Née en 2002 sur fond de diverses crises sanitaires telles, entre autres, que celles de l’amiante, de Tchernobyl ou de la vache folle, et du besoin de donner la possibilité aux citoyens de se réapproprier les résultats de la science au lieu d’en laisser le seul profit aux géants industriels, l’association n’a pas chômé depuis. Son bilan se laisse voir, aussi bien dans le domaine des lanceurs d’alerte que ses projets actuels comme l’appel aux Conventions citoyennes ou l’établissement d’un Conseil citoyen en pandémie qui devrait essaimer, pour « pallier les manques révélés » par la pandémie.

https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/2022/06/SC_ConseilCitoyenEnPandemie_Pilote_220519.pdf

Plutôt que de monétiser la science, les objectifs de SC suggèrent d’amorcer « un sursaut démocratique et un nouveau pacte social pour une science citoyenne, responsable et solidaire », en promouvant les échanges avec les « ’profanes’ dans la recherche, l’expertise ou la vigilance ».

« Moteur d’émancipation pendant plusieurs siècles, la science, devenue technoscience, est aujourd’hui un formidable pouvoir. Pour servir le bien-être de l’ensemble des êtres humains de notre planète, ce pouvoir requiert d’autres pilotes que la seule volonté de savoir, le désir de puissance ou les logiques de profit. Après l’ère de la « maîtrise de la nature », doit donc venir celle de la « maîtrise de la science », de la citoyenneté scientifique. » Plus loin, l’association rappelle qu’elle « a pour objectif de favoriser et prolonger le mouvement actuel de réappropriation citoyenne et démocratique de la science, afin de la mettre au service du bien commun. » Une scientifique mexicaine, venue faire une conférence à Munich sur la disparition des maïs variés et muticolores de son pays évincés par les OGM qui détruisent l’agricuture locale et la milpa ancestrale, a résumé la situation actuelle ainsi : « De nos jours, être scientifique, cela signifie qu’on ne peut plus se contenter d’avoir les yeux fixés sur son travail. Il faut avoir un œil sur son travail et de l’autre, lancer des alertes. »

La place du droit dans les mobilisations

Pandémie oblige, en 2021, l’association a pris le taureau par les cornes pour organiser un cycle de webinaires sur « La place du droit dans les mobilisations » (https://sciences-societes-democratie.org/intervenant-e-s/) : non seulement on constate que la répression des manifestations sur le terrain devient de plus en plus violente et saccage des existences (https://www.lesmutilespourlexemple.fr/ — âmes sensibles s’abstenir), alors que le droit de manifester est bien ancré dans notre constitution, mais elle s’accompagne également d’un durcissement de la justice, à tel point que des avocats bénévoles revêtent la fonction d’observateurs en assistant aux manifestations pour servir éventuellement de témoins lors de procès. Il est nécessaire de former les manifestants et les recours juridiques et de débroussailler le terrain sur lequel fleurissent les lois de plus en plus répressives.

Former les nouveaux député.es

Cette année, SC a fait parler d’elle au mois de juin en relayant la mobilisation d’un collectif de scientifiques d’une part, et du collectif Pour un réveil écologique d’autre part, qui avaient érigé des tentes devant l’Assemblée. Dans le but de former les 577 nouveaux et nouvelles député.es ayant reçu un mandat pour le climat et la biodiversité, ils avaient envoyé : « 25 scientifiques experts des enjeux de climat et de biodiversité – auteurs du GIEC, de l’IPBES, économistes du climat, de l’environnement… (…) dans une démarche totalement apartisane, aux côtés de la jeunesse engagée dans le collectif Pour un Réveil Écologique et de la société civile. »

Pour des conventions citoyennes !

Leur ancêtre sont les conférences citoyennes, qui ont vu le jour il y a 30 ans déjà et ont été mises en pratique dans le monde entier, révélant les dons des citoyens à prendre en main les choses qui les concernent pour arriver à des jugements fondés, tenant compte de l’intérêt commun. Pour leur donner plus de poids et éviter qu’elles ne s’enlisent dans l’indifférence, les Conventions citoyennes ont fait leur apparition, travaillant selon « une méthodologie stricte, précise et rigoureuse ». Si la Convention citoyenne pour le Climat n’a pas porté les fruits tant attendus, ce n’est pas faute d’avoir travaillé d’arrache-pied : les citoyens qui s’engagent mettent un point d’honneur à se dévouer à la cause qu’ils explorent pour mieux la défendre. On serait tenté d’évoquer ici que la bonne vieille sagesse populaire est irremplaçable !

« Pour répondre à l’incertitude qui règne partout, le jugement des populations se révèle souvent plus pertinent que celui des élus ou des experts. »

Forte du chemin parcouru et de l’expérience de la Convention citoyenne pour le climat, l’association s’est adjointe un expert, le collectif Démocratie ouverte, qui promeut la transformation démocratique de la société vers davantage d’ouverture. Ensemble, ils ont retravaillé le concept de la Convention citoyenne, déterminant des principes et lignes rouges à ne pas dépasser. Il reste à espérer que ces conventions seront des prémices favorisant davantage de participation d’une population lasse de l’inaction de ses dirigeants : il y a du pain sur la planche pour qui veut bien retrousser ses manches !

https://pourdesconventionscitoyennes.org