Le 26 octobre sera retenu comme le jour au cours duquel la loi sur l’étiquetage sur le devant des emballages des produits alimentaires est enfin adoptée. Cela permet de faire quelque chose qui semblait utopique : faire en sorte que les gens sachent ce qu’ils consomment et qu’ils puissent décider ce qu’ils veulent manger. Miryam Gorban, 89 ans, la personne la plus citée et la plus louée lors de la session parlementaire regardait tout cela depuis les tribunes. Elle se bat depuis plus de trente ans pour ce type de sujets qu’elle résume sous un concept : la souveraineté alimentaire.

Par lavaca.org

Le jour suivant, elle déclare à lavaca.org : « Comment s’est passée la nuit dernière ? Très bien parce que j’étais au Congrès durant de longues heures et je suis heureuse d’avoir gagné une nouvelle bataille ».

Miryam est nutritionniste, coordinatrice et membre de la Chaire de la Souveraineté Alimentaire de la Faculté de Médecine de l’Université de Buenos Aires, Docteur Honoris Causa à deux reprises, et titulaire du Diplôme d’Andrés Carrasco en Journalisme et Communication environnementale.

Que faut-il retenir de cette nouvelle loi : « Une maman ou n’importe quelle personne, n’aura plus besoin d’avoir une loupe ou un télescope pour savoir ce qu’elle mange. Les étiquettes indiquant des avertissement en noir sont conçues pour que même les analphabètes puissent décider. Chaque personne, chaque mère, chaque famille, et même chaque enfant, pourra choisir les meilleurs aliments et ceux qu’il préfère ne pas manger, car ils contiennent des graisses, des sucres et tout ce que l’industrie peut ajouter dans ces produits.»

Miryam a toujours souligné que l’industrie produit des OCNIS (objets comestibles non identifiés) dans lesquels le manque d’information est inversement proportionnel à l’excès de malnutrition. « La conséquence du passé est d’être conscient et de savoir ce que l’on mange. L’industrie agro-alimentaire est une industrie très opaque, où de nombreux intérêts et conflits sont entrelacés. Ce fut une bonne bataille, et il y a eu de bonnes interventions et de bons arguments de la part des députés ».

Le résultat du vote est le suivant : 200 pour, 22 contre et 16 abstentions. « Il y a quelques années, cela aurait été totalement impensable. C’est d’autant plus vrai dans notre pays. Le fait que l’État réglemente l’industrie alimentaire est quelque chose de fondamental et de nouveau, surtout du point de vue de la santé publique. De nombreuses briques ont été posées dans cette construction, et elle continue de croître ».

La nouvelle loi vise à prévenir la malnutrition au sein de la population : il ne s’agit pas seulement de malnutrition (manque de nourriture) mais aussi de l’accès à une nourriture qui ne nuit pas à la santé dans un pays où l’INDEC (Institut National et Statistique et de Recensement) a calculé que plus de 61% de la population est en surpoids (dont 25,4% souffrant d’obésité), un problème qui se reflète également chez les enfants.

Un autre sujet économiquement incalculable : la prévention des maladies chroniques non transmissibles comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer, les maladies respiratoires et rénales chroniques entre autres, qui dans de nombreux cas sont causées par une malnutrition permanente et qui affectent particulièrement les tranches les plus pauvres de la population.

Les étiquettes octogonales noires apposées sur les aliments et les boissons occuperont au moins 5 % de la surface de la face avant de l’emballage et indiqueront les niveaux élevés de « nutriments critiques » (graisses totales, graisses saturées, sodium, sucres, calories), conformément aux définitions du profil nutritionnel de l’Organisation Panaméricaine de la Santé.

Par ailleurs, la publicité pour les produits portant au moins une de ces étiquettes sera interdite, principalement ceux destinés aux enfants, qui sont devenus les nouveaux destinataires et objets des industries agro-alimentaires.

La loi établit également qu’il n’y aura plus de personnages d’enfants, de dessins animés, de célébrités, d’animations, de sportifs ni aucune publicité dérivée, ni aucun cadeau, récompense, accessoire, jeu, événement, ni tout l’attirail habituel pour inciter à la consommation de ces aliments, qui ne pourront même pas être offerts en cadeau.

Ces aliments industriels seront également interdits dans les écoles. Les distributeurs devront offrir des produits plus sains. Il est incroyable que cela n’ait pas été mis en œuvre avant, mais au moins c’est en vigueur désormais.

Myriam : « Ces étiquettes entraînent un changement automatique dans les habitudes de consommation des gens. On l’a déjà vu au Chili, et on l’observe également au Mexique et dans plusieurs autres pays du continent. Personne ne veut manger quelque chose qui n’est pas bon pour lui. L’idée est aussi d’éviter la publicité mensongère qui sème la confusion depuis tant d’années. Les œufs contenant des jouets et ce genre de pièges ne seront plus autorisés. Voici ce qu’est aussi la Souveraineté Alimentaire, après tant d’années d’intervention avec les Chaires Libres, avec des rapports, avec des actions ».

Miryam souligne que le 3 novembre, à la porte du Congrès, était présente l’Union des Travailleurs de la Terre (UTT) qui, avec leur cueillette de fruits et légumes, a contribué à rendre visibles ceux qui produisent réellement une grande partie des aliments que la société consomme. L’UTT demande également une loi sur l’accès à la terre, afin que les familles aient la possibilité d’acheter les parcelles sur lesquelles elles produisent des légumes et qui sont très souvent agroécologiques : sans pesticides ni poisons d’aucune sorte.

Miryam ajoute : « Il y avait une vieille publicité pour les cigarettes qui disait : Qu’y a-t-il derrière une Caravana ? Aujourd’hui, nous devons nous demander ce qui se cache derrière un aliment comestible. C’est pourquoi cette loi vise également ce que nous avons toujours mis en avant : une alimentation saine, sûre et souveraine ».

Y a-t-il eu une propagation d’une nouvelle perspective sur la nourriture ? Le premier communiqué de MU sur Miryam (en 2012) la présentait avec un couteau entre les dents et un immense sourire. Cela montre sa détermination à mener les combats nécessaires et la joie qu’elle a su transmettre dans chacune de ses interventions.

Miryam : « Il y avait beaucoup de travail, l’activation des réseaux, l’interdisciplinarité des Chaires Libres, il y avait davantage d’informations. Tout cela a contribué à faire évoluer l’éducation alimentaire. Les communiqués de presse, les actions, tout cela a contribué à faire passer le message. »

Tous ces résultats sont le produit d’un grand mouvement social que Miryam a contribué à semer. C’est un leader, mais elle ne se considère jamais comme telle. Elle est une sorte de grande cuisinière qui a mélangé des ingrédients et des actions pour atteindre un objectif qui mêle alimentation, culture, technologie, société en mouvement, amour et avenir.

En guise d’hommage, et pour mieux la connaître, cet article qui explique en partie comment la souveraineté alimentaire et la sensibilité envers ce que nous mangeons en sont venues à faire partie de l’actualité.

 

Traduction de l’espagnol, Frédérique Drouet

L’article original est accessible ici