Le processus électoral de 2026 au Pérou se déroule dans un contexte de profonde crise de représentation, de fragmentation politique et d’aversion citoyenne. Or, l’élément majeur absent du débat n’est pas seulement la stabilité démocratique, mais aussi la manière de faire face à la crise environnementale et climatique qui frappe le pays.
Par Lilian Oscco, Secrétaire exécutive de Red Muqui
Après l’examen de 35 plans gouvernementaux, il apparaît que la plupart privilégient la « relance économique » et la sécurité, reléguant le climat et la justice territoriale à des mentions générales ou instrumentales. La plupart des programmes privilégient l’expansion minière, l’industrialisation à valeur ajoutée et l’accélération des investissements extractifs. Dans cette approche, la crise environnementale est traitée comme un problème sectoriel et non comme une crise civilisationnelle exigeant une réorganisation de l’économie, de l’État et de la démocratie.
Exploitation minière, pollution et silences structurels
70 % des plans privilégient l’extraction réglementée des matières premières et 14 des 27 partis politiques militent explicitement pour une expansion accrue du secteur minier. La formalisation de l’exploitation minière artisanale et la lutte contre l’exploitation illégale sont des thèmes récurrents, mais sans aucune réflexion structurelle sur le modèle extractif ni sur ses impacts cumulatifs sur les territoires andins et amazoniens.
La pollution par les métaux lourds, les passifs environnementaux liés à l’exploitation minière et l’impact sur les bassins versants ne figurent pas au cœur des propositions. Bien que 22 programmes évoquent le traitement des passifs environnementaux et l’aménagement du territoire, ils l’abordent dans une perspective de remédiation plutôt que de prévention ou de transformation. La réduction des activités minières dans les zones protégées qui préservent les ressources en eau et les terres communales n’est pas non plus évoquée. À l’inverse, les propositions visant à simplifier les évaluations d’impact environnemental et à fusionner ou affaiblir le secteur de l’environnement persistent. Ainsi, la gouvernance environnementale reste subordonnée aux impératifs de croissance, sans qu’un changement de cap ne soit opéré pour renforcer le ministère de l’Environnement, l’Agence d’évaluation et de contrôle de l’environnement (OEFA) ou le Service national de certification environnementale pour les investissements durables (Senace), en leur accordant une autonomie technique et un financement adéquat.
L’eau : de l’accès urbain aux ressources négligées
L’eau figure dans plusieurs plans, mais principalement comme un problème urbain lié à l’accès à l’eau potable. Les propositions concernant la restauration des sources des bassins versants, la collecte et le stockage de l’eau, ou la restauration des écosystèmes sont rares, voire inexistantes.
En revanche, le processus de La Ruta de los Pueblos [la Voie des Peuples], mené en 2025 avec la participation de plus de 300 organisations de base issues de tous les départements du pays, a formulé des propositions telles que la réforme de la loi sur les ressources en eau afin de protéger les sources des bassins versants ; l’élaboration d’une carte nationale des bassins versants avec un suivi citoyen ; la promotion de la collecte et du stockage de l’eau avec des espèces indigènes ; la révision des concessions minières et le respect de la consultation préalable, libre et éclairée ; ainsi qu’une planification territoriale garantissant les droits des communautés sur leurs territoires et leurs modes de vie.
Or, ces propositions sont absentes des programmes de la plupart des candidats. Le débat électoral élude ainsi une question fondamentale : comment garantir le droit humain à l’eau dans un pays où les ressources en eau sont menacées par les activités extractives, la déforestation et le changement climatique ?
Alternatives durables : Mentions marginales
Certaines propositions visent à réduire la dépendance aux exportations de matières premières en privilégiant un équilibre entre la préservation de la vie sur Terre et le bien-être de l’humanité. Parmi celles-ci figurent la diversification des activités productives, le renforcement des économies locales et communautaires, l’agroécologie, la gestion des terres par les peuples autochtones et la transition énergétique vers les énergies renouvelables, en mettant l’accent sur la durabilité environnementale et la justice sociale plutôt que sur la maximisation des profits.
Cependant, ces alternatives sont quasiment absentes des plans examinés. Seuls deux partis politiques mentionnent explicitement l’agroécologie ou les approches post-extractivistes. On ne trouve aucune référence claire aux politiques de collecte et de stockage de l’eau ni aux stratégies robustes de restauration des écosystèmes. L’économie circulaire apparaît isolément et sans objectifs concrets, tandis que le reboisement est une proposition récurrente, bien que souvent associée à des fins commerciales plutôt qu’à des processus globaux de restauration écologique.
Dans un pays à la biodiversité exceptionnelle, riche de savoirs ancestraux en matière de gestion des sols, de semences indigènes et de plantes médicinales, ce silence est révélateur. Le potentiel économique, culturel et territorial de l’agroécologie communautaire et de l’écotourisme communautaire, en tant que stratégies de diversification productive et de défense du territoire, reste méconnu.
Le débat électoral ne propose pas non plus de modèle de développement réellement alternatif. Dans la plupart des cas, les propositions visent à gérer le même modèle d’exportation de matières premières, avec quelques nuances réglementaires. La justice climatique est marginalisée et le droit des peuples à décider des questions relatives à leurs territoires ne se traduit pas par des propositions contraignantes en matière d’autonomie et de consultation effective.
L’horizon inachevé
La question de la réorganisation de l’État, de l’économie et de la démocratie pour garantir la vie dans un contexte de crise climatique et territoriale reste absente du débat électoral.
Parallèlement, les territoires continuent de subir la pollution minière, la pénurie d’eau, l’expansion des économies illégales et la criminalisation des défenseurs de l’environnement. La question demeure : le processus électoral de 2026 sera-t-il l’occasion de repenser le modèle de développement ou, une fois de plus, consolidera-t-il les pratiques extractives au moyen de quelques ajustements rhétoriques ?
Les citoyens, les peuples autochtones, les communautés rurales et les jeunes ne réclament pas seulement une gestion efficace. Ils exigent la justice territoriale, l’accès à l’eau potable, des écosystèmes sains et des économies qui permettent de vivre. L’enjeu est clair.
Traduction : Evelyn Tischer








