Protestation contre la publicité pour la Bundeswehr [forces armées allemandes] sur le lieu de travail ? Est-ce possible ? Les conducteurs de tramway munichois montrent l’exemple : ils ne veulent pas devenir les vecteurs de la propagande de guerre.
Un employé de DHL [NdT: entreprise de logistique et de courrier] et délégué syndical ver.di [NdT: Syndicat de travailleurs] à l’aéroport de Leipzig a perdu son emploi après avoir prononcé un discours antimilitariste pendant son temps libre, comme l’a rapporté le Forum syndical à l’automne 2025. Les sanctions ne visent pas seulement des personnalités publiques comme l’expert militaire suisse Jacques Baud. La surveillance de l’État s’étend aussi aux salarié·e·s ordinaires. En effet, du point de vue des nouveaux propagandistes de guerre, il y a beaucoup à faire pour mettre le monde du travail au pas.
Des cas isolés suffisent dans un premier temps pour montrer aux autres qui est le patron.
Une nouvelle situation se présente désormais : les entreprises et les prestataires de services privés et publics doivent eux aussi s’orienter vers le modèle de l’économie de guerre. Ainsi, ce qui vaut de toute façon pour les entreprises de l’industrie de l’armement s’applique ici aussi, parfois de manière officieuse, parfois ouvertement. Dans ce secteur, la question de la sécurité devient immédiatement cruciale. Les ouvriers peuvent se moquer de ce qu’ils assemblent, mais ce n’est pas le cas de l’État et du capital. Pour eux, les exigences en matière de sécurité sont plus élevées, les secrets d’entreprise deviennent des secrets d’État et les travailleur·euse·s deviennent des détenteur·rice·s de secrets.
Du point de vue de l’État, chacune et chacun d’entre eux est perçu comme un·e espion·ne ou saboteur·euse potentiel·le et doit être contrôlé·e en conséquence. En cas de suspicion, il ne s’agit pas de clarifier les faits, mais d’écarter le suspect de l’entreprise, et on trouvera toujours un motif pour un licenciement pour raisons personnelles. La question de savoir si la protection juridique syndicale défendra la liberté d’expression dans l’entreprise ou les droits fondamentaux des travailleurs reste encore très ouverte.
Bien sûr, cette nouvelle ligne de conduite n’est pas tout à fait infaillible. Le cas des conducteurs de tramway munichois qui protestent contre la publicité de l’armée allemande montre ce qui est encore possible, même avec l’implication du syndicat DGB [Fédération des syndicats allemands]. Vous trouverez de plus amples informations à ce sujet ainsi que les possibilités d’exprimer votre solidarité sur le site web Change.org. L’action de nos collègues munichois est également soutenue par l’initiative syndicale de base « Sagt NEIN ! » (Dites NON !).
Les conducteurs de tramway ont publié leur appel actuel sur le site web Change.org, qui résume une fois de plus le déroulement de cette action de protestation. Ils déclarent : « Nous, conducteurs et conductrices de tramway de Munich syndiqués chez ver.di, refusons de circuler dans Munich avec le tramway (type T1, wagon 2804) recouvert de publicités pour une prétendue « carrière dans l’armée allemande ».
À Munich, comme dans d’autres villes où des protestations similaires ont soit eu lieu, soit été réprimées, les transports publics sont affublés des slogans habituels de la nouvelle campagne publicitaire des forces armées allemandes. Cette publicité pour le service militaire, qui se veut cool et tendance, est généralement acceptée comme une évidence ; seule la contre-opinion publique propose des analyses critiques de cette propagande déguisée en publicité normale : voir par exemple ici et ici.
L’appel poursuit : « Le slogan publicitaire ‘Fais ce qui compte vraiment‘ nous rabaisse déjà. Ce que nous faisons, à savoir prendre le tramway, ne compte donc pas, ou pas vraiment ? !! Cela ne nous concerne pas seulement nous, mais tous les travailleurs. On ne peut sérieusement attendre de nous que nous transportions cette insulte à tous les travailleurs dans les rues. De plus, bon nombre d’entre nous sont pacifistes et ne peuvent concilier avec leur conscience le fait de faire de la publicité pour une formation à tuer. Le recrutement d’enfants et d’adolescents est contraire à la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant. La RFA fait partie des rares États où des jeunes sont recrutés pour l’armée. Les Nations unies, la commission parlementaire de l’enfance du Bundestag [parlement national de la République fédérale d’Allemagne], les organisations pour la paix et les droits de l’enfant, le GEW [Syndicat de l’éducation et des sciences] et ver.di protestent contre cette situation depuis des années. L’augmentation du recrutement public a contribué au fait qu’aujourd’hui, une recrue sur onze est mineure. »
Ces derniers points dénoncent un scandale qui ne préoccupe toutefois aucune instance officielle en Allemagne. Interrogés à ce sujet, les citoyens lambda se disent surpris que de telles choses puissent se produire dans notre république démocratique, selon Armin Lauven du « Friedensforum Bonn » (Forum pour la paix de Bonn), qui a lancé une campagne contre la publicité de l’armée allemande auprès des mineurs.
Dans une interview accordée au journal Junge Welt [le Monde jeune] (30 juin 2025), Lauven souligne : « La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies définit, entre autres, les droits de protection des moins de 18 ans. Le bien-être de l’enfant est un principe fondamental auquel toutes les institutions publiques doivent se conformer. La publicité de la Bundeswehr est partiale et séduisante. Elle présente l’armée comme un employeur attrayant et normal, met en avant le caractère aventureux et ludique du service militaire à travers de grandes promesses et de « belles » images, mais passe sous silence les dangers tels que les troubles anxieux, les troubles liés au stress ou la dépression, et occulte les thèmes décisifs que sont la mort et le fait de tuer. »
Les militants de cette campagne contre la propagande illicite ont bien sûr dû constater que même en invoquant les accords internationaux les plus élevés, il n’était pratiquement pas possible de changer quoi que ce soit. Au mieux, ils reçoivent quelques mots réconfortants du ministère de la Défense, qui leur assure qu’il veillera à ce que les jeunes de la Bundeswehr ne soient pas exposés à des conditions particulièrement difficiles… Il en va de même pour les plaintes des salariés, comme dans le cas du manutentionnaire de DHL à l’aéroport de Leipzig, qui a lui-même déclaré qu’il exerçait son métier dans la logistique de son plein gré et avec plaisir (à l’exception du transport de matériel militaire) ; ou encore dans le cas des conducteurs de tramway, qui exigent le respect pour le travail qu’ils accomplissent. Ce serait encore mieux si les salariés pensaient que l’entreprise dépendait en quelque sorte de leur conception de ce qu’est un « bon travail ».
Les Munichois concluent leur appel en prenant clairement position contre le service de la propagande nationale : « Nous ne voulons plus être complices de cela. Nous exigeons que la société de transport munichoise (MVG) cesse d’être un instrument de recrutement pour l’armée allemande ! Pour nous, une chose est claire :
- Les travailleurs ne tirent pas sur les travailleurs !
- Les métallurgistes ne construisent pas de chars [militaires] !
- Les travailleurs des transports ne transportent pas de matériel militaire !
- Les conducteurs de tramway ne conduisent pas de tramway de la Bundeswehr !
Soutenez-nous en signant notre pétition ! Signalez-nous si un tramway de la Bundeswehr circule également dans votre ville ! Mieux encore : rejoignez cette action dans votre ville ! Organisons la résistance – ensemble ! »
P.S.
Notre collègue Michael Niebler fait partie des conducteurs de tramway qui ont déclaré publiquement refuser de conduire le tramway de la Bundeswehr. Il a reçu un avertissement, qui s’apparente à une mise en demeure, contre lequel le service de protection juridique du DGB a désormais engagé une action en justice. Cet avertissement fait suite à son refus de conduire un tramway avec de la publicité de l’armée allemande qui lui avait été attribué ; il en avait immédiatement informé le centre de contrôle, qui avait alors rapidement organisé un changement de conducteur. Il n’y a donc pas eu d’entrave à la circulation au sens propre du terme. Mais pour l’employeur, c’est bien sûr une question de principe.
La date de conciliation dans cette affaire a eu lieu le jeudi 22 janvier 2026 à 14 heures au tribunal du travail de Munich. Toutes les informations complémentaires sont disponibles sur la page de pétition mentionnée, qui peut être largement diffusée. Voici l’adresse de ver.di Munich pour les messages de solidarité concernant cette affaire : ver.di München, Neumarkter Str. 22, 81673 München. L’adresse e-mail est la suivante : bz.m@verdi.de.
Traduction, Evelyn Tischer








