En décembre 2021, le Conseil national et le Conseil des États ont définitivement donné leur approbation au projet de « city-logistique intelligente de demain ». Dès 2016, les promoteurs du projet avaient présenté une étude démontrant la faisabilité de ce concept de fret souterrain.

Chantier(s) du siècle en Suisse

Avec un projet révolutionnaire regroupant des technologies de pointe comme la conduite autonome, la Confédération helvétique a présenté au Forum économique de Davos un concept futuriste pour améliorer la qualité de vie des habitants et réduire les émissions, tout en assurant un flux continu de marchandises légères et périssables : moins de pollution (air et eau), moins de nuisances (bruit et réseau routier), moins d’énergies fossiles (le fonctionnement reposera sur les énergies renouvelables). Des boyaux de 6 m de diamètre achemineront le fret en toute sérénité sur des véhicules totalement électriques ne dépassant pas les 40 km/h, des accès à des plateformes (hubs) permettront aux marchandises convoyées de remonter à la surface. Outre les avantages liés à l’amélioration de la qualité de vie, la vitesse accrue de livraison aux consommateurs est également un atout mis en avant, le commerce en ligne ayant explosé lors de la pandémie. CST semble donc être la solution miracle pour faire face à différents enjeux essentiels de notre époque, dont la réduction de 80 % des émissions de CO2.

Partie prenante du projet, la célèbre agence bâloise d’architectes Herzog & de Meuron, qui a conçu des bâtiments prestigieux à travers le monde entier, a envoyé ce message vidéo (en anglais) par l’intermédiaire de Pierre de Meuron à l’occasion du Forum international de Davos :

https://www.youtube.com/watch?v=JzU6DObLVNE

 

Recherche et innovation

Soutenu par Innosuisse, l’Agence fédérale pour l’encouragement de l’innovation, et des grands groupes privés réunis au sein d’un consortium d’actionnaires principaux dont la Migros, la CFF, la Poste, la COOP, DPD et différentes banques, le projet ayant reçu le feu vert du gouvernement prévoit de réaliser un premier tronçon de 66,7 km reliant Härkingen (Soleure) et Niederbipp (Berne) avec Zurich dès 2030. Son coût est aujourd’hui estimé à 3,55 milliards de francs suisses. Le réseau de ce « métro de fret » titanesque, sans aucune concurrence à l’étranger, reliera à l’avenir le Léman au lac de Constance, avec des lignes vers Bâle, Lucerne et Thoune, sur un total de 490 km. Il fait faire un grand bond en avant à la recherche puisque la ZHAW (Université des sciences appliquées de Zurich) est impliquée dans le développement d’un concept logistique ayant pour objectif de réduire le trafic de marchandises urbain. Selon Novethic dans un article du 18 août 2022, en Suisse, « le fret ferroviaire représente déjà 35 % du transport des marchandises contre 9 % en France. »

https://www.cst.ch/fr/quest-ce-que-cst/

 

La Suisse remuée de fond en comble, au sens littéral du terme

Selon le site web TRANSITIONS & ÉNERGIES, « (…) le chantier s’annonce particulièrement compliqué sur le plan technique et politique. La construction des longs tunnels sera un défi au niveau environnemental, afin d’éviter les obstacles naturels, mais aussi en terme politique, avec les expropriations et les négociations avec les métropoles et les opposants. » Reste à savoir si ce projet s’avèrera aussi « smart » que le prédisent ses promoteurs : le paysage de la Suisse est déjà bien mis à contribution par ses multiples tunnels. Et l’énergie nécessaire à alimenter ces chantiers gigantesques sera-t-elle déjà renouvelable ? D’où proviendra celle nécessaire à faire fonctionner ce métro de fret ? Est-elle déjà disponible ou faut-il songer à d’autres chantiers pour la produire ? La Suisse va-t-elle se transformer en méga-chantier de type « never ending story » ? Quant aux secousses sismiques qui secouent de temps à autre le pays, sont-elles un risque pour le projet ? La technologie comme solution à tous nos problèmes étant le mantra récurrent du système néolibéral, au final, on est en droit de se poser la question si CST se fera au détriment de l’environnement et du petit commerce et si les grands gagnants ne seront pas les groupes numériques et les géants de la distribution : le creusement tous azimuts du pays rendra-t-il ces trous pratiqués aussi profitables pour tous que ceux de l’emmental ?