Dans les semaines à venir, une série d’échéances politiques et diplomatiques placera la question des armes nucléaires au cœur de l’actualité internationale. Et compte-tenu de la dégradation continue du contexte sécuritaire international, la possibilité d’un emploi d’armes nucléaires, intentionnel ou accidentel, demeure une réalité dont les conséquences pour nos sociétés seraient irréversibles.

Le calendrier 2026 présenté ci-dessous rassemble ces rendez-vous clés, dont les implications pour la stabilité stratégique, le droit international et la sécurité collective méritent, selon nous, d’être interrogées et mises en perspective. ICAN France se tient à votre disposition pour répondre à toute demande d’analyse, d’éclairage ou d’entretien.

Les faits sont là : la possession d’armes nucléaires n’a ni empêché les conflits entre puissances nucléaires (Inde et Pakistan), ni garanti l’inviolabilité des territoires (incursion ukrainienne en Russie, frappes iraniennes en 2025 contre Israël). Elle a en revanche permis des guerres conventionnelles sous parapluie nucléaire – notamment en Ukraine en 2014 et 2022, toujours en cours – tout en alimentant les courses aux armements, nucléaires comme conventionnelles. L’histoire montre enfin que plusieurs crises majeures ont été évitées non par le bon fonctionnement de la dissuasion, mais par le facteur de chance.

C’est pourquoi, ces dernières années, la théorie de la « dissuasion nucléaire » est de plus en plus remise en question, non seulement, via les travaux des Nations unies avec l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), mais y compris dans les cercles qui l’ont historiquement défendue. Par exemple, dès 2009, Alain Juppé en soulignait les « angles morts », Bruno Tertrais reconnaissait (en 2024) que « l’hypothèse d’un échec doit nécessairement être prise en compte ».

22 janvier, cinquième anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN)

  • L’entrée en vigueur du TIAN, le 22 janvier 2021, signifie que les armes nucléaires sont illégales (comme les armes chimiques ou biologiques) au regard du droit international.
  • 99 États (dont l’Autriche, Malte et l’Irlande et le Saint-Siège en Europe), ont déjà signé ou ratifié ce traité. En détail, cela signifie que 74 l’ont ratifié (dont des alliés de la France comme l’Indonésie, la Malaisie) et 25 ont lancé leur processus de ratification.
  • Au cours de ces 5 premières années, le TIAN a renforcé la non-prolifération nucléaire, placé la justice nucléaire au cœur des discussions sur le désarmement, remis en question la théorie de la dissuasion nucléaire et incité les institutions financières à retirer leurs investissements des armes nucléaires.
  • Alors que la France n’a jamais participé (entre 2011 et 2017) à son processus, continue de s’y opposer et refuse d’y participer ne serait-ce qu’au titre d’État observateur ; ce traité bénéficie d’un soutien croissant, à l’image des 103 villes et collectivités locales, et des 65 parlementaires.

Ressources :

– [Brochure], « Comment fonctionne le TIAN ? ».
– [Tribune], « Le seul avenir de la dissuasion nucléaire est son échec », P. Bouveret & JM. Collin, L’Opinion, 2025.
– [Tribune], « Il est urgent d’agir pour un multilatéralisme cohérent », collectif de 54 parlementaires, 2025.
– [Analyse], « Challenger la dissuasion nucléaire : les conclusions de la seconde réunion du TIAN », JM. Collin, Le Club des juristes, 2024.

24 janvier, 80e anniversaire de la première résolution de l’Assemblée générale des Nations unies « déterminée » à éliminer les arsenaux nucléaires :

  • Adoptée par consensus, en 1946, cette résolution établi l’objectif de l’ONU d’éliminer les armes nucléaires et autres armes de destruction massive.
  • Cette résolution est perçue, notamment par de nombreux juristes comme un moment fondateur de la lutte collective pour le désarmement nucléaire, dont l’aboutissement le plus récent est le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Dans son préambule, le TIAN rappelle que cette résolution a constitué une source d’inspiration déterminante.

27 janvier, annonce de l’heure de l’horloge de l’apocalypse :

  • Créée en 1947 par des scientifiques du Bulletin of the Atomic Scientists, la Doomsday Clock (ou horloge de l’apocalypse) est une « métaphore de la proximité de l’humanité avec son propre anéantissement ».
  • En 2025, l’horloge était à 89 secondes avant minuit, soit le moment le plus proche de minuit jamais atteint en 78 ans d’existence, principalement en raison des discours de menace d’emploi et des programmes de modernisation et de renouvellement des arsenaux. La France au titre de la LPM 2024/2030 doit dépenser (au moins) 53,7 milliards d’euros pour ses forces nucléaires.

27 janvier, commémoration des 30 ans de l’arrêt définitif des explosions nucléaires de la France en Polynésie et début à l’Assemblée nationale du débat sur une de la loi sur les victimes des explosions :

  • L’arsenal nucléaire français s’est construit au prix de 210 explosions nucléaires, réalisées entre le 13 février 1960 dans le Sahara algérien et le 27 janvier 1996 à Moruroa, en Polynésie française.
  • Après l’instauration d’un moratoire en 1992, celui-ci est rompu en 1995 par le président J. Chirac, sur demande des armées et du Commissariat à l’énergie atomique. Six explosions souterraines sont réalisées au Centre d’expérimentation du Pacifique, qui est officiellement fermé au lendemain de la dernière explosion, et un processus de démantèlement est engagé jusqu’au 31 décembre 1998.
  • Pour autant, les sites principalement de Moruroa, Fangataufa et de Hao demeurent durablement contaminés. La présence de milliers de tonnes de déchets radioactifs et l’instabilité reconnue des atolls constituent encore aujourd’hui un risque environnemental et sanitaire majeur pour les populations polynésiennes.
  • Après des années de mobilisation de la société civile, la loi dite Morin, adoptée le 5 janvier 2010, reconnaît pour la première fois les conséquences sanitaires des 210 explosions. Elle instaure un cadre légal visant à reconnaître et indemniser les personnes atteintes de maladies radio-induites. Toutefois, en raison de barrières administratives et d’absence de volonté politique, cette loi est un échec, car en quinze ans seulement 1 206 personnes ont été reconnues comme victimes.
  • Cet échec est aujourd’hui officiellement reconnu à la faveur des travaux menés par la députée Mereana Reid Arbelot (Gauche démocrate et républicaine) et le député Didier Le Gac (Renaissance). À l’issue d’une commission d’enquête parlementaire (en 2024 et en 2025), ils ont déposé en décembre 2025 une proposition de loi visant à réformer en profondeur la loi Morin. Le texte prévoit notamment la suppression du critère du millisievert, afin d’améliorer significativement les conditions d’indemnisation des victimes.
  • Si cette réforme constitue une avancée attendue, elle soulève néanmoins de nouvelles interrogations, notamment en ce qu’elle tend à accentuer les différences de traitement entre les victimes des explosions réalisés dans le Sahara algérien et celles conduites sur le territoires polynésien.

Ressources :

– [Commission enquête parlementaire], audition de P. Bouveret, 2025.
– [CP], « Commission d’enquête parlementaire sur les essais nucléaires : « Oui, il y a eu des mensonges ! », 2025.
– [Analyse] « Vers une nouvelle avancée de la loi d’indemnisation », P. Bouveret, Damoclès n° 175-176.
– [Analyse], « Indemnisation des victimes d’essais nucléaires : l’échec de la loi Morin, P. Bouveret & JM. Collin, Le Club des juristes, 2024.

Début février, le président Macron doit s’exprimer sur la dissuasion nucléaire :

  • Après deux reports successifs, il devrait annoncer des mesures concrète sur « l’européanisation de la dissuasion française.
  • Cette prise de parole soulève des questions majeures – souvent écartées du débat politique – de relance de la course aux armements, de droit international, de compatibilité avec les engagements de la France au titre du TNP, de coût et de risque de prolifération nucléaire.

Ressources :

– [Tribune], « Partager la dissuasion nucléaire », P. Bouveret & JM. Collin
– [Analyse], « Combattre l’ensauvagement nucléaire », JM Collin, Le Monde Diplomatique.
– [Tribune], « Vers un scénario de prolifération nucléaire massive ? », JM Collin, L’Opinion.

5 février fin du traité New Start qui visait à limiter le déploiement d’armes et de vecteurs nucléaires stratégiques

  • Pour la première fois depuis le début des années 1970, la Russie et les États-Unis se retrouvent sans aucun cadre juridiquement contraignant limitant la taille de leurs arsenaux stratégiques. Cette absence de traité marque un tournant majeur dans l’histoire du contrôle des armements nucléaires.
  • Ces deux États – comme le Royaume-Uni, la France et la Chine – sont toutefois soumis aux obligations du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), dont celles liées au désarmement nucléaire.
  • Dans son discours à l’École de guerre (en 2020) puis au Parlement européen (en 2022), le président Macron appelait les Européens à défendre un multilatéralisme repensé au service de la sécurité collective, fondé sur la promotion d’un « agenda international renouvelé pour la maîtrise des armements ». La fin de ce traité doit être transformée en opportunité politique. Elle constitue une responsabilité majeure pour la France : celle de cesser les déclarations d’intention et de passer enfin des mots aux actes.

27 avril au 22 mai, XIe Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ;

  • La XIᵉ conférence d’Examen du TNP constitue un rendez-vous diplomatique crucial, alors que le traité traverse une crise de crédibilité profonde, ces deux dernières conférences (2015 et 2022) ayant été des échecs, dont la responsabilité impute en partie à la France.
  • Les États dotés, dont la France, sont de plus en plus critiqués pour le non-respect de leurs engagements en matière de désarmement. Cette conférence sera l’occasion à la diplomatie française d’expliquer le respect de ces engagements pris en 1992, quand dans le même temps son président annonce le doublement des Forces aériennes stratégiques, participant de fait à la course aux arsenaux nucléaires.

Ressources :

– [Note d’information], « Troisième Comité préparatoire du TNP », 2025.
– [CP], « Le Traité de non-prolifération nucléaire en danger : la France joue avec le feu », 2025.

30 novembre au 4 décembre, première Conférence d’examen du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), siège des Nations unies :

  • La première Conférence d’examen du TIAN marque une étape décisive pour ce traité encore jeune, mais déjà structurant. Elle vise à évaluer sa mise en œuvre, accroître le débat sur la théorie de la dissuasion nucléaire nucléaire vue comme un concept sécuritaire « loin de préserver la paix et la sécurité » car « les armes nucléaires sont utilisées comme des instruments politiques, liés à la coercition, à l’intimidation et à l’exacerbation des tensions ». Enfin, il devrait être adopté un fonds pour aider les victimes des explosions nucléaires et pour réhabiliter les zones polluées.
  • En raison de son statut de puissance nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France se doit d’être présente pour ne pas laisser vacant son rôle au sein du système onusien, au minimum comme État observateur.

Ressources :

[BD], « Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ».
[CP], « Troisième réunion du TIAN : Une alliance décidée à mettre un terme à la dissuasion nucléaire », 2025.
[CP], « Seconde Réunion du TIAN : Les États conviennent de remettre en cause le concept de dissuasion nucléaire », 2023.
[CP], « Une Alliance forte pour le succès de la première réunion du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires », 2022.

L’article original est accessible ici