Le « capitalisme vert », comme réponse à la crise écologique et à la crise de la répartition inégale des richesses, est un leurre : l’innovation technologique ne peut à elle seule résoudre des problèmes qui sont par définition insolubles dans les relations actuelles de pouvoir et de propriété.

C’est la conclusion à laquelle sont parvenus Vassilis Kostakis et Yanis Varoufakis, interlocuteurs de l’événement « Après le capitalisme quoi ? Biens communs et nouveaux modes de production, de propriété et de gouvernance » organisé le mois de novembre au Serafio de la municipalité d’Athènes par le Centre pour la culture post-capitaliste (Meta), poursuivant l’effort d’approfondissement du débat sur la cartographie des alternatives à la dystopie actuelle des formes d’organisation sociale.

Professeur Vassilis Kostakis (Photo : Centre pour la culture post-capitaliste, Méta)

Dans sa présentation, Vassilis Kostakis, professeur à l’université polytechnique de Tullin, chercheur à l’université de Harvard et membre du P2P Lab, a déconstruit le mythe selon lequel la concurrence et l’initiative privée favorisent l’innovation et a décrit la vision opposée du « cosmopolitisme », où la collaboration horizontale entre pairs des producteurs et la libre circulation des technologies « ouvertes » offrent des possibilités d’autonomisation des communautés locales, en dialogue avec la réalité mondiale, en démocratisant la production, tant « numérique » que « matérielle », et en s’attaquant à la crise écologique. Il a toutefois également souligné les limites de ces projets, dans la mesure où les géants du monde des affaires, qui sont actuellement les plus grands financiers de la recherche sur les logiciels ouverts, élèvent de nouvelles « barrières ».

Comme objectifs immédiats, il a toutefois mis en avant la nécessité de généraliser les logiciels libres dans le domaine public, de créer des espaces à l’intersection de la production coopérative et des technologies ouvertes, afin qu’une pluralité de modèles commerciaux et technologiques puisse émerger, et, à un niveau plus large, d’apporter un changement à l’échelle européenne dans la législation sur la propriété intellectuelle.

Pour sa part, Yanis Varoufakis, professeur à l’Université d’Athènes et secrétaire de Mera25, a rappelé le rôle de l’initiative et du financement étatiques, ainsi que de la logique coopérative dans la création, par exemple, de l’internet et du wi-fi, jusqu’à l’appropriation des nouvelles technologies par des « dinosaures » privés, comme cela a toujours été le cas dans l’histoire du capitalisme.

« Nous n’allons pas », a-t-il prévenu, « avoir une évolution de ces plateformes collaboratives qui va pousser le système capitaliste dans ses retranchements – bien au contraire. La seule façon pour que ce type d’effort coopératif n’ait pas le résultat de, disons, l’entreprise de Robert Owen au 19ème siècle, est l’action politique de partis et de mouvements qui, en utilisant la connaissance que ces plates-formes peuvent être plus efficaces que les plates-formes capitalistes, affronteront sans relâche la manifestation politique, juridique et économique du carcinome qu’est la propriété privée. » Il a identifié l’utilité du débat à cet égard dans la prise de conscience que le progrès technologique n’est pas identique au capitalisme.

La participation animée du public au débat a démontré l’intérêt que suscite la question et, en fin de compte, sa criticité politique, encourageant le Centre pour la culture post-capitaliste, Méta, à revenir, élargissant son engagement dans le thème des « biens communs ».

(Photo : Centre pour la culture post-capitaliste, Méta)

Source: Centre pour la culture post-capitaliste (Méta)