Différentes organisations et collectifs humanistes ont lancé une lettre ouverte au procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, lui demandant d’engager des poursuites contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et contre le chef du Hamas Ismail Haniyeh, pour crimes de génocide et crimes contre l’humanité.

Cette lettre est accompagnée d’une campagne de collecte de signatures avec pour slogan « le chemin pour la paix ne passe pas par la guerre ».

Ce vendredi 27 octobre à 18h30, un rassemblement est organisé sur la place du musée Reina Sofía à Madrid pour demander – en plus de ce qui précède – l’arrêt immédiat des violences, le retrait des troupes d’occupation et la restitution des territoires occupés.

Par Nuevo Humanismo

LETTRE OUVERTE

Monsieur Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale,

Ces dernières semaines, nous avons assisté, sidérés, à des horreurs sanglantes dans la bande de Gaza, élevées au rang de spectacle médiatique. Après la terrible attaque perpétrée par le Hamas contre la population civile israélienne, le gouvernement de Benjamin Netanyahou s’est lancé dans une folle spirale de violence contre la population gazaouie, dont l’issue reste inconnue, bombardant et assassinant des milliers de civils.

De nombreux analystes alertent sur les possibles et catastrophiques ramifications qui pourraient provoquer l’éclatement de ce conflit à la suite de l’intervention directe d’autres puissances régionales et mondiales. Le climat de violence s’est étendu à toute la région et même au-delà. Si l’étincelle prenait, nous nous trouverions face au risque d’utilisation d’armes nucléaires. L’ensemble de la planète assiste impuissante à l’anéantissement systématique de la vie et des espoirs de millions d’êtres humains. Dans le même temps, une grande partie de la population mondiale vit cette déflagration comme une forte contradiction, car elle s’oppose aux aspirations de paix et de justice de l’ensemble de l’humanité.

Nous considérons que ce non-sens relève de la responsabilité de la logique violente et déshumanisante des dirigeants politiques du gouvernement d’Israël et du Hamas, qui se concentrent sur l’élimination de leur adversaire par toutes les formes de violence à leur disposition, y compris l’utilisation barbare de l’ensemble de la population comme otage de la guerre. Il est clair que la violence de chacune des parties se rétroalimente mutuellement et que toutes deux justifient leur propre barbarie par celle de l’ennemi, incitant chacun des camps à la vengeance, envenimant les générations futures, auxquelles la possibilité de construire un futur en paix est refusée.

L’attentat brutal du Hamas contre la population civile israélienne, que nous pouvons qualifier de crime contre l’humanité, en plus de faire des centaines de victimes et de prendre des otages sans discernement, prétendait provoquer la réponse dévastatrice de l’État d’Israël.

Néanmoins, n’oublions pas que plus de deux millions de Palestiniens vivent une situation dramatique à Gaza depuis plusieurs décennies, prisonniers d’un ghetto, soumis à une humiliation totale, prisonniers politiques par milliers dans les prisons israéliennes sans protection juridique, et harcelés par le pouvoir militaire de l’armée israélienne, qui bombarde régulièrement les villes et villages, faisant des milliers de morts. Cette politique, que nous ne pouvons que qualifier de génocidaire, atteint désormais son apogée, avec une cruelle opération militaire qui prétend détruire systématiquement la société gazaouie et ravager toutes les infrastructures du territoire. L’affirmation selon laquelle il s’agit d’une action défensive de l’État d’Israël ne tient pas ; il s’agit d’une vengeance organisée, qui conduit au massacre de la population civile.

Nous considérons aussi que cette catastrophe relève de la responsabilité des grandes puissances mondiales, qui ont permis, voire encouragé, cette interminable agonie du peuple palestinien. Aujourd’hui, les puissances de l’Occident se positionnent à nouveau en faveur des représailles et se contentent de solliciter l’ouverture de couloirs humanitaires, au lieu d’exiger un cessez-le-feu qui mette fin à la terreur. Certaines boycottent même toute tentative de pression pour interrompre les bombardements, comme l’indique le veto des États-Unis à la récente proposition du Conseil de sécurité des Nations unies demandant de mettre immédiatement un terme aux combats.

Ces derniers jours, les plus hauts représentants des puissances occidentales se sont hâtés de se rendre en Israël, manière éloquente de cautionner ouvertement sa posture. Cela augure une guerre longue… ainsi que de nouvelles opportunités pour le commerce des armes. De même, d’autres gouvernements de la région soutiennent et appuient la lutte armée des militants du Hamas.

Pendant ce temps, des gens du monde entier demandent l’arrêt des bombardements et autres actions violentes, la libération des otages séquestrés et l’application immédiate des droits humains fondamentaux dans la région, tels que l’entrée à Gaza de l’eau, de la nourriture, du carburant et des fournitures médicales nécessaires à la survie de la population. Même si nous pensons ne plus rien pouvoir espérer de ces instances politiques, qui démontrent leur inutilité ou leur hypocrisie lorsqu’il s’agit d’affronter la situation présente, nous continuons d’en exiger un engagement et une action pour contribuer à la résolution du conflit.

La conscience humaine doit explorer d’autres chemins pour sortir de ce labyrinthe. La logique insensée qui oppose des camps rivaux, qui nie l’humanité de l’adversaire, nous aveugle et nous prend au piège, même si nous vivons à distance du conflit. En effet, lorsque nous, personnes ordinaires, hurlons notre rejet de la violence, nous réclamons un changement qui est directement ressenti comme nécessaire dans nos vies. Nous avons désormais besoin de signaux, de voix qui se fassent entendre, d’actions qui montrent le chemin de la résolution du conflit et de l’arrêt de violences qui nous déshumanisent. Et si la désolation face à l’état actuel des choses est si grande, c’est qu’il existe dans les peuples une conscience diffuse de certaines valeurs intangibles, comme l’aspiration à la paix, à la justice et au respect des droits humains, des valeurs qui sont impunément violées dans ce conflit.

Cette impunité doit cesser. Dans l’article 5 du Statut de Rome de 1998, qui régit la Cour pénale internationale, cette dernière est compétente pour traiter les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes d’agression, c’est-à-dire des situations qui se produisent actuellement à Gaza et en Israël. Nous exigeons l’application du droit international.

Nous vous demandons, M. Khan, en qualité de procureur de la Cour pénale internationale, d’écouter ces demandes et d’ouvrir immédiatement une procédure d’enquête sur les crimes de guerre (de génocide et contre l’humanité) qui ont été et sont toujours commis à Gaza et en Israël, qui puisse aboutir à des poursuites contre Ismail Haniyeh, chef politique du Hamas, et Benjamin Netanyahou, premier ministre israélien. L’entreprise n’est pas aisée, entre autres parce qu’Israël rejette l’existence de la Cour pénale internationale mais, malgré la difficulté de la démarche, l’existence même de cette enquête sera le signe et le symbole que la justice internationale s’engage pour la paix et la justice sur la terre de Palestine et d’Israël.

Certes, une résolution définitive du conflit exigera un long processus de réparation, la constitution d’un État palestinien viable, et de prendre le chemin d’une réconciliation que certains considèrent comme difficile voire impossible, mais qui, si elle progresse, montrera que la violence peut et doit être surmontée.

Permettez-nous de citer Silo, une référence pour l’humanisme et la non-violence, lors des Journées de Réconciliation de Punta de Vacas (Argentine) en 2007 : « Lorsque nous comprendrons enfin que notre ennemi est aussi un être avec ses espoirs et ses échecs, un être qui a connu de beaux moments de plénitude et d’autres de frustration et de ressentiment, nous poserons un regard humanisant sur la peau de la monstruosité. Ce chemin vers la réconciliation n’émerge pas spontanément, de même que le chemin vers la non-violence n’émerge pas spontanément. En effet, tous deux requièrent beaucoup de compréhension et le développement d’une répugnance physique pour la violence. »

Pourvu que cette vision se fraie rapidement un chemin dans les consciences populaires.

Participez à la pétition en signant ici : https://www.change.org/p/la-guerra-no-es-el-camino-para-la-paz

 

Traduit de l’espagnol par Héloïse Deydier