Roger Seko Raphaël, qui vivait jusqu’à récemment à Uvira, est journaliste et participe activement à Pressenza. Depuis un mois il a publié plusieurs articles pour nous informer sur la situation des habitants de sa ville, Uvira, qu’il a dû fuir, et de sa région, le Sud-Kivu, à l’est du Congo RD.
Ma fuite à commencé le mardi 9 décembre 2025.
Je suis Roger Seko Raphaël, journaliste à la radio communautaire Uvira FM. Mon dernier reportage sur une chaîne en ligne, Baraka 1 TV, je l’ai effectué à Uvira sous la menace de rebelles du M23 AFC, un mouvement qui cherchait à occuper la ville ; mon dernièr reportage je l’ai fait avec un seigneur de guerre wazalendos Makanaki Kadandar où ce dernier a appelé la population à l’unité et à la dénonciation de tout cas suspect.
Après l’interview que nous avions réalisée dans l’avenue Kalehe, quartier 1 Mairie d’Uvira, deux militaires des FARDC (Forces armées de la RDC), ont surgi avec des armes tirant en l’air plusieurs balles, sans cause ; c’est ainsi que Makanaki a ordonné à ses troupes de neutraliser les deux éléments incontrôlés des FARDC. Moi, je me suis mis à courir pour ne pas être victime des balles perdues.
Arrivé à la maison j’ai reçu des messages me menaçant, disant que si les rebelles du M23 AFC prennent la ville je serai tué pour les informations du gouvernement en place que je partage. J’ai pris la fuite avec mes documents, depuis la ville d’Uvira, à pied jusqu’au port de Kalundu. C’était 15h passé. Au port de Kalundu il y avait tout un monde de soldats de FARDC en fuite. Nous, nous avons pris le chemin vers Makobola où nous avons croisé plus de 7 milles soldats qui fuyaient la guerre.
La situation a dégénéré à Makobola, où on entendait à distance les bombes à Uvira. Nous avons continué notre route, c’était déjà 20h ce même mardi, nous avons eu l’idée de rester à côté de forces des FARDC. Ils ont dit qu’ils étaient poursuivis par des drones kamikazes du M23 AFC ; nous risquions d’en être aussi victimes. Nous avons continué la route jusqu’à Swima jusque vers minuit, puis nous avons passé la nuit là-bas.
Le matin nous avons continué la route jusqu’à Sanza, quelques kilomètres, et puis la journée suivante on arrivait à Baraka où nous avons pris une pirogue vers Rumonge, au Burundi. Nous avons passé la nuit au port de Rumonge. Nous étions déjà 5 journalistes et 3 acteurs de la société civile ; le dimanche matin nous avons décidé de rédiger une lettre adressée à l’ambassade de la RDC au Burundi. J’ai moi-même rédigé cette lettre. Envoyée, elle a ensuite été transférée au Service de sécurité du Burundi, appelé documentation !
Ce dernier nous a recherché jusqu’à ce qu’ils nous trouvent dans un lieu où nous rechargions le téléphone. Les agents nous ont amenés dans la prison à cause des mots forts que nous avions utilisés, car nous avions écrit que nous étions dans une situation inhumaine.
Nous nous sommes retrouvés 5 personnes – 4 journalistes et un acteur de la société civile – dans la prison du commissariat de police de Rumonge, pendant 4 jours. Au troisième jour, notre confrère journaliste de la chaîne de télévision a eu une crise suite à un stress en lien avec sa situation familiale ; on a parlé aux gardiens puis ils ont accepté d’aller à l’hôpital avec notre confrère, accompagné d’un policier.
Enfin ils nous ont demandé de l’argent pour qu’ils achètent de l’eau, expliquant qu’en prison on ne peut pas partir sans payer. Nous avons donné 20$, puis avons encore dû ajouter 20 mille francs congolais.
Ils nous ont relâché en nous escortant jusque dans le stade Izere de Rumonge, parce que c’est dans ce stade que l’on accueille les déplacés de guerre venu de la RDC en attendant qu’ils soient enregistrés par l’UNHCR. Une fois dans le stade on a cherché des bâches pour fabriquer une tente, sous surveillance de la police.
Une précision : dans la prison on était 5, mais nos trois collègues ont pris la fuite pour alerter.
Être journaliste, défenseur des droits humains et militant de la paix, c’est un travail qui demande dévouement et ambition.
Pour la rédaction Pressenza Francophone
Roger Seko Raphaël








