Dans la nuit du 19 décembre 1989, alors que l’armée américaine envahissait le Panama pour déloger le général Manuel Noriega, j’ai été l’une des premières personnes au monde à l’apprendre. En fait, j’étais avec 300 autres passagers dans un avion de la compagnie Canadian Airlines en direction de Santiago du Chili.
Alors que l’avion survolait l’amérique centrale, le pilote nous a annoncé que le vol devait être détourné vers Lima puisque qu’au même moment que nous survolions le Panama, les couloirs aériens étaient occupés par des avions militaires américaines.
Puis, c’est la cohue dans l’avion : pratiquement tous les passagers se mettent à crier : « ¡Puta madre! ¡Los gringos son invasores! ».
Le personnel de bord a tenté de nous rassurer en expliquant qu’un avion militaire américain allait guider notre vol vers un couloir aérien sécurisé.
Quand les choses se sont clamées, j’ai discuté avec certains passagers. Ils étaient presque tous chiliens. Plusieurs avaient vécu de terribles épreuves lors du coup d’état militaire de 1973. Suite à ces échanges, j’ai compris pourquoi leur réaction avait été si intense à l’annonce de l’invasion du Panama. En effet, le coup d’État contre le gouvernement socialiste de Salvador Allende, élu démocratiquement, avait été largement soutenu par la CIA et les grandes multinationales américaines.
Par ailleurs, vers la fin des années 80 et à la suite de plusieurs pressions des pays occidentaux, le régime de Pinochet avait dû freiner ses élans autoritaires. Ainsi, le 19 décembre 1989, alors que les Américains envahissaient le Panama, le vol de la Canadian Airlines transportait plusieurs centaines de ressortissants chiliens qui retournaient, pour la première fois, dans leur pays d’origine.
Le régime de Noriega au Panama
Le général Manuel Noriega était le chef militaire du Panama et a entretenu des liens étroits, entre 1970 et 1980, avec George H. W. Bush (le père), alors directeur de la CIA, bien avant que ce dernier ne soit élu président. Au cours de ces années, les Américains ont financé Noriega afin qu’il nuise aux sandinistes au Nicaragua et aux révolutionnaires du Front Farabundo Martí de libération nationale au Salvador. Noriega avait pour mission de faire avancer les intérêts américains dans la région, mais il a finit par être impliqué dans le trafic de drogue et le blanchiment d’argent.
Vers 1986, les médias américains ont commencé à révéler ses activités criminelles. Bien qu’il détenait la réalité du pouvoir, il devint officiellement chef de l’État en 1984. Par la suite, les tribunaux américains l’ont inculpé de trafic de stupéfiants. Ce n’est pourtant que dans la nuit du 19 décembre 1989, sous la présidence de George H. W. Bush, que Noriega fut destitué suite à l’invasion américaine.
Les jours suivants, dans sa déclaration officielle, le président Bush expliqua que les États-Unis devaient intervenir car le gouvernement Noriega ne respectait ni les droits humains, ni les principes démocratiques. En réalité, ce que Bush n’a pas dit, c’est que les États-Unis avaient décidé de régler cette situation en utilisant le vieux réflexe du « colonisateur-sauveur ».
Le contraste avec le Chili
Pourtant, à la même époque, les USA choisissaient de garder le silence sur le non-respect des droits humains par le régime militaire du général Augusto Pinochet au Chili. Le régime de Pinochet a fait des milliers de victimes, principalement des jeunes qui contestaient ses politiques autoritaires. En fait, les États-Unis soutenaient Pinochet sans réserve, car ses intérêts militaires garantissaient aux grandes multinationales américaines un accès au cuivre et à d’autres métaux à des prix dérisoires.
Le cas du Venezuela et les enjeux énergétiques
Il y a quelques jours, les Américains ont envahi le Venezuela sous prétexte que le gouvernement de Maduro ne respectait pas la démocratie et soutenait les cartels de la drogue. À chaque fois que les États-Unis utilisent ce modèle du « colonisateur-sauveur », ils ne présentent qu’une partie de la vérité. Certes, certaines actions du gouvernement Maduro sont discutables et doivent être remises en question à la lumière des droits et libertés ; par ailleurs, les États-Unis n’ont aucun droit d’intervenir ainsi. Leur intervention constitue une agression au sens du droit international. Encore une fois, c’est le vieux réflexe du colonisateur-sauveur qui a pris le dessus sur la diplomatie. Imagions un instant si tous les anciens pays colonisateurs décident demain de suivre l’exemple des américains et envahissent les pays avec lesquelles ils ont certains problèmes et désaccords! Imagions un instant le futur à partir de cette projection! Il me semble évident, dans un tel scénario que l’occident préparerai les conditions nécessaires pour son propre anéantissement!
La population du Venezuela avait élu un gouvernement socialiste qui prônait la nationalisation du pétrole et collaborait avec les gouvernements russe, cubain, brésilien, iranien et chinois. Ces positions heurtaient de front les intérêts américains. Ainsi, au cours des dernières années, le Venezuela a dû composer avec un imposant embargo. Or, le pays possède le plus grand gisement de pétrole au monde.
Géopolitique et futurisme
Même si d’immenses quantités de pétrole se trouvent au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Iran, Irak), c’est le Venezuela qui détient les plus importantes réserves prouvées, tandis que le Canada possède d’énormes réserves de pétrole non conventionnel dans les sables bitumineux.
Selon les experts, les réserves américaines seront pratiquement épuisées d’ici une décennie. Avec l’invasion du Venezuela et le retrait de Maduro, les États-Unis sécurisent leurs sources d’approvisionnement tout en court-circuitant l’avancée des relations entre la Chine et l’Amérique latine. En réalité, les États-Unis veulent non seulement devancer les Chinois sur ce continent, mais aussi dans le projet de colonisation de la planète Mars. Pour réussir cette mission, ils savent qu’ils ont besoin d’un accès privilégié aux immenses ressources vénézuéliennes.
Le projet colossal des États-Unis : la colonisation de Mars
Suite à la capture du président Maduro, le patron de SpaceX et homme le plus riche au monde, Elon Musk — qui semblait depuis plusieurs mois en désaccord avec les politiques de Trump — a soutenu sans réserve l’intervention américaine au Venezuela. Musk a fièrement affiché le drapeau américain sur son compte X et a diffusé les propos suivants : « Nous allons retourner sur la Lune et coloniser Mars ! »
En réalité, pour Musk, les vastes réserves de pétrole et de gaz vénézuéliennes pourraient enfin lui permettre de réaliser son rêve. Propulser une fusée vers Mars nécessite d’immenses quantités de carburant : des milliers de tonnes dont la majeure partie est utilisée pour échapper à l’attraction terrestre, sans compter la propulsion nécessaire pour le transit vers la planète rouge. À titre d’exemple, le lancement d’une Atlas V pour la mission Perseverance a nécessité plus de 500 tonnes de carburant. Le Starship de SpaceX, quant à lui, repose sur un concept de ravitaillement en orbite exigeant des quantités massives de propergol. Les besoins de SpaceX risquent d’augmenter considérablement selon la charge et la complexité de chaque mission. (Source AI: Cool Cosmos, Caltech).
De plus, l’atterrissage sur Mars nécessite lui aussi une quantité importante de carburant. Musk prétend être en mesure d’envoyer 1 000 vaisseaux Starship vers Mars d’ici les prochaines années. Cette mission repose en grande partie sur le ravitaillement en orbite à l’aide de réservoirs de méthane et d’oxygène liquide. Selon les données recueillies, un vaisseau Starship consomme environ 1 200 tonnes de propergol pour un aller-retour Terre-Mars. Ainsi, une flotte de 1 000 vaisseaux nécessiterait à elle seule 1,2 million de tonnes de propergol. Si l’on ajoute le carburant nécessaire au transport des ravitailleurs jusqu’à l’orbite terrestre basse (LEO), le nombre total de lancements pour une seule fenêtre d’exploration pourrait atteindre plusieurs milliers, par exemple, 8 000 lancements de ravitailleurs pour une grande flotte. (Source: recherche google et réponses des engins IA).
Dépasser le modèle du « colonisateur-sauveur »
Cependant, les États-Unis font fausse route en appliquant le vieux modèle du « colonisateur-sauveur » au projet martien. En reproduisant ce schéma, ils risquent de répéter les erreurs des siècles passés et d’ajouter une complexité conflictuelle à une situation globale déjà précaire sur notre propre planète. La planète Mars n’appartient ni à une entreprise, ni à un pays : elle appartient à l’humanité tout entière.
Le projet de colonisation de Mars offre une opportunité unique aux différentes cultures et civilisations de travailler ensemble afin de développer un sens du collectif et du dialogue. Ce potentiel est actuellement miné par une méfiance généralisée, par l’argent et, surtout, par ce réflexe de « colonisateur-sauveur » que privilégient plusieurs États faute de savoir proposer des issues adaptées aux nécessités actuelles.
Ainsi, pour permettre l’évolution de nos sociétés et éviter un chaos généralisé, les grandes puissances — Américains, Russes, Chinois et Indiens — devront s’abstenir de mettre en avant ces comportements archaïques. Je crois qu’il est nécessaire de mener un effort de réflexion pour bâtir un schéma global qui ne porte atteinte ni à l’identité, ni à la diversité des expressions (artistiques, techniques, religieuses ou athées) et des modes de gouvernance.
Ce projet peut permettre aux civilisations et cultures planétaires de converger vers un tout global afin d’ouvrir la voie vers une nouvelle forme de colonisation basée sur une collaboration universelle.
Fondée sur la coopération et la réciprocité entre les peuples, les civilisations et les cultures pourront afin d’évoluer vers un modèle colonisateur qui humanise au lieu de déshumaniser, un modèle colonisateur qui cherche l’harmonie entre les peuples et cultures au lieu de diviser et de polariser. Un modèle qui s’ouvre sur l’existence même de l’être humain.
La colonisation de Mars est le prétexte idéal pour amorcer un dialogue et résoudre les graves problèmes qui menacent présentement l’ensemble de l’humanité et de la planète: les changements climatiques, les génocides, les guerres, le terrorisme, l’éventuel utilisation des armes nucléaire.








