco-industriel et la garantie de travaux publics exempts de corruption. Cependant, à ce jour, seuls cinq des 35 partis ont signé cet accord historique, qui propose des mesures législatives concrètes.

Candidature d’unité

Une autre initiative est la « candidature d’unité », qui appelle les candidats à la présidence Jorge Nieto (Partido del Buen Gobierno – Parti du Bon Gouvernement), Alfonso López (Ahora Nación – Nation Maintenant), Marisol Pérez Tello (Primero la gente – Le Peuple d’abord) et Mesías Guevara (Partido Morado – Parti Pourpre) à un « accord politique clair garantissant la défense des institutions démocratiques, une lutte frontale contre la corruption et le rétablissement de la confiance du public ».

Filtres et stratégies

Au niveau institutionnel, le Jury national des élections (JNE) a mis en place trois filtres pour identifier les candidats aptes, à savoir : l’examen des candidatures, l’examen des CV (à la recherche d’omissions d’informations) et l’examen des programmes électoraux. De plus, il a organisé les débats présidentiels au cours desquels les propositions de chaque candidat ont été présentées.

De leur côté, les citoyens proposent d’autres stratégies pour garantir une bonne gouvernance : lors de ces élections, ne voter que des bulletins valides, ne pas voter pour les partis du « pacte mafieux », ne pas voter blanc ni nul, voter pour le même parti afin de créer les conditions d’un gouvernement stable.

Il convient de noter que, selon le dernier sondage (mars 2026) réalisé par le prestigieux Institut d’études péruviennes (IEP), aucun candidat ne dépasse les 10 % d’intention de vote et 30,1 % des personnes interrogées se déclarent encore indécises (17 % « ne sait pas », 9 % « aucun », 2,8 % « blanc/nul » et 1,3 % « n’ira pas voter »).

Dans le contexte actuel, il est important de rappeler que les citoyens ont droit à une bonne gouvernance, conformément à l’Objectif de développement durable (ODD) 16 « Paix, justice et institutions efficaces » des Nations unies, qui vise à garantir l’état de droit et à lutter contre la corruption et la criminalité. Et que, pour le défendre, l’action des citoyens ne doit être ni stigmatisée ni persécutée.

Rappelons également aux futurs « parents de la patrie » que le vote qu’ils ont reçu n’est pas un blanc-seing et que leur fonction implique un contrôle, tant des institutions que des citoyens.

Il est temps de redonner ses lettres de noblesse, avec fierté, à notre système politique ancestral, fondé sur l’ayllu (avec les principes de réciprocité et de redistribution), et de sauver le pays des mafias qui cherchent à s’incruster à nouveau dans les sphères de notre pouvoir.

 

Traduction, Evelyn Tischer