En l’espace de quelques semaines, le prix du cageot est passé d’environ 25 000 FCFA en saison haute à seulement 1 000 FCFA dans plusieurs bassins de production. Une chute brutale qui bouleverse toute la chaîne.
Dans les rues de la capitale Yaoundé, le spectacle est amer. Des camionnettes chargées de tomates sillonnent à longueur de journée. Les prix de 1000 FCFA à 2000 FCFA sonnent comme une chansonnette dans les quartiers.
Semences, engrais, produits phytosanitaires, irrigation, transport : les charges se sont accumulées pendant trois à quatre mois. Aujourd’hui, les recettes ne couvrent même pas les dépenses engagées. Certains producteurs affirment qu’il leur coûterait presque plus cher de récolter et transporter les tomates que de les laisser pourrir. « Nous avons travaillé pendant trois à quatre mois. Aujourd’hui, vendre un cageot à 1 000 FCFA ne permet même pas de rembourser les crédits », confie un producteur dépité.
La crise met en lumière une faiblesse structurelle : l’absence d’un véritable système local de transformation de la tomate. Concentré, purée, tomate séchée, sauces conditionnées… ces produits restent largement importés ou produits à très petite échelle artisanale.
En période d’abondance, faute d’industries capables d’absorber les excédents, les prix s’effondrent. En saison creuse, le pays se tourne vers les importations, souvent à des coûts élevés pour les consommateurs. Ce déséquilibre saisonnier révèle l’insuffisance de la chaîne de valeur agroalimentaire locale.
Par ailleurs, la tomate cristallise aujourd’hui deux réalités opposées, à savoir le désespoir des producteurs et le soulagement des ménages. Les étals des marchés débordent de tomates fraîches, rouges et accessibles. Pour de nombreuses ménagères, cette baisse des prix est une bouffée d’oxygène dans un contexte général de vie chère. « Avant, on réduisait la quantité dans la sauce. Aujourd’hui, on peut acheter en grande quantité et même faire des réserves », se réjouit une cliente. Les restauratrices, les gargotes et les petits commerces alimentaires profitent également de ces prix bas pour améliorer leurs marges ou proposer des plats plus généreux. Mais cet équilibre est précaire. Si les cultivateurs abandonnent massivement la culture de la tomate, la saison prochaine, le pays pourrait connaître l’effet inverse : pénurie et flambée des prix.
La crise actuelle souligne surtout un problème structurel à savoir l’absence de planification coordonnée des productions, le manque de structures de stockage et de conservation, l’inexistence d’un véritable tissu industriel de transformation à l’échelle locale. Sans solutions durables, le Cameroun continuera d’alterner entre abondance destructrice et pénurie coûteuse.
Pour l’heure, dans les champs, les producteurs comptent leurs pertes. Dans les marchés, les ménagères remplissent leurs paniers avec le sourire. Deux visages d’une même crise, qui pose avec acuité la question de l’organisation et de la valorisation de l’agriculture nationale.








