Le premier article relatif aux pionniers en matière de recherche sur les épisode de mort imminente (EMI) nous a permis de découvrir le travail de recherche du Dr Raymond Moody, à qui l’un de ses patients confiait : « La mort n’existe pas, on vit simplement ailleurs après être parti ».

Autre pionnière, et non des moindres, Elisabeth Kübler Ross, psychiatre professeur de médecine du comportement ; sa réputation d’accompagnement des mourants et sa participation aux soins palliatifs lui ont valu maintes fois les titres de Docteur Honoris Causa, et de citoyenne d’honneur d’une centaine de villes dans le monde. Sa conviction est que la mort n’est qu’une transition d’un monde vers un autre : « La mort, comme la naissance, est une étape naturelle de la vie ; elle n’est pas une fin mais un passage. » Et Michèle Decker, médium et guérisseuse, poursuit : « J’insiste sur ce point : nous devons remplacer notre vision de la mort par une vision de la vie. La vie qui poursuit son chemin. C’est pourquoi les esprits continuent d’évoluer tout près de nous. Ils circulent entre notre pensée, notre cœur, et notre conscience. Ce que nous nommons conventionnellement la mort n’est qu’une traversée des dimensions Espace-Temps. Dans l’au-delà le temps est circulaire, et l’espace illimité. »(1)

Les témoignages de la perpétuation de la vie sont le leitmotiv de ceux qui reviennent sur terre – généralement à contre cœur – et nous délivrent des messages incontestables et identiques, car si les expériences diffèrent sensiblement, elles ont toutes des points communs, dont le plus étonnant est de ne plus craindre du tout de mourir. Parmi les expérienceurs que j’ai eu l’occasion d’interviewer sur leur vécu post-mortem, l’un m’a remis le dessin d’une portée de musique, agrémentée de quelques notes, au-dessus de laquelle il avait écrit : « qui a peur du grand méchant trou, c’est pas nous, c’est pas nous » , un pastiche de la chanson des trois petits cochons face au grand méchant loup !

Ce que nous montrent les vécus individuels, ce sont de surprenantes similitudes, à savoir que la conscience reste active et perçoit ce qui se passe alentour.

  • Observant leur corps avec détachement pendant leur ascension, ils perçoivent les conversations proches, entendent clairement le médecin déclarer qu’ils sont morts, le voient entreprendre des massages cardiaques, des compressions thoraciques, et savent qu’ils sont sortis de leur corps ; certains ont conscience d’être uniquement des esprits capables de voir, de penser et d’entendre. Ils ressentent un sentiment de félicité, découvrent qu’il y a beaucoup d’humour là-haut, n’éprouvent aucune douleur, et ne veulent parfois pas réintégrer leur corps ; certains le détestent, le trouvent moche ! Ils traversent les portes, peuvent se trouver partout simultanément, le temps et l’espace sont abolis, c’est un éternel présent. Ils se sentent alors attirés par un tunnel, ou un couloir sombre (voir ci-dessous le tableau de Jérôme Bosch)(2), au bout duquel brille une Lumière bienfaisante, accueillante, pleine d’amour ; les qualificatifs sont nombreux et tous laudatifs. Ils sont accueillis par leurs parents décédés, ont le sentiment que l’enfer c’est la séparation d’avec Dieu, d’avec la Lumière. Cette Lumière qui est omniprésente, enveloppante, grâce à la fusion dans laquelle ils accèdent à l’omniscience, la connaissance approfondie de toute chose, et l’enfer ne serait rien de plus que la souffrance ressentie par qui a accompli le mal sur terre.
  • D’aucuns évoquent, après le passage dans le tunnel, une déambulation dans un jardin merveilleux, dont il n’existe aucun modèle sur terre, qu’ils supposent être le paradis. Une personne, peintre de son état, qui à l’âge de 20 ans vendait ses tableaux sur les plages normandes, n’a plus réussi à peindre après son EMI, du fait non seulement que les couleurs sur terre lui paraissaient ternes comparées à celles éblouissantes qu’elle avait admirées de l’autre côté, mais aussi en raison de l’inexistence ici-bas de certains coloris, comme des rouges-verts, ou des jaunes-bleus, etc…

Ce qu’ils éprouvent au retour c’est un amour incommensurable envers leur prochain, se sentent liés aux autres, ressentent de l’empathie envers ceux qui souffrent ou qui ont des difficultés. Ce monde leur a semblé plus réel que celui sur terre. Il arrive – rarement toutefois – que le contact perdure entre l’un des êtres de lumière présents lors de l’EMI et ceux ou celles qui ont vécu cette expérience ; ce fut le cas de cette femme qui avait demandé la raison d’être de son EMI, et à qui l’être de lumière a répondu que c’était parce qu’elle l’avait demandée.

Mais avant ce retour – qui est fréquemment imposé par les maîtres spirituels dans un échange télépathique – au prétexte que la personne n’a pas terminé sa mission sur terre, il lui faudra faire sa revue de vie. Contrairement aux idées reçues, et véhiculées depuis des siècles, nul autre que soi-même ne nous juge lors de cette revue de vie en arrivant là-haut. Pour ce faire, la personne se retrouve dans une grande salle, ronde, aux murs de laquelle figurent des tableaux représentant tous les actes commis durant sa vie, animés par les sentiments éprouvés en les accomplissant. Et il revient à chacun de juger ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, donc ce qui est à refaire, ou pas. C’est ce qui déterminera son retour sur terre pour parfaire, améliorer, ou refaire ce qui a besoin de l’être afin de progresser spirituellement. Ce que les bouddhistes nomment le Karma, qui est déterminé par la totalité de nos actions passées. Après la revue de vie se profile le retour sur terre : la personne choisit ses jour et heure de naissance, le lieu, et sa famille en fonction de ce que son âme a jugé bon de travailler pour son évolution personnelle et spirituelle.

Au vu de ces témoignages, il apparait que l’au-delà est proche de nous, et que nous pouvons aisément contacter par la pensée ceux qui s’y trouvent, voire même leur apporter une aide. Il se trouve que certains êtres n’ayant pas conscience qu’ils ont quitté la terre se trouvent en pleine détresse, au point de s’égarer entre deux dimensions. Les mediums, aujourd’hui dénommés Chanels, sont à même de leur apporter cette aide à s’élever. Ce fut l’un des cas où mon amie D, médium, sensible aux signes du monde invisible eut à intervenir lors du crash d’un avion, où l’un des passagers n’avait pas conscience d’être décédé. L’aide qu’elle lui apporta en lui déclarant son nouvel état fut pour lui une révélation en même temps qu’une libération qui lui permit de s’élever.

Les librairies sont de nos jours richement pourvues en témoignages de médiums régulièrement en contact avec l’au-delà. Ce fut le cas du « grand-père maternel du psychiatre C.G. Jung qui conversait chaque semaine avec l’esprit défunt de sa première femme, au grand dam de sa seconde épouse Augusta, laquelle avait aussi des dons divinatoires reçus à l’âge de vingt ans, après être restée trente-six heures comme morte dans un coma cataleptique ».(3)

Durant toute leur EMI, un guide se trouve à leur côté avec qui ils ont des échanges télépathiques, et ont le sentiment qu’il fournit une réponse à leurs questions avant même qu’elles ne soient formulées, comme si le guide lisait en chacun. La plupart de ceux et celles qui ont vécu une EMI reviennent avec des dons qu’ils ou elles ne possédaient pas auparavant, tel ce garagiste soudain attiré de manière irrésistible par la physique quantique, se sentant obligé d’aller loin de chez lui pour acheter des ouvrages sur le sujet, de crainte que ses concitoyens ne s’inquiètent de sa santé mentale en découvrant ses nouveaux centres d’intérêt. C’est ce qui a motivé le silence des expérienceurs durant des années, la crainte de n’être pas compris, voire de passer pour des illuminés. Aujourd’hui les médecins, les anesthésistes, les psychiatres et les psychologues sont devenus les destinataires des confidences de ces « ressuscité(e)s ».

Alors se pose la question : que savons-nous de la conscience, en connaissons-nous les limites ?

(1) Michèle Decker « La vie de l’autre côté » Edition J’ai lu
(2) Cf le tableau de Jérôme Bosch : la Montée des bienheureux vers l’Empyrée. Il se pourrait selon certains auteurs que Jérôme Bosch ait vécu une EMI.
(3) Frédéric Lenoir « Jung. Un voyage vers soi » Edition Albin Michel 2021