Il s’agissait d’un réseau clandestin organisé au XIXe siècle aux États-Unis et au Canada pour aider les esclaves afro-américains à s’échapper des plantations du sud des États-Unis vers les États libres ou le Canada.
Les membres du Chemin de fer clandestin opéraient dans la clandestinité et ne se connaissaient généralement que par leurs pseudonymes, afin de ne pas compromettre leur sécurité. Ils faisaient également jurer le secret à leurs passagers. C’étaient des militants très audacieux, car à cette époque, aider les esclaves en fuite était passible de la peine de mort.
Le début du Chemin de fer clandestin
Son apogée se situe au XIXe siècle. Mais il semble que ses débuts soient un peu plus anciens, car on trouve une citation curieuse de George Washington : en 1786, il se plaignait de la façon dont l’un de ses esclaves fugitifs avait été aidé par une « société de Quakers, formée à de telles fins ».
Le langage
Pour dissimuler leurs activités, ils utilisaient le jargon ferroviaire. Par exemple, les conducteurs ou les mécaniciens de train étaient ceux qui aidaient les esclaves fugitifs dans les États esclavagistes du Sud. Ils leur fournissaient des déguisements, des cartes, des indications pour trouver refuge et parfois même les accompagnaient, les guidant tout au long de leur périple.
D’autres activistes ont établi des gares ferroviaires, c’est-à-dire des lieux (généralement des maisons privées) où les fugitifs pouvaient arriver et se cacher, manger, se reposer, recevoir une assistance médicale et des informations sur la prochaine étape du voyage.
Les esclaves fugitifs étaient les passagers. Les voies d’évasion étaient appelées « lanes ». Le quartier général était la gare centrale, et les États du nord ou le Canada étaient la destination.
Organisation et coordination partielles
Cette expérience montre que la désobéissance civile gagne en efficacité lorsqu’elle s’appuie sur une organisation collective. Cependant, dans certaines occasions historiques, la volonté de collaborer et le nombre de participants sont si importants que le succès peut même être obtenu malgré un certain degré de désorganisation.
Le Chemin de fer clandestin, vaste réseau de personnes aidant les esclaves fugitifs à s’échapper vers le Nord et le Canada, n’était pas géré par une seule organisation ou une seule personne. Il était plutôt composé de nombreux individus (dont beaucoup de Blancs, mais majoritairement Noirs) qui n’avaient connaissance que des initiatives locales d’aide aux fugitifs et non de l’opération dans son ensemble. Malgré cela, il a permis chaque année à des centaines d’esclaves de gagner le Nord ; selon certaines estimations, le Sud a perdu 100 000 esclaves entre 1810 et 1850. Ce réseau a également contribué à l’émergence d’une conscience abolitionniste aux États-Unis.
Le voyage
Pour les personnes réduites en esclavage, fuir vers le nord était un véritable exploit. La première étape consistait à échapper à leur maître. Pour beaucoup, cela signifiait compter sur leurs propres ressources. Parfois, un ‘chasseur’, une personne chargée de guider les fuyards, se faisant parfois passer pour un esclave, pénétrait dans une plantation et guidait les fugitifs vers le nord.
Ces derniers voyageaient de nuit. Ils parcouraient généralement entre 15 et 30 kilomètres jusqu’à la prochaine étape, où ils se reposaient et mangeaient, cachés dans des granges et autres lieux isolés. Pendant l’attente, un message était envoyé à la prochaine étape pour alerter le chef de gare.
Les fugitifs voyageaient également en train et en bateau, moyens de transport qu’ils devaient parfois payer. Il leur fallait aussi de l’argent pour améliorer leur apparence : un homme, une femme ou un enfant noir vêtu de haillons attirait immanquablement les regards suspicieux. Cet argent était donné par des particuliers et collecté par divers groupes, notamment des comités de surveillance.

(Crédit image: Par Charles T. Webber — Cincinnati Art Museum, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20699526)
Après le voyage
Des comités de vigilance se sont formés dans les grandes villes du Nord, notamment à New York, Philadelphie et Boston. Outre la collecte de fonds, ces organisations fournissaient nourriture, abri et assistance aux fugitifs, les aidant à s’intégrer en les accompagnant dans leur recherche d’emploi et en leur fournissant des lettres de recommandation.
Participants notables
Le réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite comptait de nombreux participants notables :
- John Fairfield, originaire de l’Ohio, naquit dans une famille d’esclavagistes. À vingt ans, il aida un ami d’enfance à s’échapper de la ferme de son oncle et l’emmena au Canada. De retour en Virginie, il apprit que son oncle projetait de l’arrêter. Il prit alors avec lui plusieurs autres esclaves et les conduisit à travers les montagnes du nord de la Virginie jusqu’au Canada. Il se spécialisa dans la réunification des familles brisées. Pendant douze ans, il effectua de nombreux voyages dans presque tous les États esclavagistes, libérant plusieurs milliers d’esclaves.
- Levi Coffin, quaker, a aidé plus de 3 000 esclaves. Avec son épouse Catherine, il a été chef de gare pendant plus de vingt ans. Figure emblématique du réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite dans l’Indiana et l’Ohio, il était surnommé par certains le « président du réseau », et on estime à 3 000 le nombre d’esclaves fugitifs qui ont transité par lui. La maison des Coffin, située à Fountain City, dans le comté de Wayne (Indiana), est aujourd’hui un musée, parfois considéré comme la « gare centrale » du réseau.
- Harriet Tubman, née esclave, a effectué 19 voyages vers le Sud et a escorté plus de 300 esclaves vers la liberté. Un film retrace sa vie.
- John Brown fit aménager une pièce secrète dans sa tannerie. Il put ainsi soutenir la cause abolitionniste en devenant un guide du Chemin de fer clandestin et en fondant la Ligue de Gilead, une organisation créée pour aider les esclaves fugitifs à s’enfuir au Canada.
Il convient de noter que certains de ces abolitionnistes (John Fairfield, John Brown, Harriet Tubman) ont également eu recours à des méthodes violentes.








