« La valeur n’est pas un prix » est le titre de la revendication (et non de la pétition) que change.org nous a aidé à diffuser en Italie à partir du 20 novembre (voir https://chng.it/p8w8y4qP) : un renversement de la perspective humaine « Nous voulons l’eau comme un bien commun public dans le monde entier et en dehors de la Bourse ».

Ce qui est un grand encouragement, ainsi qu’une grande satisfaction, c’est qu’en seulement 15 jours, à partir du 20 novembre, près de 50 000 femmes et hommes de notre pays ont apposé leur signature pour renverser les croyances culturelles et sociales et les choix économiques et politiques qui prévalent aujourd’hui.

Tout d’abord, un renversement des critères de définition de la valeur des choses, de la vie. Les signataires ont rejeté la croyance imposée par les groupes sociaux dominants selon laquelle le prix du marché définit la valeur d’un arbre, d’un vaccin, de la connaissance scientifique, de l’innovation sociale, d’un troupeau de moutons, d’un footballeur, d’un ouvrier d’usine à Aia, d’un enseignant d’école primaire, d’un m³ d’eau potable… Soutenir l’idée que le prix de l’eau, ressource naturelle essentielle à la vie, ne peut être réduit au prix de la propriété et de la consommation, est une gifle pour les partis dominants. Ils ont imposé la thèse selon laquelle il n’existe plus de droits à l’eau, à la santé, au logement, à l’éducation, à la liberté… mais la capacité d’accéder à l’eau, à la santé, au logement, à l’information numérique sur une base équitable et abordable. Selon eux, un prix est « abordable », notamment en ce sens qu’il doit permettre un niveau de profit « équitable » pour le capital investi !

Deuxièmement, un bouleversement de la dimension historique de la vie comme point de départ pour définir et réorganiser les relations entre, dans un court laps de temps, les 9 milliards de personnes qui habiteront la Terre et les autres milliards d’êtres vivants (microbes, plantes, animaux), beaucoup plus nombreux.

La demande soutient que l’eau doit être traitée comme un bien commun mondial, et pas seulement européen, russe, africain-subsaharien, moyen-oriental, américain, italien, kenyan, bengali, costaricien, israélien ou turc. En signant, les citoyens ont exprimé une conscience nouvelle et concrète de la condition humaine, à savoir le caractère effectivement global de la communauté d’existence et l’avenir de la vie sur Terre.

L’eau est mondiale, tout comme doit l’être (nous devons l’apprendre) la gouvernance de la politique de l’eau, qui est aujourd’hui entre les mains des groupes oligarchiques des grandes multinationales de l’eau et, en mettant l’eau en bourse, des fonds d’investissement spéculatifs mondiaux. En outre, les signataires ont adhéré à l’affirmation selon laquelle l’eau est un bien public mondial commun. Il faut être soit téméraire soit délibérément convaincu pour revendiquer un tel choix à une époque où les groupes sociaux dominants ont réussi à démolir le concept de public (en particulier l’État). L’eau publique a été éliminée du langage courant et fait de moins en moins partie du récit éthique, social et politique de la vie.

Ainsi, chose qui semblait impossible, les signataires ont désavoué le principe accepté par de nombreux gouvernements et autorités publiques selon lequel on ne peut pas lutter contre la prise de contrôle globale de la vie par la finance privée. Pour beaucoup, remettre en cause le pouvoir de la finance privée et en particulier des opérateurs boursiers est irréaliste et vague, comme Don Quichotte. Eh bien, près de 50 000 femmes et hommes en Italie ont entamé une nouvelle bataille.

Depuis le 25 octobre, la bataille est devenue encore plus nécessaire et plus dure. Sous la pression et à l’initiative du fonds d’investissement le plus puissant du monde, Black Rock, la Bourse de New York (« Wall Street ») a décidé de créer une nouvelle classe d’actifs financiers, les Actifs Naturels, gérés par une nouvelle catégorie de sociétés, les NACs (Natural Assets Companies). Selon la proposition de Black Rock, il s’agit de gérer à terme 30% du monde naturel de la Terre à travers les mécanismes des transactions financières en bourse, le fameux « nature pricing ». La vie transformée en actifs financiers ! Quel beau projet.

Les 50 000 signatures sont une belle bouffée d’oxygène culturel et politique pour « redonner » un sens « spirituel », éthique et social à la vie. Ils représentent une petite étape d’un long voyage collectif dans le monde entier sous la bannière « la valeur n’est pas un prix ».

 

Ce texte est dédié aux centaines de personnes qui, du Piémont à la Sicile, ont collaboré à la campagne de collecte de signatures « Libérez l’eau de la Bourse » sur change.org. Je voudrais simplement mentionner mes amis Elena Mazzoni, Maurizio Montalto, Luca Cecchi, Marinella Nasoni, le Monastère du Bien Commun, les Mères NoPfas, Roberto Savio, Pax Christi, Animal Safe Italia, Nicola Perrone, Guido Barbera, Alfio Foti, Roberto Morea, Roberto Musacchio, Rifondazione Comunista, Emanuele Villa Marco Job, Antonio Bruno.