Dans le cadre du 24e congrès du Réseau mondial pour le revenu de base (RBU), qui s’est tenu entre le 25 et le 29 août 2025 dans les villes de Maricá et Niterói, au Brésil, j’ai partagé le panel « Universalité du revenu de base, solidarité économique et changement culturel » avec mes amis Juana Pérez Montero et Sérgio Mesquita, dont les interventions peuvent être lues dans les articles de Pressenza :

Universalité du revenu de base, solidarité économique et changement culturel
Revenu de base – Pour hier, pas pour après-demain

Sans plus attendre, je vous présente mon intervention lors de cette table ronde intéressante, suivie d’une critique non désirée, mais inévitable, des critères de diffusion restrictifs adoptés par l’organisation de l’événement en ce qui concerne sa diffusion.

Intervention :

Dans les formations sociales similaires à celle du Brésil, la simple adoption de projets de loi ne suffit pas. Après tout, même si le Sénat brésilien a approuvé le revenu de base citoyen en 2004, à ce jour, plus de 20 ans plus tard, rien n’a été fait pour le mettre en place.

Dans le capitalisme, les politiques populistes et protectionnistes coexistent, mais elles se heurtent toutes à la priorité du profit. Il suffit de voir que le budget de l’année dernière a privilégié la couverture d’une dette dont la légitimité est largement contestée et a été décisif pour accroître l’appropriation des ressources par les banquiers et les spéculateurs. Les recettes, les investissements et les dépenses de l’État brésilien peuvent être facilement connus et vérifiés grâce au travail réalisé par l’Auditoria Cidadã da Dívida (Audit citoyen de la dette) www.auditoriacidada.org.br

En ce sens, un sujet aussi important et stratégique pour garantir la dignité que le revenu de base doit être débattu et organisé dans l’intelligence cognitive de la population brésilienne, qui ne dispose que de sa force de travail pour vendre et survivre.

La puissance créative humaine désigne l’activité du cerveau qui permet d’articuler les différentes formes d’intelligence. Émotions, pensées, projets et actions y prennent forme. C’est cette capacité qui distingue l’être humain : nous ne construisons pas seulement, nous pensons ce que nous construisons.Nous, les humains, animaux qui ressentons et savons, animaux vivipares, sociaux et politiques, nous ne construisons pas seulement nos maisons, mais, contrairement aux abeilles, nous sommes capables d’y réfléchir avant de les créer.

Il est possible d’affirmer, selon le consensus scientifique actuel, que deux types d’intelligence sont produits par le cerveau humain : l’intelligence émotionnelle et l’intelligence cognitive. Par nature, la grande majorité des êtres humains présentent les conditions biologiques nécessaires à leur développement, mais cela ne suffit pas. Le développement sain d’un fœtus dans l’utérus dépend du fait que la femme enceinte ne souffre pas de la faim et ne soit pas exposée à des situations stressantes pour ses réseaux neuronaux, telles que la violence, l’abandon, le chômage et la misère. Dès la naissance, il est déjà possible de remarquer des signes d’intelligence émotionnelle chez le bébé et, sans que personne n’ait besoin de le lui apprendre, il est capable de rire et de pleurer.

Comme nous appartenons à une espèce dont les petits sont très dépendants des soins maternels et paternels, contrairement à ce qui se passe chez d’autres mammifères, le développement sain des enfants est profondément lié aux conditions matérielles de leur famille. Le degré d’accès aux biens et services fondamentaux aura un lien direct avec la possibilité de développer leur intelligence cognitive, caractérisée par le discernement rationnel et la capacité de connaissance.

Dans le mode de production capitaliste, par définition, les conditions matérielles d’une existence digne ne sont pas garanties pour tous. Les mille difficultés imposées à la classe ouvrière empêchent la santé du corps et de l’esprit, imposant de sévères limitations à l’épanouissement des intelligences subjectives. Conscient de cet impact socialement inégalitaire, le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre a formulé une phrase déjà reprise par divers secteurs actifs dans l’amélioration de la vie du peuple : LA VIE AVANT LE PROFIT !

Face à cette réalité difficile, faire valoir le revenu universel et inconditionnel sera une avancée fondamentale pour un développement humain avec moins d’inégalités.

Une critique :

Le poète Carlos Drummond de Andrade l’avait déjà affirmé et enseigné dans les années 40 du siècle dernier, dans son magnifique poème NOSSO TEMPO [notre époque] : « Les lois ne suffisent pas, les lys ne naissent pas de la loi ».

Malheureusement, tout semble indiquer que rien n’a été appris jusqu’à aujourd’hui. À chaque instant, nous sommes confrontés à un lac pollué, une image qui renverse les leçons du passé et à un mode de production capitaliste qui continue de pouvoir compter, de manière assurée, sur l’État comme son organisateur standard.

Nous pouvons affirmer qu’au siècle actuel, la preuve empirique de la poésie profonde, critique et magnifique NOSSO TEMPO, présentée dans le recueil Rosa do Povo [rose du peuple], a encore beaucoup à nous apprendre. Bien qu’approuvé par le Sénat fédéral au début du siècle actuel, en 2004, le revenu de base n’existe toujours pas dans la vie des gens. Il n’y a pas de lys et la grande majorité des gens manquent encore de viande et de chaussures.

Tout indique que la plupart d’entre nous n’ont pas encore appris la leçon. Malheureusement, un exemple de cela se manifeste dans le critère de diffusion adopté lors du 24e Congrès du Réseau mondial du revenu de base qui s’est tenu au Brésil à la fin du mois d’août, où il fallait payer pour participer, collaborer, avoir accès ou contribuer de quelque manière que ce soit. Ceux qui ne payaient pas ne pouvaient pas entrer, ni même voir de loin ce qui se passait ; même les organisations et les collectifs qui ont organisé les conférences, les tables rondes ou les panels n’ont pas pu enregistrer ce qu’ils ont fait pour le présenter ultérieurement, comme outil de formation, à d’autres collègues.

Il ne fait aucun doute que les lys ne naissent pas des lois. Ici, au Brésil, nous n’avons pas de revenu minimum, bien qu’il ait été approuvé par la loi, mais nous ne l’avons pas non plus dans son environnement de discussion et de diffusion, nous ne l’avons pas dans la conception des organisateurs mêmes de l’événement. Les organisateurs de l’activité, qui aurait dû viser à élargir les connaissances, ont privilégié le paiement plutôt que la construction de l’intelligence collective.

Grâce à une unité large et enrichissante au sein de PRESSENZA, nous avons réuni de multiples secteurs qui œuvrent pour améliorer la vie. L’humanisme de cette agence, comme son nom l’indique, était présent et critique à l’égard de ce dont nous avons été témoins.

Nous présentons le panel « Universalité du revenu de base, solidarité économique et changement culturel » et, dans ce processus, nous réunissons plusieurs secteurs sociaux importants afin d’accumuler l’intelligence humaine, tels que le Réseau humaniste pour le revenu de base universel et inconditionnel, VIVA RIO ou l’association Monde sans guerres et sans violence, inspirés par des amis du MST, du mouvement syndical, du Parc d’Étude et de Réflexion Retiro et de nombreux autres secteurs des mouvements sociaux qui, à grande échelle, ont été mobilisés par les organisations de la société civile pour vivre pleinement et non pas seulement survivre.

Il n’a toutefois pas été possible de présenter ce que nous faisions, et encore moins d’enregistrer les conférences. On nous a refusé l’enregistrement d’un beau moment d’unification qui sert à rassembler les forces populaires en faveur de la vie.

En fin de compte, nous avons beaucoup à apprendre. Nous savons déjà que la vie est plus importante que le profit et que l’entrepreneuriat ne peut être privilégié au détriment de l’organisation populaire qui œuvre en faveur de la vie. Nous ne pouvons pas répéter cette erreur dans tous les domaines, car même dans les disputes électorales, il n’est pas possible que tout soit transformé en entrepreneuriat par des secteurs au sein des partis qui se considèrent comme étant de gauche.

C’est un grand défi pour nous de rassembler nos forces dans chaque action et il est nécessaire, au moins dans les organisations populaires, de faire passer la logique de la vie plutôt que la logique marchande.

Cette formulation critique sur le 24e Congrès mondial sur le revenu de base qui s’est tenu dans les villes de Maricá et Niterói a pour objectif de nous sensibiliser à la nécessité de rassembler nos forces.

Ici au Brésil, pour que le revenu de base existe, nous avons besoin de cette accumulation de forces pour parvenir à sa mise en œuvre dans l’organisation de l’État. Après tout, il a déjà été approuvé, mais rien n’a été fait pour le faire exister au-delà de la loi, hors du papier, dans la vie de millions de personnes.

Nous voulons que cette expérience regrettable que nous avons vécue nous enseigne au moins à former une large unité collaborative et solidaire qui élargisse notre apprentissage et l’intelligence populaire en défense de la vie, à l’échelle mondiale et universelle, à l’image du revenu de base que, depuis Pressenza, nous défendons et voulons faire exister.

Voir aussi :

Universalité du revenu de base, solidarité économique et changement culturel

Revenu de base – Pour hier, pas pour après-demain

 

Traduction : Evelyn Tischer