La gestion de la crise sanitaire au niveau mondial met en lumière en les accentuant un certain nombre de récits sur le moment civilisationnel que nous traversons et que l’on peut qualifier de passage, quelle que soit la suite de l’histoire.

Je présente dans le texte ci-dessous quatre récits sur la situation actuelle. Chacun représente un système de croyances, c’est-à-dire une version de l’histoire qui donne du sens et de la perspective à ce qui se passe autour de nous. Chacun de ces récits agit de plus en plus comme s’il détenait la vérité en espérant triompher.

Quelle que soit l’issue de cette crise, il faudra reconstruire les dégâts de l’immaturité collective dans laquelle nous nous trouvons. Il faudra de toute façon réapprendre à faire société ensemble car on ne construit pas une société sur la division et l’humiliation des « vaincus », ce vers quoi nous allons si nous n’y prenons garde. Pour y parvenir, notre démocratie et nos façons de construire du consensus et du dissensus doivent changer radicalement.

Une porte ouverte pour apprendre à faire évoluer nos sociétés dans la paix.

 

1. Les quatre récits

Le premier récit, que je résume dans les grandes lignes, ressemble peu ou prou à l’histoire suivante :

Un virus inconnu frappe durement l’humanité. Il faut assurer au plus vite une réponse appropriée qui permette de sauver des vies et d’assurer un retour à la normale. La science, en laquelle nous pouvons avoir confiance, nous propose des solutions rapides via la vaccination qu’il faut mettre en œuvre sans attendre. C’est un immense progrès que de pouvoir en un temps si rapide proposer des solutions médicales à une crise sanitaire de telle ampleur. Les autorités font ce qu’elles peuvent pour gérer cette situation difficile et aucun pays n’a de solution miracle. Il faut se mobiliser urgemment, tous ensemble, pour éradiquer le virus, empêcher l’engorgement des hôpitaux et faire confiance aux autorités pour gérer la crise. Ceux qui ne le font pas font preuve de manque de civisme et mettent en danger la vie d’autrui. Les mesures actuelles du gouvernement sont justes et proportionnées à la gravité de la crise. Elles ne créent pas de danger pour la démocratie, ni de société de surveillance, car elles sont provisoires. Si certaines d’entre elles devaient subsister pour nous protéger, cela ne serait pas un problème, à condition d’être encadrées. Si fracture de la société il y a, c’est bien du fait de ceux qui refusent les mesures justes du pass sanitaire.

Ce récit est celui de ceux qui n’ont pas d’objection au pass sanitaire et de ceux qui sont pour la vaccination obligatoire.

Il regroupe selon moi une minorité de fervents partisans et vraisemblablement une grande majorité de personnes qui adopte ce récit par défaut plus que par conviction, en espérant pouvoir revenir au plus vite à la « normale »

Qu’en est -il des principales architectures invisibles qui le sous-tendent ?

– Confiance globale dans le système actuel (science, autorité, démocratie)

– Besoin de protection et de sécurité dans un contexte anxiogène d’incertitudes multiples

– Espoir qu’après la crise nous reviendrons assez rapidement, peu ou prou, au monde d’avant

– Peur de la pandémie et du virus

– Peur de la remise en cause et de l’effondrement du système, qui pourrait conduire au chaos

– Peur des récits alternatifs, qui pourraient saper la démocratie et faire le lit des extrémismes (complotisme, droite extrême, groupuscules troubles…)

Ce premier récit produit une situation duelle : d’un côté les bons citoyens, de l’autre les mauvais. Il s’agit d’un récit conservateur, au sens de la non remise en cause et du maintien des références du système en place.

 

Le deuxième récit, très résumé ci-dessous, est fondamentalement une variante critique du premier :

Un virus inconnu frappe durement l’humanité. Il faut s’interroger sur les causes profondes de cette pandémie et notamment sur la déstabilisation écologique dramatique des systèmes vivants qui favorise l’apparition de déséquilibres en tous genres.

Il faut assurer une réponse appropriée qui permette de sauver des vies. La science, en laquelle nous pouvons avoir confiance, nous propose des solutions alternatives qu’il faut étudier sérieusement. La vaccination, pas encore stabilisée et en AMM conditionnelle, est seulement une de ces alternatives parmi les nombreuses réponses médicales possibles.

Les relations troubles, les conflits d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques, les contenus des contrats, notamment sur les aspects financiers et les aspects de responsabilité, doivent être rendus publics. Les vaccins et le système de soins devraient être considérés comme des biens publics et proposés gratuitement, ou presque, à tous.

La situation critique de l’hôpital public et des urgences est davantage le reflet d’une politique obstinée de réduction des dépenses publiques que le fait de la crise.

Les autorités gèrent cette situation de façon confuse, inappropriée et dangereuse pour les libertés publiques. Elles divisent le pays en installant une vaccination obligatoire déguisée et une ségrégation de fait entre les citoyens. Elles installent une dérive dangereuse vers une société de contrôle et de traçage.

Ce récit est celui de ceux qui sont contre le pass sanitaire et en faveur de la vaccination mais avec liberté de choix.

Il regroupe selon moi des personnes déjà critiques sur de nombreux sujets (écologie, économie, libertés publiques…) et en faveur d’une alternative politique plutôt progressiste.

Qu’en est-il des principales architectures invisibles qui le sous-tendent ?

– Une confiance critique dans le système actuel avec propositions d’évolution (économie, écologie, démocratie, science)

– Un besoin de protection et de sécurité à équilibrer avec celui de liberté

– L’espoir qu’après la crise nous pourrons faire évoluer les choix politiques actuels

– La peur de la pandémie et du virus

– La peur de la mainmise des systèmes financier et oligarchique

– La peur des récits alternatifs qui pourraient saper la démocratie et faire le lit des extrémismes (complotisme, droite extrême, groupuscules troubles…)

Ce récit déplace la dualité sur un autre plan : il y a le peuple d’un côté et de l’autre ceux qui profitent de leurs positions dominantes ou d’influence pour orienter la démocratie dans leur propre intérêt. Il s’agit d’une variante de récit de la lutte des classes ou des intérêts en conflits.

 

Le troisième récit installe un changement de paradigme dans la grille de lecture de la situation.

Les points clés de ce récit, avec plusieurs variantes, prennent leur origine dans le sentiment d’une instrumentalisation de la crise de la part des gouvernements qui manipulent, usent et abusent de la peur et de la désinformation, et refusent de répondre à un certain nombre de questions cruciales, notamment :

– L’origine du virus : ce récit insiste sur l’absence manifeste de volonté des autorités de faire aboutir les recherches à ce sujet. L’hypothèse prise très au sérieux est celle d’un virus échappé, voire pour certains, artificiellement créé en laboratoire.

– La réalité de la pandémie : les chiffres des décès covid, une fois corrigés des accroissements et vieillissements naturels de population, ne montrent pas de réelle surmortalité. Au pire ils laissent apparaitre une mortalité supérieure avec diverses comorbidités pour les populations très âgées. Les chiffres annoncés sont donc le reflet d’un biais cognitif qui vise à donner de l’importance à certains indicateurs et hypothèses, hors tout contexte réel.

– La gestion médicale de la pandémie : l’éviction incompréhensible et injustifiée des divers traitements médicamenteux validés en dehors de France (Ivermectine, Hydroxychloroquine, etc.) montre une volonté déterminée du tout vaccinal.

– La vaccination Covid 19 : peu efficace (et plus cela avance, plus cela se confirme), dangereuse, non homologuée, qui présente des effets secondaires jamais atteints dans l’histoire récente et qui transforme les humains en cobayes, avec des injections régulières s’installant dans la durée compte tenu des variants favorisés par la vaccination massive.

– Le contenu des vaccins : inconnu, avec de fortes suspicions sur la thérapie génique, qui n’offre aucune garantie prouvée scientifiquement, et la présence de substances soupçonnées, telle, par exemple, l’oxyde de graphène qui pourrait être activé grâce à des champs électromagnétiques de type 5G.

– La gestion politique de la pandémie installe un régime autoritaire, privatif des libertés publiques, et prépare le terrain pour un projet transhumaniste plus global en vue de contrôler plus encore les populations.

Ce récit regroupe selon moi ceux qui sont contre le pass vaccinal, pour la liberté du choix vaccinal, mais aussi ceux qui sont contre la vaccination en général. Il regroupe également des opposants divers au système, citoyens ou politiques.

Qu’en est-il des principales architectures invisibles qui le sous-tendent ?

– La défiance forte dans le système actuel avec le sentiment d’une volonté orchestrée de prise de contrôle des peuples de la part d’une oligarchie financière et industrielle

– La défiance vis-à-vis d’une science unilatérale qui fonctionne comme une théologie, sans débats, et avec de multiples conflits d’intérêt.

– Le besoin de liberté

– L’espoir qu’après la crise nous pourrons changer radicalement de système politique en nous basant sur une plus grande souveraineté des peuples

– La peur de la mainmise des systèmes financier et oligarchique

– La peur du projet transhumaniste mondialiste

Ce troisième récit met en scène également une approche duelle mais de nature différente : il y a d’un côté le mal, ceux qui veulent notre perte et nous contrôler, et de l’autre le bien qui s’oppose au mal.

Nous quittons le paradigme matérialiste des deux précédents récits, celui de conservateurs et celui des progressistes, pour un récit plus apocalyptique au sens étroit de ce mot.

 

Le quatrième récit est une variante du troisième avec des liens avec le deuxième. Il en reprend les questions restées sans réponses du récit précédent mais donne un autre sens que le combat du bien et du mal et va plus loin dans la transformation potentielle de nos sociétés postérieurement à cette crise.

Ce récit s’interroge sur les questions qui restent sans réponses du troisième récit, sans nécessairement accorder un crédit aux thèses du complot, sans se retrouver non plus dans les appartenances politiques de certains partisans du troisième récit, mais en estimant que l’absence de débat scientifique, politique et démocratique, et les dérives autoritaires qui se mettent en place, suffisent à installer un doute sérieux sur les intentions réelles de nos gouvernements.

Ce récit va plutôt insister sur le moment particulier dans lequel se trouve l’humanité, porteur de grandes possibilités de transformation.

Qu’en est-il des principales architectures invisibles qui le sous-tendent ?

– L’humanité, et plus largement tout le Vivant, l’univers, sont dans un grand passage, en chemin vers une nouvelle dimension à exprimer. Nous sommes dans les prémisses d’un changement d’ère. Le virus et son émergence, comme d’autres grands sujets majeurs pour l’humanité, sont un des moyens que le Vivant nous propose pour nous (r)éveiller collectivement et individuellement.

– Le besoin de redécouvrir ce que nous sommes en tant qu’humanité, de réintégrer nos potentialités et notre souveraineté d’être, en particulier notre essence qui existe sur plusieurs plans de conscience.

– L’espoir que cette crise qui nous touche tous soit prise comme une opportunité, qui permette réellement d’entrer dans un autre rapport à la Vie, et favorise la reconstruction de systèmes sociaux basés sur une nouvelle conscience.

– La peur du projet transhumaniste, qui aurait pour conséquence de maintenir cette humanité dans une trajectoire qui empêche une évolution de la conscience, mais avec un regard qui fait de cet obstacle une opportunité pour les êtres humains de révéler un projet alternatif basé sur le potentiel de transformation de nos consciences.

Cette approche englobe l’approche duelle précédente, avec toutefois la perspective non duelle d’une humanité qui chemine d’ombre en lumière pour se frayer un nouveau passage, à l’image d’une espèce dont la mutation est engagée.

Elle regroupe des personnes engagées depuis longtemps dans des chemins de transformation, dont le nombre croit d’année en année, en dehors de toute doxa ou doctrine, qui ont pris conscience qu’on ne pourra pas résoudre les immenses problèmes qui se posent à nous avec la conscience qui les a créés. Ces personnes, bien qu’ouvertes aux évolutions technologiques et scientifiques, notamment celles des approches quantiques et post matérialistes, croient que les transformations doivent avant tout reposer sur une redéfinition des priorités de notre civilisation en y plaçant au centre l’être, l’amour, la beauté et la coopération avec tous les règnes du Vivant.

Ce récit, moins bien compris et identifié que les précédents, reflète en fait un mouvement de fond relativement nouveau dans le rapport qu’il instaure avec l’invisible, le spirituel et la science, et qui ne se retrouve dans aucune des catégories anciennes.

 

Ces 4 récits peuvent se combiner pour chacun d’entre nous dans des proportions différentes selon les sujets. Ils sont aussi le reflet de notre dialogue intérieur. Nous avons certainement tous en nous une part de conservatisme, de progressisme, de manichéisme et de sagesse non duelle.

Par ailleurs, de nombreuses personnes ne se retrouvent pour l’instant dans aucun de ces récits ou ne se sont pas encore forgé d’opinion.

 

2. Évoluer vers une démocratie intérieure

Chacun des quatre récits porte une perspective différente pour notre trajectoire collective. Par de nombreux aspects plusieurs de ces récits semblent irréconciliables tant les hypothèses et les données de base qui les sous-tendent divergent.

Pourtant, si on considère ces quatre récits avec toutes leurs variantes comme la palette des réactions humaines face à un grand changement, nous avons les clés de passage pour conduire des évolutions majeures démocratiquement.

Le premier récit caricature le besoin de non changement, de stabilité et de peur devant l’incertitude et l’inconnu. Il appelle le besoin d’autorité, de stabilité et de réassurance. Il représente cette partie de nous-même qui a besoin d’ordre et de stabilité.

Le deuxième récit porte la possibilité d’une évolution du système tout en restant dans le paradigme du premier. Il en constitue une évolution systémique puisqu’il envisage la possibilité de traiter les problèmes en élargissant la grille de lecture et les orientations qui déterminent les politiques. Il représente cette partie de nous-même qui veut croire que d’autres mondes sont possibles.

Le troisième récit correspond au besoin de rétablir vérité et justice dans un monde perçu en décomposition, basé sur le mensonge, l’injustice et la manipulation ; il insiste aussi sur la reprise en main du pouvoir d’agir par ceux qui s’en sentent dépossédés et il met en avant les dimensions morale, éthique, et de souveraineté.

Le dernier récit installe la dimension de la transformation de la conscience comme la clé du passage. Il intègre en quelque sorte à un autre niveau les dynamiques précédentes.

Pour tous les changements que l’humanité doit aujourd’hui affronter nous pouvons suivre un chemin basé sur les besoins principaux de chacun des récits :

– Accompagner le besoin de stabilité et la peur de l’incertitude

– Développer l’analyse critique de la situation et les solutions systémiques face aux problèmes

– Réintroduire la possibilité pour les acteurs d’agir sur le système, de retrouver des valeurs et de donner un sens élargi au projet de transformation

– Replacer l’être humain dans toutes ses dimensions au cœur des transformations

Pour l’instant, nous sommes assez loin d’une vision intégrée des quatre récits. Il nous faut préalablement essayer de comprendre, de ressentir et de partager ce qui est en train de se passer.

 

2.1. Écouter, ressentir, comprendre, avant d’espérer dialoguer

Toute personne sensible aujourd’hui au bien commun doit se préoccuper, plutôt que de voir son camp triompher, de comment faire dialoguer ces différentes représentations afin d’éviter la déchirure, déjà bien engagée, du tissu social.

Pour cela, il est plus qu’urgent d’installer un espace qui permette d’écouter et de respecter les représentations, les besoins, les peurs et les espérances de chacune des parties, afin de parvenir à un état des lieux non violent et qui reflète ce que pensent, ressentent et ce en quoi croient les différentes parties.

Cette première étape semble déjà extrêmement difficile tant les esprits ont été (en l’acceptant) montés les uns contre les autres, sans possibilité de marche arrière.

Cet exercice est aussi celui du dialogue intérieur qui écoute et ressent ce que le point de vue de l’autre crée en moi. En écoutant profondément le point de vue de l’autre, je peux tenter de reconnaitre ce qui m’irrite et me dérange, et enclencher un examen riche de découvertes sur mes propres limitations, mes besoins et mes zones de fragilité.

Pour construire un dialogue, il me semble utile de comprendre ce qui se joue pour chacun d’entre nous lorsque nous exprimons nos opinions à partir de nos croyances. Une croyance repose sur des systèmes de représentation (ce qui est vrai, juste et bon pour moi et pour le monde) issus des transmissions de la société, des lignées familiales, mais aussi de l’expérience personnelle qui se forge au fur et à mesure de notre vie. Une croyance repose aussi très largement sur une part inconsciente où sont logés nos peurs, nos besoins (reconnaissance, affection, protection, autonomie…), nos émotions, nos espérances ou absences d’espérance, mais aussi ceux de nos aïeux et des sociétés dans lesquelles nous vivons.

Nos systèmes de croyances sont donc ces architectures invisibles qui guident nos décisions ; ils sont essentiels pour nous permettre de vivre et de trouver un équilibre dans le monde.

Je souligne ici l’aspect invisible ou inconscient pour indiquer que sous un vernis rationnel, nous ne sommes pas toujours très au clair, pour nous-mêmes et encore moins pour les autres, sur ce qui guide nos décisions et nos choix.

Lorsque nous entrons en dialogue véritable, ce sont donc des mondes invisibles et inconscients qui entrent en relation. Nous avons tout intérêt à éclairer au plus loin possible ces zones inconnues afin d’éviter les malentendus, les procès d’intention et les déchirements.

Plus le dialogue, le partage des représentations, l’expression des peurs et des récits peuvent se faire, plus les risques de confrontation s’amenuisent au profit de la recherche d’un nouveau consensus collectif.

Cette préparation du débat démocratique, parce qu’elle s’ouvre sur nos espaces intérieurs, permet d’envisager une toute nouvelle façon de prendre des décisions en commun et de faire démocratie.

 

2.2. Renouveler notre façon de fabriquer du consensus

La capacité d’une société à se renouveler sans violence dépend de la qualité de fabrique du consensus entre les membres de la société.

Le constat largement partagé des élites déconnectées et de l’impossibilité d’apporter des infléchissements à la course folle vers la ruine de la planète témoignent du fait que la fabrique du consensus a été remplacée par la fabrique de la propagande.

Les échéances électorales, parce qu’instrumentalisées sur le court terme, et les solutions prêtes à l’emploi, ne permettent pas d’entrer dans ce type de dialogue citoyen. Les partis politiques et une bonne partie des corps intermédiaires n’ont plus la capacité de l’organiser.

Comment à court terme réussir à faire dialoguer les récits autour de la crise sanitaire afin de fabriquer un nouveau consensus ?

Après avoir réussi à écouter, à ressentir et à comprendre les récits de chacun, il conviendra de choisir et d’approfondir les points les plus litigieux afin de faire progresser les représentations de chacune des parties.

Depuis le début de cette crise, il y a un refus obstiné d’explorer de façon démocratique les différents points de vue sur les hypothèses scientifiques qui ont sous-tendu les décisions politiques. Depuis le début de cette crise il y un refus obstiné de tout point de vue qui contredit le récit officiel.

Il faudra nécessairement revenir sur ces débats qui n’ont jamais eu lieu. Il faudra aussi comprendre les mécanismes qui ont conduit à ce que ces débats n’aient pas lieu. Cela pourrait se faire via des commissions citoyennes indépendantes, à l’instar de la convention citoyenne pour le climat mais en intégrant les dimensions des croyances, des émotions et des représentations. Cette approche irait à l’inverse de l’endoctrinement partisan et serait la meilleure façon de lutter contre les complots et les procès d’intention de toutes sortes.

Ce type de démarche, étendu au niveau national, permet d’entrer par la pratique et par l’expérience dans une toute nouvelle approche du débat démocratique qui sera nécessaire sur les nombreux autres sujets sur lesquels nous devons radicalement changer pour nous donner un avenir.

 

2.3. Imaginer ensemble notre futur

Nous avons besoin de dessiner ensemble notre futur et de remettre en cause pacifiquement et démocratiquement un certain nombre de fondements de notre société. La seule bonne nouvelle des crises à répétition que nous vivons est qu’une majorité de citoyens semble maintenant converger autour de la volonté de commencer à changer profondément de mode de société.

Plus l’espace de création du nouveau sera activé démocratiquement, plus le passage vers un autre modèle pourra se faire en douceur.

Quatre récits qui sont quatre visions du monde, mais aussi quatre espaces à explorer lorsque l’on souhaite accompagner de grands changements.

Notre gouvernement semble avoir choisi le chemin étroit de la pensée unique, de la division et du passage en force pour imposer ses vues. Il y a et il y avait d’autres options. Ceci est très regrettable et s’interroger sur les motivations du gouvernement fera partie du travail de reconstruction qui suivra la crise importante dans laquelle nous entrons. Pour l’heure, il faut craindre que cette attitude ne laisse pas d’autre option à une partie non négligeable de la population que la révolte violente, dont on sait ou cela conduit, ou la désobéissance civile pacifique. S’y ajoute un risque de fuite en avant dans la folie collective dont nul ne sait quelle en sera l’issue.

Est-ce bien ce futur sombre que nous voulons ? Comment des démocrates, conscients des leçons de l’histoire, peuvent-ils laisser s’installer une telle situation ? Où sont nos « sages », depuis que ceux qui en portent le titre ont déserté le rôle politique et moral qui leur incombait au regard de la situation ? Car, nous l’avons bien compris, ce qui se joue en ce moment sur la crise sanitaire, par son ampleur mondiale et par les remises en question qui se profilent sur le fonctionnement de nos démocraties, dépasse largement le simple débat d’idées et engage durablement l’avenir de nos sociétés. Nos politiques, nombre d’intellectuels muets ou sidérés par le changement de cadre conceptuel, ne semblent pas le comprendre. Une part importante des citoyens l’a compris.

A court terme, chacun peut contribuer à la compréhension, au débat et à l’écoute pacifique des différences, et refuser de tomber dans les procès d’intention et les amalgames.

C’est avec un large sursaut citoyen humaniste, tolérant, pacifique et déterminé à éviter le pire mais surtout à préparer le meilleur, que nous devrons compter pour sortir de l’impasse. Un beau projet pour les années qui s’ouvrent devant nous.

Si vous avez pris la peine de lire cet article jusqu’au bout, je vous en remercie. Vous conclurez peut-être que tout cela est bien gentil mais que l’urgence demande qu’un camp gagne sur l’autre ou sur les autres. Vous aurez alors pris le parti de la division et de la séparation de l’humanité en plusieurs catégories.

Peut-être au contraire êtes-vous partagés entre plusieurs récits et avec une compréhension que chaque récit est en fait le reflet d’une partie de vous-même. Vous pouvez alors contribuer à créer des ponts et favoriser le débat, la réflexion, l’évolution des points de vue et l’analyse des informations. Si un seul de ces récits devait l’emporter, au détriment des autres et dans le mépris des autres, nous serions entrainés dans une pensée unique totalitaire.

Nous avons besoin de créer du nouveau. La question n’est plus d’avoir des idées nouvelles, elles sont déjà là. Il s’agit d’apprendre à nous mettre en lien avec nous-même et avec les autres d’une manière radicalement différente et avec une conscience élargie qui ouvre une nouvelle trajectoire pour l’aventure humaine.

 

Avec mes remerciements pour les membres de ma famille, Isabelle, Sarah et François pour leur relecture et mise en page attentive.