Le but de cet article est de montrer comment très pratiquement des habitants se sont mobilisés à mains nues pour contrer l’ICE aux méthodes dignes de la Gestapo. Pour camper le paysage, la ville de Minneapolis compte 420 000 habitants, et l’agglomération de Minneapolis-St Paul 3 700 000 habitants, dans l’État du Minnesota qui se trouve sous le Canada. Minneapolis et le Minnesota ont voté démocrate aux élections de 2024 qui, bien malheureusement, ont permis l’élection du psychopathe Trump.

C’est en décembre que Trump envoie 2 000 agents fédéraux à Minneapolis. Comme tout ne se passe pas comme prévu à cause d’une résistance citoyenne hors du commun, Trump envoie début janvier 1 000 agents supplémentaires. Car l’ICE, explique-t-il, se trouve face à des « terroristes de l’intérieur » qui cherchent « à causer un maximum de dégâts et à massacrer les forces de l’ordre ». Il n’y avait aucun trouble à Minneapolis avant le débarquement des agents fédéraux. Leur mission est simple : arrêter le maximum d’habitants d’origine étrangère, sans papiers ou en voie d’être régularisés. Au Minnesota comme dans les autres États, des secteurs entiers de l’économie – comme la restauration, le bâtiment et l’agriculture –, ne fonctionnent qu’avec des travailleurs d’origine étrangère ne bénéficiant pas de la nationalité américaine.

Comment des habitants de Minneapolis se sont-ils organisés ?

Pour déjouer les opérations policières, ils se sont organisés par quartier via des réseaux cryptés – notamment avec Signal, plus fiable que par exemple WhatsApp. Ces « observateurs » se sont mis à suivre à distance les voitures banalisées de l’ICE, repérables par leurs passagers en tenue militaire, armés et à visages camouflés. Quand une telle voiture s’arrête, ces « observateurs » klaxonnent, prennent photos et vidéos, puis sortent de leur poche un sifflet pour alerter les voisins. D’autres voitures arrivent pour encercler celle de l’ICE. Des habitants courageux quittent leur véhicule, un attroupement se forme. Les consignes sont claires :

  • Chercher de loin à dialoguer avec les agents fédéraux, en criant « qui cherchez-vous et pourquoi ? »
  • Ne jamais s’interposer physiquement entre un agent de l’ICE et sa victime.
  • Tout filmer pour faire circuler sur les réseaux sociaux en temps réel. Les « observateurs » ont parfois une caméra embarquée, ils savent que ça peut être plus tard utile devant les tribunaux.

Sur les lieux ont été assassinés Renée Good et Alex Pretti, et où des habitants viennent se recueillir, des sifflets sont massivement distribués. Tout cela par des températures pouvant aller jusqu’à moins 15 degrés Celsius. Dans les quartiers populaires où habitent bon nombre d’immigrés, des citoyens américains viennent en aide à ceux qui se savent menacés ; et leur proposent de faire leurs courses, d’emmener leurs enfants à l’école. Des infirmier·es prodiguent des soins gratuits à domicile. Des appels à don sont lancés par quartier pour aider à payer le loyer de ceux qui n’osent plus sortir pour aller travailler.

Des magasins annoncent sur leur vitrine : « Ici, on ne sert pas les voyous », « Si ta femme savait ce que tu fais ! », « Nous sommes tous des enfants d’immigrés », etc.

Depuis la mort de Renée Good, des affiches sont collées dans toute la ville pour exiger le départ immédiat de ICE. Des manifestations régulières rassemblent plusieurs milliers de personnes. Leurs grandes pancartes contre ICE et Trump se remarquent immédiatement sur les télévisions internationales.

Il existe à ce jour une quantité d’anecdotes qui circulent aux USA sur Signal et qui rapportent des actes isolés de résistance et de solidarité. Par exemple, six agents d’ICE circulent à pied sur une grande artère pour y faire des contrôles au faciès. Des voitures découvrent le stratagème, ralentissent et klaxonnent sur environ un km. Un jeune Équatorien sans papiers entend l’avertissement, il prend peur, il se précipite vers une voiture, l’occupante baisse sa vitre et l’invite illico à monter dans sa voiture. Elle rassure et apaise le jeune homme tout en l’emmenant à son travail. Ils se quittent après s’être échangé leur numéro de portable.

Trois remarques s’imposent :

  • C’est à Minneapolis que George Floyd fut assassiné en 2020 par des policiers, ce qui a entraîné l’immense mouvement Black Lives Matter qui a su alors s’organiser. Rien ne s’oublie !
  • Il existe à Minneapolis de farouches partisans de Trump. Ils n’ont pas osé se manifester devant l’ampleur de la résistance civile non-violente.
  • Les quelques milliers de résistants à l’ICE ont dès le début reçu le soutien énergique du maire de Minneapolis puis du gouverneur, tous deux démocrates. Ce dernier, Tim Walz, est allé jusqu’à dire en conférence de presse le 25 janvier :« Si l’intention de Donald Trump était de faire de l’État du Minnesota un exemple, alors je suis extrêmement fier de l’exemple que le monde entier est en train de voir. »

Devant ces événements survenus à Minneapolis, la Maison Blanche annonce le 27 janvier que l’ICE va progressivement se retirer de cette ville. Nous savons que Trump sait transformer un échec en pseudo victoire. À suivre.

L’hiver 2026 à Minneapolis va rester dans les annales de la résistance civile non-violente, comme un cas d’école passionnant pour comprendre les potentialités d’une telle résistance. Nous aurons probablement dans les mois à venir des études, du genre universitaire, qui rapporteront des récits et des anecdotes de cette résistance non-violente. Nous en ferons notre miel.

Nous ne pouvons pas oublier que Marion Maréchal et Éric Zemmour ont applaudi les agissements de l’ICE, malgré, ont-ils dit, « deux malheureux accidents ». Ils seraient prêts à combattre de cette façon chez nous les immigrés en situation irrégulière, en lien avec leur idéologie du grand remplacement, et de mèche avec les visées de feu Jean-Marie Le Pen, que le RN n’a jamais reniées.

François Vaillant

Rédacteur à la revue Alternatives Non-Violentes

Sources : Le Monde, Radio France, TV5 Monde.

L’article original est accessible ici