Dans une démocratie, la liberté d’expression et le droit de s’intéresser à la vie politique de son pays d’origine devraient être des évidences. Pourtant, en France, de nombreux citoyens ou résidents français issus de l’immigration sont régulièrement confrontés à des propos racistes et xénophobes lorsqu’ils expriment leur soutien à la démocratie dans leur pays d’origine.
Ces réactions posent une question essentielle : peut-on être pleinement français tout en restant attaché à la situation politique et démocratique de son pays d’origine ?
Un exemple révélateur
Récemment, un co-animateur de La France insoumise à Vigneux-sur-Seine, Nayan Khiang, a publié une vidéo dans laquelle il déclarait :
« Je souhaite au peuple du Bangladesh des élections libres, transparentes et pacifiques. Que ce moment démocratique permette à chacune et chacun de s’exprimer sereinement et de construire un avenir juste et prospère pour le pays. »
Un message qui, dans une démocratie attachée aux valeurs universelles de liberté et de justice, devrait être perçu comme un appel légitime à des élections démocratiques. Pourtant, un élu de la majorité a répondu à cette publication en diffusant une image portant la mention : « Soutenez le pays où vous vivez ou vivez dans le monde que vous soutenez. »
Ce type de réaction n’est pas anodin. Il renvoie à une idée profondément problématique : celle selon laquelle les Français d’origine étrangère devraient choisir entre leur appartenance à la France et leur intérêt pour leur pays d’origine.
Une double appartenance souvent remise en cause
De nombreux Français issus de l’immigration participent activement à la vie politique, sociale et économique du pays. Ils paient leurs impôts, travaillent, s’engagent dans des associations, votent lorsqu’ils sont citoyens. Pourtant, dès qu’ils expriment une opinion sur la situation politique d’un autre pays, certains discours les renvoient à une altérité permanente.
Ce phénomène révèle une forme de xénophobie ordinaire :
- on soupçonne leur loyauté envers la France,
- on leur refuse le droit d’avoir une double sensibilité,
- on les renvoie symboliquement à « leur pays d’origine », même lorsqu’ils sont français ou installés depuis longtemps.
Or, soutenir des élections libres au Bangladesh, au Sénégal, en Turquie ou ailleurs ne signifie pas être contre la France. Au contraire, cela reflète souvent un attachement aux valeurs démocratiques que la France affirme défendre : liberté, pluralisme, droits humains.
La démocratie ne connaît pas de frontières
Dans un monde globalisé, il est naturel que les diasporas s’intéressent à la situation politique de leur pays d’origine. Les Français établis à l’étranger eux-mêmes suivent de près la vie politique française. Personne ne leur reproche de commenter les élections en France depuis l’étranger.
Pourquoi, alors, ce droit serait-il contesté aux Français d’origine étrangère vivant en France ?
Soutenir la démocratie dans un autre pays ne diminue en rien l’engagement envers la République française. Au contraire, cela témoigne d’une cohérence : croire en la démocratie ici comme ailleurs.
Des propos qui fragilisent le vivre-ensemble
Les déclarations du type « soutenez le pays où vous vivez » peuvent sembler anodines, mais elles participent à une stigmatisation. Elles sous-entendent que certaines personnes ne seraient jamais totalement légitimes dans l’espace public français.
Ce type de discours venant d’élus est particulièrement préoccupant. Les responsables politiques ont un devoir d’exemplarité :
- ils doivent protéger l’égalité entre tous les citoyens,
- éviter les propos qui alimentent la suspicion ou l’exclusion,
- rappeler que la République reconnaît tous ses enfants, quelles que soient leurs origines.
Pour une République inclusive
La France est une société diverse. Des millions de citoyens ont des liens familiaux, culturels ou affectifs avec d’autres pays. Cette réalité n’est pas une menace ; elle est une richesse.
Soutenir des élections libres et transparentes au Bangladesh ou ailleurs, c’est défendre des valeurs universelles. Et ces valeurs sont au cœur même de l’idéal républicain français.
Refuser aux Français d’origine étrangère le droit de s’exprimer sur la démocratie dans leur pays d’origine, c’est remettre en cause leur place dans la société. À l’inverse, reconnaître leur double engagement, ici et ailleurs, c’est renforcer le vivre-ensemble et l’universalité des principes démocratiques.
La démocratie ne devrait jamais être conditionnée à l’origine d’une personne. Elle devrait être défendue partout, par toutes et tous.










