Le 28 février 2026, lors des premières frappes israélo-américaines contre l’Iran, une école primaire de filles située à Minab, dans la province iranienne de Hormozgan, est frappée par plusieurs missiles pendant les heures de classe. Le bâtiment est détruit et s’effondre sur les élèves et les enseignants. Selon les autorités iraniennes et plusieurs enquêtes journalistiques, le bilan s’élève à environ 165 morts, principalement des enfants âgés de sept à douze ans. S’il suffisait d’une seule raison pour délégitimer et refuser cette guerre, elle serait là.

L’école se trouvait à proximité d’une installation militaire iranienne, ce qui est parfois invoqué pour expliquer la frappe. Mais cette proximité ne change rien à la réalité morale du fait : une école pleine d’enfants a été détruite par des « missiles de précision ».

L’événement a été rapidement chassé dans les médias par l’engrenage de la guerre. Il résume pourtant tragiquement sa logique. La puissance technologique des armées modernes est capable de frapper à des milliers de kilomètres avec une « précision chirurgicale », nous dit-on. Pourtant, dès les premières heures, elle produit exactement ce qu’elle prétend éviter : la mort massive de civils et l’embrasement du conflit.

Les conséquences humaines de cette guerre sont déjà lourdes. En quelques jours, elle aurait provoqué plus d’un millier de morts en Iran et plusieurs centaines au Liban, tandis que des centaines de milliers de civils ont été déplacés. Ces chiffres rappellent que dans les guerres contemporaines, ce sont toujours les populations et les sociétés civiles qui paient le prix le plus élevé de la folie humaine. Quelle que soit la cause, c’est une raison suffisante pour refuser toute guerre, car il n’existe jamais de « guerre juste ».

Les frappes continues contre l’Iran, l’extension de la guerre au Liban, l’implication de plusieurs pays de la région, sans oublier la pression militaire permanente exercée en Cisjordanie, témoignent que la région est désormais enfermée dans une logique de confrontation permanente. Contrairement à ce que les dirigeants israéliens affirment, et feignent de croire, cette stratégie ne garantira pas leur sécurité face à un environnement hostile. Car à mesure que les bombardements s’intensifient et que les fronts se multiplient, il nous faut bien comprendre que cette fuite en avant militaire ne résoudra aucun des problèmes politiques qui nourrissent les conflits du Moyen-Orient. Elle ne fera que les aggraver.

La puissance militaire n’est ici que le révélateur d’une impuissance politique profonde des États-Unis et d’Israël. Ces deux pays, récents au regard de l’histoire humaine, sont nés dans la violence, dans le massacre des populations autochtones et dans la guerre. Depuis lors, ils figurent parmi les principaux facteurs de désordre dans les relations internationales. Israël, tout particulièrement, ne conçoit sa sécurité et sa survie que dans l’élimination de ses ennemis auxquels il dénie un droit d’existence. Mais éliminer l’ennemi ne signifie pas éliminer le problème. Tuer des terroristes n’a jamais permis d’éradiquer le terrorisme.

L’idée selon laquelle la sécurité pourrait être obtenue par une domination militaire permanente appartient à une vision archaïque des relations internationales. Elle suppose qu’un peuple humilié renoncera durablement à toute résistance. Or l’histoire montre exactement l’inverse. Les violences militaires massives nourrissent les ressentiments, radicalisent les sociétés et prolongent indéfiniment les conflits. Surtout au Moyen-Orient.

Depuis vingt ans, chaque guerre promet la stabilisation de la région. Chaque guerre prétend neutraliser une menace décisive. Et chaque guerre engendre la suivante. La guerre devient une habitude qui remplace la politique. On bombarde parce qu’on n’a plus de projet politique pour la région.

La radicalisation de la politique israélienne joue ici un rôle déterminant. Depuis plusieurs années, Israël est gouverné par la coalition la plus nationaliste et la plus extrémiste de son histoire. Certains ministres soutiennent ouvertement l’expansion des colonies en Cisjordanie, défendent l’expulsion des Palestiniens ou parlent d’annexion territoriale comme d’un horizon politique légitime.

Dans ce contexte, la guerre n’est pas un moyen de défense, elle est un outil de pouvoir. Elle permet de maintenir un climat d’urgence permanente, de souder l’opinion autour d’une logique de siège et de marginaliser toute contestation interne. La sécurité devient un argument absolu qui autorise toutes les opérations militaires.

Mais cette stratégie transforme progressivement l’État israélien lui-même. Elle fait d’un pays, né de l’expérience tragique de la persécution, un acteur engagé dans une politique de guerre régionale permanente. Israël est un pays malade, malade de son idéologie religieuse d’État, de son militarisme structurel, de sa politique génocidaire envers les Palestiniens et aujourd’hui de ses actions terroristes envers les populations libanaises, condamnées à leur tour à s’exiler de leurs lieux de vie. La complaisance internationale à l’égard de ce pays est criminelle. Combien de temps durera-t-elle ?

La fuite en avant israélienne comporte désormais un risque d’embrasement, non seulement régional, mais international. En frappant l’Iran, en ouvrant plusieurs fronts simultanément et en entraînant les États-Unis dans l’escalade, Israël contribue à transformer un conflit régional en confrontation internationale potentiellement incontrôlable.

Il faut désormais renverser cette logique destructrice. La puissance militaire qui s’exhibe aujourd’hui dans le ciel du Moyen-Orient est l’aveu spectaculaire d’une faillite politique. Lorsqu’un État ne parvient plus à imaginer d’autre horizon que la destruction de ses adversaires, c’est qu’il a déjà perdu une part de son identité et de sa raison d’être. À l’incapacité des États-Unis et d’Israël à penser la paix dans une logique politique, il faut opposer un front de refus international capable d’imposer la fin de cette guerre.

À cet égard, la position du gouvernement espagnol mérite d’être soulignée. Madrid a été l’un des rares gouvernements européens à refuser l’alignement automatique sur la logique de guerre et à rappeler que la sécurité ne peut être construite sur la destruction permanente d’un peuple ou sur l’extension indéfinie des opérations militaires. En condamnant les bombardements qui frappent les populations civiles, en appelant à un cessez-le-feu immédiat et en demandant le respect du droit international, l’Espagne montre que la paix est une responsabilité politique.

Cette position reste malheureusement minoritaire dans un Occident largement paralysé par ses alliances stratégiques et son incapacité à exercer une pression réelle sur les gouvernements israélien et états-unien. Mais elle montre qu’une autre voie demeure possible : celle de la diplomatie, du droit international et de la protection des populations civiles. Et du courage en politique.

Plus que jamais, la paix ne peut que naître d’un processus politique qui reconnaisse les droits et la dignité de tous les peuples de la région. Dans cette perspective, les peuples du monde doivent s’unir pour résister à la tentation militariste de leur État et imposer la paix à des dirigeant.es devenus irresponsables.

L’article original est accessible ici