Troisième ville de France, avec 500 000 habitants, Toulouse est à la tête d’une métropole de près d’un million d’habitants. Capitale européenne de l’industrie aéronautique et spatiale, deuxième ville française par le nombre d’étudiants, la ville concentre une population avec un haut niveau d’éducation. La gentrification croissante de la ville, couplée à la densification du bâti, n’est pas sans poser des problèmes sociaux et  environnementaux préoccupants. Depuis 1971, la ville a élu de manière quasi-interrompue, des municipalités de droite. Depuis 2020,  Archipel Citoyen, un mouvement composé de citoyennes et citoyens non encartées, propose une politique alternative et ouvre de nouvelles perspectives pour la métropole occitane. Pressenza a interviewé Maxime Le Texier, conseiller municipal d’opposition à Toulouse et membre fondateur d’Archipel Citoyen.

1-Vous êtes ingénieur de formation et avez travaillé de nombreuses d’années dans l’industrie aéronautique. Qu’est-ce qui vous a incité à vous investir politiquement ?

Il y a eu 2 phases en fait, celle de mon engagement politique général et celle de mon engagement électoral. La première débute avec la naissance de ma fille en 2006. En me préoccupant, avant de nous décider de faire un enfant, de ses conditions de vie futures, je me renseigne beaucoup sur l’état du monde, l’écologie, le dérèglement climatique et la géopolitique. Je prends un peu peur et je suis aussi en colère contre les inégalités. Je m’engage donc à Toulouse dans une ONG, Oxfam, pour laquelle j’aide  à monter les thématiques sur les inégalités Nord/Sud et j’aide à organiser des conférences sur les réfugiés climatiques, les agrocarburants, les paradis fiscaux. J’ai effectivement géré cela avec une carrière dans l’aéronautique : Design de cockpit le jour, plaidoyer politique le soir.

L’engagement chez Oxfam m’a amené à faire du plaidoyer auprès de candidates et de candidats aux élections législatives sur ces thèmes et là je découvre la puissance financière et symbolique immense des institutions. Je découvre aussi, car plusieurs de ces candidat.e.s sont aussi conseillers municipaux, l’impact énorme de la mairie et de la Métropole sur l’avenir de mes enfants : transport, urbanisme, alimentation, logement, éducation, déchets, tous les grands champs de lutte contre le dérèglement climatique et les inégalités sociales dépendent majoritairement de l’échelon de la commune.

Et je réalise aussi à quel point le système de la Vème République est vertical et autoritaire, laissant de côté toute la puissance des associations et de la société civile.

C’est là que je décide de m’engager électoralement. Je fais un bref passage en 2015 dans un premier parti qui suscite beaucoup d’espoir de renouvellement politique, Nouvelle Donne, avant que ce parti ne soit torpillé par l’ego de son fondateur. Je le quitte donc début 2017 mais reste convaincu de la nécessité de réenchanter la politique et de l’importance du levier local pour changer la vie des gens. Et c’est là que naît Archipel Citoyen.

2-Vous avez donc participé à la création d’une liste citoyenne, baptisée Archipel Citoyen, pour les élections municipales de 2020. Comment est né le projet d’Archipel Citoyen ?

Archipel Citoyen nait en juin 2017 de la rencontre d’acteurs locaux toulousains : militant(e)s engagé(e)s dans l’associatif, ex membres de partis politiques, élu(e)s non encarté(e)s de la Métropole, membres des collectifs Casa Nova ou « Le Bien Commun ». Nous nous retrouvons autour du constat qu’à la présidentielle de 2017, 80% des personnes impliquées dans une action de mobilisation l’était pour la première fois et n’étaient pas membres d’un parti, que la France était de plus en plus bénévole et engagée associativement mais avec un rejet massif des partis traditionnels et le ressenti d’une démocratie confisquée. Et donc qu’il faut trouver un moyen de faire levier sur ces énergies citoyennes engagées. Et que le changement commence par la commune et par sa Métropole.

Nous formons l’idée de co-constuire, via une plate-forme ouverte en ligne, pendant 3 ans, avec les citoyens, à l’échelle de la métropole, un programme social, économique et environnemental, un mode de gouvernance démocratique et participatif qui permette d’assurer une représentation permanente de la voix citoyenne. Nous nous lançons dans l’ambition d’identifier et fédérer les initiatives citoyennes locales / acteurs de la société civile et être leur porte-voix vers le conseil métropolitain actuel pour proposer et tester les idées. Et puis de former des citoyens au fonctionnement des institutions et au programme co-construit  pour ce programme et ces citoyens aux élections (métropolitaines et – le cas échéant – municipales).

A l’époque nous ne savons pas encore par contre si nous allons aller à l’élection nous-mêmes. Nous nous voyons plus comme un « lobby » démocratique et citoyen, «une démarche de construction en complémentarité des partis et mouvements,  pas en opposition » comme je l’ai retrouvé dans le premier document du mouvement, qui s’appelait au début « L’Archipel Toulousain » d’ailleurs. L’idée fait son chemin, le collectif progresse, se dote d’une raison d’être : Redonner le pouvoir aux habitant(e)s. Il change de nom pour un nom moins « cassoulet » : ce sera  Archipel Citoyen, emprunté avec leur accord au mouvement des Jours Heureux qui tente à l’époque, à Paris, de faire revivre l’héritage du Conseil National de la Résistance. J’ai retrouvé  les noms qui étaient « en lice » pour le choix du nom : Toulouse en commun, Front métropolitain ,Toulouse citoyenne, Notre métropole demain, Toulouse maintenant. C’est drôle.

Nous produisons alors des documents importants : programme démocratique d’une ville et Métropole, code éthique des élu(e)s. On va à la rencontre du collectif « Barcelona en Comu » pour s’inspirer du municipalisme espagnol, on lance des consultations en ligne.

Et Archipel Citoyen se décide mi 2018 à prendre part aux élections municipales de 2020 pour porter sa voix de manière originale : permettre à chacune et chacun dans la ville de se présenter en candidatant sur une plate-forme numérique et constituer une liste du « bas » vers le « haut » au lieu du contraire habituel. Puis un premier parti mise sur notre démarche, Europe Ecologie Les Verts, qui mettent leurs propres candidat(e)s dans le dispositif. Et la machine était lancée.

3-Il existe déjà des démarches de démocratie participative en France et à l’étranger. De quelle philosophie et de quelles expériences antérieures s’inspire la démarche Archipel Citoyen ?

La philosophie d’Archipel Citoyen est celle du municipalisme. Celui-ci

considère que la commune est l’organisation de la vie publique la plus proche des habitantes et habitants et qu’elle doit affirmer son indépendance et son autonomie politique, tout en restant imbriquée dans le mille feuille institutionnel français. C’est un état d’esprit d’engagement avant tout local et si possible détaché des enjeux et batailles politiciennes nationales et des enjeux de parti. Ma ville avant tout. Comme espace de collaboration et de transformation. Il y a plusieurs municipalismes et le nôtre n’est pas aussi radical que celui de Murray Bookchin  qui prône même une vision anarchiste de la commune. Nôtre municipalisme a un ancrage profondément social et écologique en plus d’être démocratique. Nous assumons ainsi de porter des valeurs dite « de gauche ». Je dis souvent que c’est un municipalisme éco-socialiste car nous assumons ces valeurs, quand Bookchin avait une vision presque a-partisane (car anarchiste) du municipalisme.

Nos modèles sont la Barcelone d’Ada Colau lors de son premier mandat  entre 2015 et 2019 et les listes citoyennes et participatives qui essaiment en France : Saillans (Drôme) comme pionnière puis beaucoup d’autres comme Saint Médard, la Montagne (Loire-Atlantique), la Crèche( Deux-Sèvres) dont certaines ont su, à l’image de Poitiers, faire une belle alliance citoyenne et partidaire dans le respect d’une gouvernance collaborative au sein de l’exécutif. Grenoble aussi dans une certaine mesure.

4-Depuis 1971, la ville a élu des municipalités de droite -à l’exception de la période 2008-2014- et est dirigée par Jean-Luc Moudenc depuis 2014. Pouvez-vous rapidement nous brosser un bilan des municipalités qui ont dirigées la ville depuis plus d’un demi-siècle ?

Toulouse, à l’exception de la parenthèse Pierre Cohen entre 2008 et 2014, a effectivement toujours été gouvernée par la droite. C’est le paradoxe toulousain : une population ancrée à gauche, qui s’exprime fortement vers ces valeurs aux scrutins nationaux mais aussi départementaux et régionaux mais qui, quand il s’agit du maire, élit la droite. Sûrement une culture ancienne héritée des Baudis, père et fils, qui ont administré la ville entre 1971 et 2001 et qui ont ancré cette image d’une droite centriste et « locale », plutôt bonhomme, provinciale. Rassurante et bourgeoise. Ce qui fait, qu’à mon sens, Toulouse s’est endormie dans le confort offert par une industrie aéronautique et spatiale qui n’a jamais vraiment faibli, excepté lors de l’épisode COVID. La parenthèse de gauche avait commencé à impulser une vision urbanistique et de transports plus ambitieuse mais elle a été coupée dans son élan. Aujourd’hui Toulouse paye cher le chloroforme : l’étalement urbain non régulé conduit à ne plus savoir comment le desservir efficacement en transport, les espaces naturels ont été réduits à peau de chagrin, le coût du logement explose, la politique libérale de ruissellement en matière d’emploi est un échec avec des inégalités sociales croissantes entre les cadres d’Airbus dont je faisais partie et les quartiers populaires où les taux de chômage sont très élevés. La droite toulousaine, c’est un manque de vision et d’ambition pour la ville, une politique électoraliste et clientéliste qui étouffe la ville.

5-Toulouse est aujourd’hui la troisième commune de France et la ville française qui connaît la plus forte croissance démographique, signe de son attractivité et de sa bonne santé économique. Quels sont les grands défis auxquels est confrontée aujourd’hui Toulouse et sa métropole ?

Je le disais ci-dessus, la ville souffre d’abord de son étalement urbain et du retard pris dans les transports en commun et modes doux. La part modale de transports en commun n’a pas bougé en 10 ans entre 2013 et 2023 (13%), le vélo progresse mais trop timidement et la voiture reste reine, plongeant les toulousaines et toulousains dans les embouteillages sans perspective puisque malgré l’arrivée prochaine  de la 3ième ligne de métro, ils vont augmenter jusqu’à ce qu’ en 2030 l’intégralité de la rocade soit bouchée à heure de pointe, selon les prévisions.

Le deuxième grand défi, c’est le dérèglement climatique. La ville qui va devenir invivable l’été par manque d’espaces verts, de lieux de fraîcheur et un bâti public pas suffisamment rénové, plongeant nos enfants dans des fournaises à l’école et la population dans le bruit urbain routier lors  les nuits caniculaires. Et l’hiver, la facture énergétique des mêmes passoires thermiques va exploser avec le coût de l’énergie, paupérisant encore plus la population.

Le  3ème défi, c’est celui de la pauvreté et de la précarité. Alors que quand certaines toulousaines et toulousains vont bien et le maire leur rend bien service, de plus en plus d’autres personnes perdent du pouvoir de vivre. Les inégalités augmentent, se loger devient impossible, notamment pour les familles. L’emploi est très inégal et l’économie de demain, la diversification de notre économie locale n’est pas anticipée.

Enfin le dernier défi c’est celui du vivre ensemble, du lien et de la culture. L’extrême droite frappe aux portes de la cité, le maire actuel leur donne des gages en permanence par électoralisme (le numéro 3 de sa liste pour mars 2026 étant même un partisan d’Eric Zemmour). Tandis que  le traitement autoritaire et la baisse des subventions  vers les associations et le tissu culturel conjugués fragilisent la résistance de la ville aux thèses de l’extrême droite. Une politique élitiste d’une part et clientéliste  de l’autre fragilise nos liens. Le traitement purement répressif de la question de la sécurité attise le clivage agents-population et les statistiques dans ce domaine  ne s’améliorent pas malgré les discours.

6-Toulouse et sa région sont très dépendantes de l’industrie aéronautique. Comment sortir de cette situation qui les met à la merci d’une crise de ce secteur ?

Tout d’abord, il faut arrêter de croire dans des chimères technologiques extérieures à notre tissu et de subventionner des start-up américaines (telle la société Hyperloop) en croyant décrocher la martingale. Il faut avant tout soutenir le tissu local et aider les entreprises de notre territoire à se stabiliser, s’ancrer et se développer. Et oui, il faut le faire dans plusieurs secteurs car notre dépendance aéronautique et spatiale  est trop forte. Le secteur de la santé en est un mais il faut aussi en regarder d’autres comme l’économie sociale et solidaire, une Intelligence Artificielle  éthique et responsable ou par exemple les mobilités Low-tech dans lesquelles les qualifications de nos ingénieur(e)s de l’aéronautique et du spatial pourraient soutenir le développement d’une nouvelle filière de la mobilité sobre.

Par ailleurs, nous devons offrir surtout de la visibilité et de la stabilité à notre soutien économique. Il faut une perspective de long terme, a minima 2050, et la tenir dans le temps car c’est de cela dont ont besoin les entrepreneurs : de la lisibilité et de la constance. En plus, nous devons avoir le courage de la démocratie économique c’est-à-dire d’intégrer les entreprises et les salarié(e)s ainsi que les organisations qui les représentent dans la construction urbaine : l’emploi a besoin de pouvoir contribuer aux volets urbanisme et transports. De plus, il faut réaliser cette démocratie entre les territoires en associant à notre développement le réseau des villes situées à 1h de Toulouse. L’hyper métropolisation voulue actuellement par le pouvoir en place, avec des objectifs d’accueil de population dans les plans d’urbanisme et de logement trop hauts, doit être inversée pour aller vers la coopération en dehors du territoire.

Si nous ne prenons pas soin d’inverser la spirale de l’aspiration des populations alors que le territoire n’a pas les moyens de les accueillir, la qualité de vie va tellement chuter dans la Métropole que les entreprises partiront. Elles l’ont compris et expriment des demandes fortes sur le logement de leurs salariés et leurs transports. Il faut donc anticiper.

7-Toulouse doit faire face aux conséquences du  réchauffement climatique et devrait connaître en 2050 le climat actuel de Séville. Comment adapter la ville à cette évolution ?

Il faut d’abord sanctuariser le vivant. Chaque mètre carré, chaque arbre est un outil majeur de lutte contre la surchauffe urbaine. Il faut donc lutter contre la bétonisation à outrance et construire la ville sur la ville plutôt que de nous priver de ce qu’il reste de terre vivante. Et puis, il va falloir désartificialiser également, regagner des mètres carrés sur le bitume. Nous suivrons un précepte :  les 3/30/300. 3 Arbres. Le premier critère exige que chaque habitant(e) puisse observer depuis la fenêtre de son domicile au moins 3 arbres pour répondre à un besoin psychologique de connexion visuelle avec la nature, dont les bénéfices sur la santé mentale sont scientifiquement démontrés. Ensuite 30% de couverture arborée dans chaque quartier. Une étude européenne réalisée dans 93 villes, publiée par The Lancet, estime que plus d’un tiers des décès prématurés liés à la chaleur excessive pourrait être évité dans le cadre d’une augmentation de la couverture arborée urbaine à 30%. Enfin, être à 300 mètres d’un espace vert, soit environ 5 minutes de marche. Cette distance s’aligne sur des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle préconise un accès équitable aux espaces verts publics d’au-moins 0,5 à 1 hectare dans ce périmètre.

Ensuite, il faut mutualiser le frais : en rénovant massivement le bâti public et en élargissant ses horaires d’ouverture (musées, bibliothèques, mairies de quartier, salles municipales) nous pouvons offrir des refuges climatiques, des espaces de fraîcheur plutôt que laisser faire la course à l’armement qu’est la climatisation. En effet, celle-ci  privatise le froid et mutualise les rejets de chaleur de la clim, tout l’inverse de ce qu’il faut faire. Cela va avec l’augmentation de l’accessibilité à l’eau : baignade (entretien et tarification des piscines et baignade dans la Garonne), fontaines et robinets, brumisation.

Et puis il va falloir créer de l’ombre : les systèmes d’ombrières sont coûteux mais parfois indispensables là où on ne peut pas végétaliser (aires de jeux, places)

Il va falloir enfin changer nos habitudes de vie : ouverture des services publics, horaires scolaires, changements de mode de transport, il va falloir aussi s’adapter à jouer avec la chaleur.

8-La ville connaît un processus de gentrification croissant bien qu’il existe des quartiers populaires où la pauvreté s’est enracinée depuis des décennies. Que faudrait-faire pour rendre la ville plus juste et plus solidaire ?

La boussole c’est le droit commun. Chaque quartier de la ville doit bénéficier des mêmes services publics. L’équité est la base et c’est celle qui va nous sortir de la stigmatisation qui est faite de certains de nos quartiers, dits populaires. Fréquence de ramassage des ordures, nettoyage de l’espace public, réparation d’ascenseurs, présence policière : même traitement au Capitole et à la Reynerie.  Aujourd’hui, les populations des quartiers populaires sont sous-dotés en budget public, malgré ce qui est prétendu par la majorité actuelle qui mélange les sommes investies dans la pierre via l’ANRU et les dépenses du quotidien. Pour plus d’information,  je vous renvoie aux travaux de Thomas Piketty.

Ensuite, la priorité doit être la question sociale et pas « identitaire » de tel ou tel quartier. Les moyens doivent aller en priorité aux plus précaires.

Enfin, il faut avoir le courage de parler et de traiter de la question des discriminations dont pâtissent certaines catégories de toulousaines et toulousaines de part leur origine supposée, couleur de peau, genre ou religion. Aujourd’hui, il y a des comportements qui sont tolérés de la part des élu(e)s, agents ou entre habitantes et habitants qui ne doivent plus l’être. Il faut aussi lutter contre les représentations qui sont faites de ces quartiers que les populations intègrent parfois elles-mêmes à force d’être renvoyées à une image d’altérité qui n’existe pas.

En bref, arrêtons de nous focaliser sur le bâti et focalisons nous plutôt sur les gens qui y vivent.

9-Vous dénoncez l’autoritarisme et le manque de transparence de la gestion municipale actuelle. Comment redonner toute leur place aux habitants dans les décisions qui les concernent ?

Aujourd’hui les décisions sont centralisées autour du maire et de son cabinet. Même certains élu(e)s de la majorité apprennent des décisions prises sur leur délégation par ce cabinet occulte, qui n’a jamais été élu. Sans parler des conseils municipaux qui sont des chambres d’enregistrement où l’opposition ne sert à rien, des consultations publiques qui sont piétinées comme celle sur la Jonction Est (96% d’avis contre et on passe en force côté majorité…), de la pression mise sur les agents municipaux pour ne pas parler à l’opposition et la culture autoritaire qu’ils subissent.

C’est en fait tout le fonctionnement et la gouvernance de la municipalité qu’il faut revoir, sur 3 volets :

  • Le fonctionnement de l’exécutif de la mairie : les 52 élu(e)s de la majorité et même ceux de l’opposition devraient être impliqués collectivement dans les décisions structurantes avec des assemblées d’élu(e)s de majorité et un cabinet non pas au service d’un seul homme mais de cette assemblée.
  • L’implication des agents municipaux : ce sont ceux qui font sur le terrain et donc qui savent. L’élu est censé donner une vision politique et une orientation de politique générale mais les décisions du quotidien doivent être confiées à la subsidiarité des agents, en connaissance de l’élu. Cette culture de la confiance est nécessaire pour tirer partie de toutes les énergies et favoriser l’engagement et l’épanouissement des 13 000 agents de notre collectivité. Nous devons prendre soin d’elles et d’eux car c’est  eux le service public !
  • La co-construction avec les habitantes et habitants : tout est à repenser. Il faut écrire une vraie constitution municipale où la place des habitantes et habitantes est construite et définie de manière transparente selon les sujets : comités d’usager, droit d’interpellation, rôle pendant les conseils municipaux …. il y a tellement de choses qui doivent être mises  en place ! Nous avons beaucoup de propositions qui sont sur la table et seront portées dans cette campagne : Assemblée Citoyenne Décisionnaire, referendum délibératif, Académie du débat citoyen, Maisons Communes qui soit de vrais foyers de la démocratie locale et pas seulement des lieux administratifs…

La démocratie est notre force à Archipel Citoyen car nous l’incarnons tous les jours dans nos fonctionnements. Le fonctionnement collaboratif est quotidien : prise de décision par consentement, subsidiarité maximale, transparence complète des informations et décisions, soin apporté aux adhérentes et adhérents.

10-Vous êtes membre du conseil municipal, dans l’opposition, depuis bientôt six ans. Votre conception du rôle d’un élu a-t-elle évoluer au fil de votre expérience  ?

En tous les cas, j’ai déchanté . Je pensais naïvement que je pourrai contribuer aux politiques publiques via un travail avec les agents, des contributions dans les commissions municipales pour préparer les délibérations (équivalent des projets de loi à l’Assemblée Nationale) ou a minima des amendements à ces projets et des vœux (projets de loi venant de l’opposition pour faire simple). Et je me suis rendu compte que les agents n’avaient pas le droit de nous parler ou en tous les cas vivaient dans la peur de le faire, que les commissions ne servaient à rien puisqu’on nous présentait les délibérations qui seront votées au conseil municipal totalement ficelées sans rien pouvoir modifier et qu’au conseil municipal les amendements étaient systématiquement refusés. Quand aux vœux, ils étaient soit vidés de leur sens par la majorité soit s’ils étaient acceptés, ils n’étaient pas mis en place (j’attends encore la mise en place à Toulouse de « terrains d’aventure » pour les petit(e)s toulousain(e)s, projet voté pourtant dès le début du mandat en 2021….).

Nous continuons toujours à faire ce travail quand même de proposition au sein du théâtre qu’est le conseil municipal, dans l’espoir parfois d’être repris par la presse qui assiste aux conseils municipaux et aussi, parce que je reste optimiste, même si certains diront naïf, de pousser le changement culturel auprès des élu(e)s de la majorité. C’est bien maigre mais je considère que c’est mon devoir d’élu citoyen(e).

Et puis je vote même si la majorité l’est de manière absolue et je le fais en conscience, à savoir que je travaille ardemment les sujets, beaucoup de sujets. Et c’est un des aspects positifs de mon premier mandat : j’ai beaucoup appris ! Je suis monté fortement en compétences sur l’urbanisme, les transports, la sécurité, la politique sociale, la santé, la voirie, la culture, l’économie etc…

11- La classe politique a mauvaise presse, et de plus en plus, depuis quatre décennies. Dans sa démarche, AC coopère-t-il avec les partis politiques ? 

C’est une ligne de crête pas facile à suivre, je l’avoue :  Archipel Citoyen s’est construit en portant l’ambition de redonner confiance dans les institutions politiques et dans les élu(e)s, de redonner le goût de la politique aux habitantes et habitants pour qu’elles et ils s’impliquent au quotidien avec les élu(e)s. Et forcément les partis politiques ayant une responsabilité dans la défiance actuelle,  défiance qui se creuse, la question est vite venue: vous êtes pour ou contre les partis politiques ? Et  vous allez aux élections donc vous êtes un parti ?

La première réponse est venue rapidement, dès 2019 : nous avons vocation à collaborer avec les partis politiques. En effet,  ils sont légitimes dans le système politique français. Tout comme les syndicats représentent les travailleurs, il faut bien par moment que les aspirations politiques du pays se consolident et qu’une représentation collective de celles-ci prenne corps pour les élections. Donc les partis sont nécessaires. Par contre, ce qui va être déterminant c’est leur posture: éthique, transparence, partage du pouvoir, place laissée à la parité sociale et aux plus discriminés dans les listes et le programme, c’est cela qui guide nos stratégies de collaboration depuis le début. Et qui a guidé notre choix pour 2026 également.

Être un parti ? En fait, c’est quoi un parti : c’est une association loi de 1901 qui se présente régulièrement à des élections et se fait enregistrer comme tel auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Nous avons choisi de le faire pour nous ancrer dans la durée et recevoir des dons. Donc ce n’est pas un problème pour nous d’accepter ou de refuser le qualificatif. La question est par contre: quelles sont vos pratiques démocratiques internes ? En bref, c’est comme si vous demandiez à une structure si elle était une entreprise ? La réponse peut être oui autant pour une holding financière qui pratique la défiscalisation aux Bahamas et une coopérative à but social. Donc j’invite chacune et chacun à regarder ce qui se passe derrière la porte “parti” qui leur est présentée.

12- Archipel Citoyen est un projet aujourd’hui strictement toulousain. Si vous étiez élu, Archipel Citoyen a-t-il vocation a prendre une envergure plus régionale voire nationale ? 

La raison d’être d’Archipel Citoyen c’est « redonner le pouvoir aux habitantes et habitants ». Alors lesquels ? Notre ADN est municipaliste et notre projet politique se porte clairement vers la commune et la Métropole. Si rien n’interdit au mouvement de s’intéresser à d’autres échelles, je pense que nous resterons sur ces deux périmètres qui sont là où nous sommes légitimes, compétents, novateurs et implantés. Mais le mouvement vit et évolue au gré de ses adhérentes et adhérents, donc qui sait ?