Dr. Guillermo A. Karamanian, Consul de la République d’Arménie Occidentale en République Argentine

La République d’Arménie occidentale a vu le jour lorsque le peuple arménien a décidé d’exercer son droit légal internationalement reconnu en 1920 à avoir un État souverain sur son territoire ancestral vieux de 5.000 ans.

Le peuple arménien biblique, historique, indigène et autochtone habitait sa patrie bien avant que l’arche de Noé ne s’échoue au sommet du mont Ararat.

Au cours des millénaires, notre peuple a forgé son destin sur son territoire d’origine, en passant par des moments très différents, du plus long règne que la Mésopotamie ait jamais connu (les années du mémorable Tigran ou Dikran « Le Grand ») au triste moment où nous avons été contraints d’être sujets de l’ignoble Empire ottoman, un sultanat de Turcs venus des steppes d’Asie centrale.

Cette barbarie au sein de la civilisation a perpétré le dit premier génocide du 20e siècle, récemment rappelé et reconnu par l’actuel président des États-Unis d’Amérique Joe Biden.

Malgré les preuves historiques accablantes et bien documentées et les témoignages des survivants, ce crime abominable reste impuni et les héritiers politiques des auteurs le nient impudemment, tout en usurpant le territoire du peuple qu’ils ont anéanti par ce génocide avéré.

Néanmoins, la courageuse nation arménienne n’a pas abandonné, même face à cette lâcheté meurtrière, et a continué à lutter pour ses droits. C’est ainsi que les survivants du terrible génocide, dans le contexte de la Première Guerre mondiale, ont formé la Légion arménienne au sein de la Légion orientale de la Légion étrangère et, sous le commandement du général anglais Edmund Allenby, ont vaincu les Turcs et récupéré la Cilicie, collaborant également à la récupération de la Syrie et de la Palestine par les Alliés.

C’est la Russie qui a été la première à reconnaître légalement le peuple autochtone d’Arménie occidentale et son droit à proclamer son indépendance sur la base de la libre autodétermination des peuples. Après avoir signé un acte d’armistice avec la Turquie le 18 décembre 1917 à Erzincan, l’armée russe ne s’est pas retirée du territoire de l’Arménie occidentale (également appelée « turque » à l’époque) avant que la Russie ne reconnaisse, par un décret daté du 29 décembre 1917, le droit des Arméniens originaires de ce territoire à l’autodétermination jusqu’à ce qu’ils obtiennent leur pleine indépendance.

Enfin, la reconnaissance mondiale tant attendue par le droit international d’un État appelé Arménie est intervenue en 1920, sur la base des six vilayets arméniens de l’Arménie occidentale historique, et avec Erzerum (Karin) comme capitale. Cet État et son gouvernement ont été reconnus de facto (ou de fait) le 19 janvier et de droit le 11 mai de la même année, constituant ainsi l’Arménie comme un Sujet de droit avec Reconnaissance Diplomatique en droit international public.

En tant qu’État internationalement déjà reconnu, le 10 août 1920, le Nobel d’Arménie est invité à signer le traité de Sèvres, où il obtient également la reconnaissance de sa souveraineté par la Turquie.

Les deux États, l’Arménie et la Turquie, se sont soumis à l’arbitrage international du président des États-Unis d’Amérique de l’époque pour définir les frontières occidentales de l’Arménie, c’est-à-dire que les deux États ont sollicité une sentence arbitrale internationale pour définir leurs limites frontalières. Cet acte juridique international a abouti à la sentence arbitrale que Woodrow Wilson a rendue le 22 novembre 1920, déterminant les frontières entre l’Arménie et la Turquie de manière définitive et avec une validité juridique actuelle incontestée.

Cependant, au moment même où la sentence arbitrale internationale a été rendue publique, les événements historiques ont évolué à une vitesse inhabituelle contre les intérêts du peuple arménien, et l’État d’Arménie n’a pas pu s’établir correctement.

En Turquie, une insurrection se souleva contre le sultan, le renversant, et les chefs de la révolte occupèrent par la violence tout le territoire occidental du nouvel État arménien, une usurpation illégale en violation du droit international. Presque en même temps, la création et l’expansion de l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) ont déterminé la soviétisation de la partie orientale du nouvel État arménien, qui n’était pas en mesure de définir ses frontières orientales ni avec l’Azerbaïdjan ni avec la Géorgie, comme le stipulait le traité de Sèvres (article 92).

Ces deux événements simultanés, l’usurpation par la Turquie du territoire occidental et la soviétisation du territoire oriental, ont empêché l’Arménie d’achever la formalisation de son gouvernement et de prendre pleinement possession de cet État.

Ainsi, l’État arménien, qui jouit à ce jour d’une reconnaissance internationale pleine et entière d’une vingtaine de pays, a été contraint de plonger dans une absence involontaire de représentativité historique de 90 ans. Les pays qui ont expressément reconnu l’État arménien sont la Grande-Bretagne (Angleterre, Irlande, Écosse), la France, l’Italie, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Union d’Afrique du Sud, l’Inde, la Belgique, la Grèce, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, les États-Unis d’Amérique, le Japon, le Royaume de Serbie-Croatie-Slovénie (Serbie, Croatie, Slovénie), la République tchèque, la Slovaquie, la Turquie, le Brésil et l’Argentine.

Lorsque l’URSS a commencé à se disloquer, les autorités de l’ancienne République socialiste soviétique d’Arménie, pour des raisons que l’histoire jugera, ne se sont pas déclarées les continuatrices légales de l’État arménien de 1920. Au lieu de cela, elles ont décidé de réclamer leur territoire soviétique (une partie de l’ancienne Arménie orientale) et ont demandé au monde de leur en accorder la souveraineté en reconnaissant un nouvel État arménien.

Le monde a accepté et tous les pays ont rapidement envoyé un ambassadeur à Erevan, la capitale de ce nouvel État.

Ce jour-là, le peuple arménien millénaire, l’une des plus anciennes nations du monde, a été divisé en deux États : 1. le nouvel État arménien reconnu en 1991 et 2. l’État d’Arménie reconnu en 1920, dont les frontières occidentales sont définies et les frontières orientales non encore définies par le droit international.

En outre, le nouvel État arménien a été baptisé « République d’Arménie », utilisant le même nom que l’État qui, depuis 1920, n’était pas représenté mais bénéficiait d’une reconnaissance internationale totale.

Lorsque nous, membres du peuple autochtone de l’État d’Arménie (1920), dispersés dans le monde entier dans l’exil forcé que nous a imposé la Turquie en perpétrant le génocide, avons eu la capacité de prendre conscience de cette réalité en exerçant le droit d’un peuple originel consacré par le droit international, nous avons tout simplement commencé à prendre en charge la reconstitution de notre État, que nous avons rebaptisé RÉPUBLIQUE D’ARMÉNIE OCCIDENTALE.

Les vilayets qui composent l’ancienne Arménie occidentale, Artsakh, Nakhitchevan et Djavak sont une partie inséparable de la République d’Arménie occidentale et, lentement mais sûrement, depuis 2004, le peuple arménien ancestral exerce ses droits légaux internationalement reconnus.

En 2004, dans la ville de Sushi (Artsakh), a été signée la déclaration du droit à l’autodétermination des Arméniens qui sont le peuple autochtone de l’État d’Arménie reconnu en 1920 (l’actuelle République d’Arménie occidentale). En 2011, la constitution, le drapeau et les armoiries de l’État ont été créés et un hymne a été adopté. En 2013, les membres de l’Assemblée nationale (Parlement) de la République d’Arménie occidentale ont été élus lors d’élections démocratiques par vote électronique via Internet. En 2014, le premier président de la République d’Arménie occidentale, Armenag Aprahamian, a été élu et a publié la même année le décret présidentiel n° 12, dans lequel il décrète que la République d’Arménie occidentale est la continuation de l’État d’Arménie reconnu de jure et de facto en 1920. Le 24 juin 2016, le Président, au nom de la République d’Arménie occidentale, a ratifié le Traité de Sèvres par décret présidentiel, conformément aux pouvoirs conférés par la Constitution.

Au milieu de la récente attaque militaire de l’Azerbaïdjan et de la Turquie contre l’Artsakh et une partie du territoire de l’actuelle République d’Arménie, l’année 2021 nous trouve, nous, les membres de l’État de la République d’Arménie occidentale, prêts à affronter la Turquie et l’Azerbaïdjan dans le domaine diplomatique, prêts à exiger d’eux la remise de nos terres ancestrales sur lesquelles nous avons un droit légal international valide, en faisant prendre conscience à notre peuple de cette réalité que la grande majorité ignore, en réalisant une citoyenneté de masse et toutes les actions nécessaires pour continuer notre chemin millénaire à travers le monde, en apportant notre originalité culturelle pour le bénéfice de l’humanité.

Traduction de l’espagnol : Ginette Baudelet