Les premiers mois de l’année 2026 ont été marqués par une recrudescence alarmante des féminicides, laissant sur le carreau des vies fauchées, des familles endeuillées et une société interpellée sur sa capacité à garantir la sécurité des femmes face aux violences basées sur le genre.
Selon des données compilées et rendues publiques par des observateurs et les organisations de suivi des violences basées sur le genre, 34 cas de féminicides auraient déjà été commis en 2026, avec la Région du Centre qui totaliserait à elle seule 19 cas. Ces chiffres, bien que partiels, traduisent une tendance préoccupante. La majorité des victimes sont tuées par un conjoint, un compagnon ou un ex-partenaire.
Á titre illustratif, le 23 février 2026 à Douala, une femme a été mortellement agressée à la machette par son compagnon dans l’enceinte d’un établissement scolaire du quartier CCC. Dans la foulée, une autre femme, venue porter secours à la victime, a été grièvement blessée. La personne mise en cause a été interpellé par les forces de sécurité.
Quelques jours plus tôt, le 19 février 2026, dans le sud du Cameroun plus précisément à Sangmélima, un homme a reconnu avoir tué sa compagne, une élève infirmière, 27 ans et mère de trois enfants. Le corps de la victime a été retrouvé dans une chambre, ce qui a suscité une vague d’émotion et d’indignation dans la communauté locale.
Violences conjugales
Ces tragédies illustrent une réalité persistante, à savoir la violence conjugale qui demeure l’un des principaux facteurs de ces crimes qui ne sont pas commis par des inconnus. Cette violence survient dans l’espace supposé être le plus sûr qu’est le foyer, et derrière ce cadre se cachent violences répétées, jalousie excessive, contrôle, menaces, coups, blessures, etc. Dans la plupart des cas, les violences sont souvent minimisées par l’entourage ou réglées en famille, sans intervention judiciaire sérieuse. De nombreuses femmes hésitent à quitter un conjoint violent en raison de la précarité économique, de la stigmatisation sociale ou pour protéger leurs enfants. Le féminicide n’est pas un crime passionnel comme beaucoup le pensent. C’est l’aboutissement d’un cycle de domination et de violence. Tant que la société tolère les violences conjugales comme des affaires privées, les féminicides continueront.
La société et les institutions interpellées
Au-delà de ces crimes, la question de l’efficacité des mécanismes de prévention et de protection des femmes se pose avec acuité. Malgré l’existence de dispositions juridiques réprimant les violences conjugales, les féminicides continuent de se produire.
Les organisations de suivi des violences basées sur le genre appellent ainsi à un renforcement des dispositifs d’écoute et d’accompagnement des victimes, une meilleure application des lois existantes, une sensibilisation accrue contre les violences basées sur le genre, une prise en charge psychosociale des personnes à risque de comportements violents. Car, chaque féminicide est l’aboutissement d’un cycle de violences souvent progressives. Briser le silence, signaler les abus et renforcer la solidarité communautaire apparaissent aujourd’hui comme des leviers essentiels pour prévenir de nouveaux féminicides.








