Le 22 janvier 2021, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires entrait en vigueur à l’ONU. Porté par la campagne ICAN, ce traité est le résultat d’un engagement fort entre société civile et des États pour renforcer la sécurité mondiale. En totale opposition avec la logique de brutalisation des relations internationales portée par le Président Trump avec notamment l’annonce du Conseil de la paix destiné à mettre fin au multilatéralisme au bénéfice de la loi du plus fort.

À ce jour, 99 États — soit plus de la moitié des membres de l’ONU — ont ratifié ou signé le TIAN qui renforce et complète l’architecture international de non-prolifération et de désarmement. Plusieurs autres pays ont engagé un processus pour y adhérer. Cinq ans après son entrée en vigueur, il a déjà rempli sa première mission : changer le débat à propos des armes nucléaires.

1/ D’abord en actant clairement l’illégalité des armes nucléaires. Ce basculement normatif est majeur : ces armes ne sont plus des symboles de prestige stratégique, mais des objets juridiquement interdits, au même titre que les armes biologiques ou chimiques. L’histoire du désarmement le montre : on n’élimine jamais une arme sans commencer par l’interdire. C’est précisément pour cette raison que tous les États nucléaires, démocratiques ou autoritaires, se sont opposés frontalement à sa création.

2/ le TIAN a ouvert une brèche dans le dogme de la dissuasion nucléaire. Le traité n’interdit pas seulement l’arme, mais aussi la menace de son emploi, c’est-à-dire la dissuasion elle-même. Désormais la dissuasion n’est plus présentée comme une évidence, mais qualifier pour ce qu’elle est réellement : une théorie. L’histoire, contemporaine et récente, a en effet montré ses nombreuses failles. Celle-ci est fondée de plus sur un pari dont la fiabilité repose sur la chance, alors même que la communauté scientifique a documenté les conséquences planétaires qu’entraînerait toute explosion nucléaire volontaire ou accidentelle.

3/ Cette évolution a une conséquence concrète : la remise en cause du financement de l’arme nucléaire. Banques et institutions financières, à travers le monde, interrogent désormais leurs investissements, non par idéalisme, mais parce que le risque juridique et réputationnel est réel. Ce sont ainsi, environ, 4 700 milliards de dollars d’actifs désormais inaccessibles aux entreprises du secteur.

4/ Le TIAN a introduit la notion de justice nucléaire pour les victimes, longtemps absente du régime nucléaire international. Par ses dispositions sur l’assistance aux victimes et la réparation environnementale, il oblige à regarder en face les conséquences humaines, sociales et environnementales des plus de 2 000 explosions nucléaires réalisées depuis 1945 — dont 210 par la France entre le 13 février 1960 et le 27 janvier 1996 au Sahara et en Polynésie.

Face à ces évolutions, la position française n’a plus de sens : Défendre le multilatéralisme tout en refusant de participer à un processus de l’ONU, c’est entretenir une contradiction politique majeure et marquer sa défiance vis-à-vis de l’institution.

À minima, la France doit franchir un premier pas : participer comme État observateur à la première conférence d’examen du TIAN, prévue en novembre 2026. Cette demande est soutenue par 103 villes et collectivités, par de nombreux parlementaires, et par une majorité de Français.e.s.

Dans un monde marqué par la brutalisation des relations internationales, croire que davantage d’armes nucléaires ou qu’une européanisation de la dissuasion française permettra de contenir les humeurs de Donald Trump ou les actes bellicistes de Vladimir Poutine est une erreur : cela ne fera que banaliser ces armes de destruction massive et accroître les risques d’un emploi délibéré, involontaire ou accidentel, aux conséquences humanitaires qui dépasseraient toute capacité de réponse.


*Parmi les États liés au TIAN

Remarquons la présence de :

  • 3 États membres de l’Union européenne : Autriche, Irlande, Malte ;
  • 3 États du territoire européen : Saint-Marin, Saint-Siège, Liechtenstein ;
  • 3 États ayant eu des armes nucléaires sur leur territoire : Afrique du Sud, Cuba, Kazakhstan ;
  • 6 États ayant un partenariat avec l’OTAN : Autriche, Irlande, Kazakhstan, Malte, Mongolie, Nouvelle-Zélande ;
  • 3 États (Indonésie, Malaisie, Viet-Nam) qui ont des différends territoriaux et maritimes, parfois conflictuelles, avec la Chine puissance nucléaire ;
  • 2 États qui se fournissent en équipement militaires stratégiques auprès de la France : Malaisie, Indonésie.

Ressources

[BD], « Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ».
[CP], « Troisième réunion du TIAN : Une alliance décidée à mettre un terme à la dissuasion nucléaire », 2025.
[CP], « Seconde Réunion du TIAN : Les États conviennent de remettre en cause le concept de dissuasion nucléaire », 2023.
[CP], « Une Alliance forte pour le succès de la première réunion du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires », 2022.

L’article original est accessible ici