Malgré les pressions étasuniennes, les autorités régionales réaffirment le caractère essentiel du soutien reçu.

En 2009, le système de santé calabrais, région située à l’extrémité de la péninsule italienne, a été placé sous tutelle en raison d’une grave crise financière et opérationnelle. Cette crise résultait d’un déficit budgétaire important, d’une mauvaise gestion et de gaspillages structurels, d’une pénurie de personnel et à la piètre qualité des services de santé. On estime qu’un cinquième de la population devait se faire hospitaliser dans d’autres régions.

Dix ans plus tard, le gouvernement central de l’époque a promulgué un décret prenant le contrôle total du système de santé calabrais, démettant l’administration régionale de la gestion des services et du personnel soignant et conférant tous les pouvoirs à un conseil d’intervention.

L’apparition de la pandémie de Covid-19 en Italie (mars 2020) a encore aggravé la crise sanitaire dans le sud du pays. Face à l’effondrement du système de santé publique, il est devenu urgent de faire appel à du personnel étranger.

Le 22 mars 2020, la brigade médicale cubaine « Henry Reeve » a débarqué en Italie, à destination de la ville de Crema. Composée de 52 professionnel·le·s, elle est arrivée dans le pays en tant qu’« aide solidaire d’urgence » pour soutenir la lutte contre la pandémie et sauver des vies. Un mois plus tard, une autre brigade, forte de 38 médecins et personnels infirmiers a offert, comme la première, ses services gratuitement et par solidarité, à Turin.

Un troisième groupe a répondu à l’appel du gouverneur de la région de Calabre, Roberto Occhiuto (centre-droit), qui a négocié avec la Société cubaine de commercialisation des services médicaux le déploiement progressif d’environ 500 médecins et personnels infirmiers. L’accord, signé en 2022, s’appuyait sur l’article 13 du décret 183/2020, qui autorisait, en situation de crise, le recrutement de personnel diplômé à l’étranger.

La contribution du personnel médical cubain a été fondamentale, notamment pour répondre aux besoins en médecine d’urgence, gynécologie, orthopédie, radiologie, cardiologie et pédiatrie, dans 27 hôpitaux répartis dans les provinces de Catanzaro, Cosenza, Crotone, Reggio de Calabria et Vibo Valentia. À tel point que, tandis que d’autres brigades médicales rentraient à Cuba une fois l’urgence passée, le groupe de professionnel·le·s stationné en Calabre a continué à prendre en charge des centaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, ils sont toujours sur place et travaillent dans les établissements de santé de toute la région.

« Dans la situation où nous étions, au bord de la rupture, l’arrivée de dizaines de professionnel·le·s enthousiastes et bienveillants a remonté le moral du personnel hospitalier », a déclaré Francesca Liotta, directrice de l’hôpital Polistena (Gioia Tauro), aux médias nationaux à l’époque.

« C’est grâce à leur présence que nous avons pu maintenir ouverts les urgences, les soins intensifs et le service de pédiatrie. Ils nous permettent de faire face à toute urgence », a souligné Mme Liotta.

Le long bras des États-Unis

Plus de cinq ans se sont écoulés et, le 23 février 2026, M. Occhiuto a rencontré à Catanzaro l’ambassadeur des États-Unis Mike Hammer et le consul Terrence Flynn. Face à l’insistance des diplomates pour mettre fin à la collaboration avec Cuba, le gouverneur de la Calabre a clairement indiqué que cette option n’était pas envisageable.

« Les médecins cubains permettent aux hôpitaux et aux services d’urgence de continuer à fonctionner et demeurent indispensables à notre région. Ma priorité est de garantir le droit aux soins médicaux pour la population calabraise », a déclaré M. Occhiuto dans un communiqué de presse.

Le plus haut responsable de la Calabre a également expliqué qu’un plan visant à augmenter le nombre du personnel médical et soignant cubain de 500 à 1 000 était déjà en cours. Cependant, l’insistance du corps diplomatique étasunien l’a conduit à reconsidérer cette seconde phase, en explorant des alternatives possibles avec des médecins européens et non européens.

« Ce qui est incontestable, c’est que les médecins cubains actuellement en poste en Calabre – un peu plus de 400 – resteront. Ils ont été et demeurent essentiels au bon fonctionnement du système de santé », a affirmé Occhiuto.

Une longue histoire de pressions

Discréditer le travail accompli par les brigades médicales cubaines à travers le monde est devenu un objectif prioritaire pour Donald Trump. C’est précisément pour cette raison que, l’an dernier, les États-Unis ont annoncé un durcissement des restrictions de visa pour les personnes bénéficiant de l’aide médicale cubaine.

Par ailleurs, Cuba figure sur une liste noire de pays ne respectant pas les normes minimales de lutte contre la traite des êtres humains. Cette mesure sanctionnerait les employé·e·s et les fonctionnaires du gouvernement cubain, ainsi que les ressortissant·e·s des pays entretenant des programmes de coopération médicale avec Cuba.

Les attaques contre la plus grande des Grandes Antilles se sont intensifiées avec le retour de Trump, en parfaite continuité avec les politiques adoptées lors de son premier mandat, notamment de nouvelles restrictions sur les transferts de fonds et les voyages, une interdiction des vols charters, des sanctions contre les compagnies d’assurance et financières, la réactivation du Titre III de la loi Helms-Burton, l’inscription de Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme et sur la liste des adversaires étrangers, et des sanctions contre les pays qui fournissent du pétrole à l’île.

« L’Italie est le seul pays de l’Union européenne à continuer d’employer un nombre important de médecins cubains dans ses hôpitaux, lesquels sont désormais devenus une cible symbolique et politique. Nous savons pertinemment que le véritable objectif est de couper l’approvisionnement en devises étrangères de l’île et d’intensifier le blocus », a déclaré le journal Calabria 7 dans un communiqué.

Pour Angelo Bonelli, député de l’Alliance Verte et de Gauche, « les pressions exercées par le gouvernement étasunien concernant la présence de médecins cubains dans notre système de santé publique sont inacceptables. Leur contribution en Calabre a été fondamentale et nous ne pouvons qu’exprimer notre gratitude pour leur professionnalisme. J’exhorte la Première ministre Giorgia Meloni à intervenir pour contrer l’ingérence indue d’un pays étranger dans les affaires intérieures d’un autre. »

Source : LINyM

 

Traduction : Evelyn Tischer

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