Ryma Seermohammadi est une bahá’íe d’origine iranienne, bien qu’elle soit née en Arabie saoudite, et vive en Espagne depuis des décennies : « Je suis un peu de ces trois endroits et de beaucoup d’autres, comme nous le sommes tous », confie-t-elle.

Avec Ryma, nous avons parlé des Droits Humains en Iran, de son travail pour rapprocher des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées, de la manière de créer une communauté, de s’appuyer sur la bonté et les petits gestes… Vous pouvez voir tout cela dans la vidéo que vous trouverez à la fin de ce résumé de l’interview.

Sur la situation des Droits Humains en Iran, pour les bahá’ís et en général…

Une situation dramatique est en train de se dérouler. Il y a quelques semaines, en novembre, une sorte de tribunal s’est tenu à Londres pour recueillir les témoignages des proches de personnes qui se trouvaient dans la rue lors des événements d’il y a deux ans… Ils étaient descendus dans la rue pour protester contre l’augmentation du prix du carburant, ça s’est envenimé et le gouvernement iranien a supprimé le service internet… mais des images ont commencé à se répandre sur les réseaux sociaux montrant la police secrète tirant directement sur les gens qui étaient dans la rue, certains n’étaient même pas des protestataires, ils se rendaient simplement d’un endroit à un autre. Amnesty recense plus de 400 noms de personnes, avec noms et prénoms, mais les organisations internationales s’accordent à dire que le nombre de personnes est supérieur à 1 500.

Ceci, ainsi que les dernières condamnations d’un groupe de bahá’ís à Shiraz, s’élevant à 14 ans de prison pour six jeunes hommes… L’un d’entre eux, par exemple, a été condamné pour être allé donner des leçons de piano à des enfants de la rue qui n’auraient pas eu les moyens d’aller dans une école de musique, et la condamnation a eu lieu curieusement le jour de la Journée internationale du Pianiste, ce que beaucoup ont commenté sur les réseaux sociaux.

Récemment, on a également vu des images d’une paysanne descendre et crier contre deux officiers venus confisquer ses terres.

Les médias sociaux, heureusement, peuvent nous montrer ce genre de nouvelles qui s’accompagnent d’images pour asseoir leur crédibilité, car beaucoup de gens peuvent ne pas croire de telles nouvelles

La situation ne cesse de se dégrader, non seulement en termes de droits humains mais aussi à l’intérieur du pays ou pour l’environnement. La vente par l’Iran de nombreuses ressources naturelles au gouvernement chinois, la sécheresse du pays et les niveaux élevés de corruption font de l’Iran l’un des pays les plus pauvres du monde actuellement, malgré son pétrole et son gaz naturel.

Ryma mène un large éventail d’autres activités qu’elle inscrit dans ce qu’elle décrit comme « la voie du développement et du changement social en tant qu’aspect central de nos vies »

La question du développement social doit être accompagnée d’un processus d’évaluation continue afin de pouvoir extraire ce que le chemin de l’action nous enseigne, pour savoir comment progresser. Le plus grand défi est la création d’une communauté.

Quant à son processus personnel…

À un moment donné, j’ai senti qu’il était nécessaire de faire connaître la culture iranienne et faire en sorte que les gens se sentent proches de ce qui est inconnu, et que la connaissance et l’approche par le biais d’ateliers ou de conférences pouvaient contribuer à créer ce lien émotionnel entre les gens.

Le défi actuel est d’abattre ces murs qui séparent les gens, de créer des environnements où les gens peuvent se parler et se rendre compte qu’il y a de nombreuses façons de créer ce rapprochement, mais de manière fondamentale. S’il fallait choisir quelques concepts ou éléments importants, ce serait l’amour de l’autre, ne pas le voir comme un étranger. Voir que nous sommes interconnectés et que ma prospérité dépend de la prospérité de l’autre.

Eléments fondamentaux pour la résolution des conflits

Peut-être l’empathie et le sentiment que nous faisons tous partie d’un grand corps comme l’a souligné le prophète de la religion bahá’íe. Il a dit que l’humanité est comme un corps, et pour que ce corps fonctionne, grandisse, et remplisse le rôle pour lequel il a été créé, toutes les parties du corps doivent aller bien.

L’expérience du virus a montré à quel point nous sommes tous interconnectés.

Comment elle organise les ateliers et qui y participe, ce qu’elle fait exactement

Elle connaît des gens grâce à son travail, se lie d’amitié avec eux et propose de donner des ateliers sur sa spécialité à des personnes d’autres régions du monde qui pourraient être intéressées… c’est aussi simple que cela.

Sur le sens de l’existence de l’humanité…

Le sens de la vie est de venir ici et de pouvoir faire quelque chose pour que le monde change et devienne un lieu un peu meilleur.

Nous sommes ici pour un développement mental, physique et moral-spirituel, les trois parties doivent porter des fruits, et quand elles le font, tout a un sens.

A propos des personnes qui lui ont servi de références

Mes parents ont quitté l’Iran quand ils étaient tous deux jeunes. Ils sont partis en Arabie, ils auraient pu rester en Iran et avoir eu une situation suffisamment confortable. Ma mère a toujours cherché des moyens de montrer aux femmes de son époque l’importance de l’éducation pour pouvoir apporter quelque chose à la société, et pas seulement le rapport et l’indépendance économique… et son attitude n’était pas du tout paternaliste. Il n’y avait pas ce regard selon lequel l’autre est un étranger. Cela m’aide beaucoup à de nombreux moments de ma vie.

Un autre référent pour moi est ‘Abdu’l-Bahá (dont on célèbre actuellement le centenaire de la mort). Une personne injustement emprisonnée pendant 60 ans, sort de prison et on ne voit dans aucune de ses interactions dans les nombreuses conférences qu’il a données, dans ses conversations avec les autres, une quelconque haine, aversion ou vengeance envers ce gouvernement ou cet endroit qui l’a envoyé d’un lieu à l’autre pendant tant d’années.

La bonté comme source d’inspiration pour la création d’une communauté

Ces deux-là, ma mère et ‘Abdu’l-Bahá, répondent à de nombreux défis du monde dans lequel je vis actuellement. Ils me donnent beaucoup d’inspiration… De plus, pour réaliser ce changement, je pense que l’un des éléments est d’apprécier la bonté de chacun et de s’en inspirer.

Pour voir la vidéo ( 27′ 10′′ ) sur un ordinateur avec les sous-titres en français : 1. Cliquez sur l’icône Sous-titres (rectangle blanc en bas à droite de la fenêtre du lecteur vidéo). 2. Cliquez sur l’icône Paramètres (roue dentée en bas à droite), puis cliquez successivement sur Sous-titres, puis sur Traduire automatiquement. 3. Dans la fenêtre qui s’ouvre, faites défiler la liste des langues et cliquez sur Français.

 

Traduction d l’espagnol, Ginette Baudelet