TÉMOIGNAGE PERSONNEL

 

Pour partager une bonne nouvelle ! La semaine dernière, nous avons appris qu’un citoyen coréen, M. Oh Soo-hwan, qui s’était opposé au service militaire obligatoire en raison de ses croyances personnelles en la non-violence et le pacifisme, s’était vu proposer un service utilitaire alternatif. C’est la première fois depuis 1957 sous la Loi sur le service militaire de 1949. On dit que le refus de Mr. Oh était de son propre fait.

En quoi consiste le service militaire obligatoire auquel est confronté le citoyen coréen ?

Je souhaiterais partager ici quelques souvenirs de mes rencontres avec de jeunes coréens qui attendent l’appel au service militaire obligatoire ou avec des jeunes qui en reviennent.

J’ai rencontré Sam en 2015 alors que je cherchais un nouveau lieu de travail à Namyangju, ville où je n’étais encore jamais allé. Sam était un jeune dirigeant dynamique, positif, pragmatique et prêt à aider quiconque avait besoin d’aide pour se faire comprendre, ce qui est une aide très précieuse si vous visitez cet endroit pour la première fois. Nous nous sommes très vite entendus et sommes devenus amis. Même si nous vivons loin l’un de l’autre, nous nous voyons de temps en temps. J’ai été invité à son mariage et à voir sa nouvelle maison. Sam et sa famille viennent voir mes expositions artistiques. Alors que j’avais été invité à rendre visite à sa famille, on m’a dit que le frère ainé de Sam était en train de purger une peine de prison en raison de leur appartenance religieuse. Sa famille sont des témoins de Jéhovah, ils ne croient pas en l’armée et ne veulent pas la servir. On les nomme parfois objecteurs de conscience.

Selon un rapport du New York Times du 24 octobre 2020, « la Corée du Sud a emprisonné plus d’objecteurs de conscience que n’importe quel autre pays ». Une source indique que près de 19.000 Coréens, la plupart témoins de Jéhovah, ont purgé des peines de prison pour avoir refusé de faire leur service militaire.

J’étais choqué et très surpris que ce genre de choses existe en Corée. J’ai demandé à Sam si cela pouvait aussi lui arriver. Il a juste répondu qu’avant son frère, son père s’était trouvé dans la même situation et avait été emprisonné pendant 18 mois. Si la même chose venait à lui arriver, il n’aurait pas été étonné. Il a également un frère plus jeune qui se trouve en Chine. Sur le chemin, Sam a mentionné quelque chose comme ça : sauf si le tribunal se prononce contre, ou si un service alternatif est mis en place, il pourrait se retrouver en prison. Cette conversation a réellement mis mes émotions à rude épreuve. Même si la peine de prison est exécutée, cela ne s’arrête pas là : la personne a un casier judiciaire qui la suit toute sa vie, et cela peut rendre difficile la recherche d’un emploi.

En résumé, et depuis, je me suis renseigné sur le service militaire et je demande à tous les hommes que je rencontre s’ils ont déjà fait leur service militaire ou s’ils attendent d’être appelés. Honnêtement, pour le moment je n’ai jamais rencontré un seul Coréen qui m’a dit l’avoir fait. Je vois sur leur visage un regard de détresse. Après tout, c’est obligatoire. Certains sont exemptés : athlètes, musiciens, artistes. Dernièrement quelques artistes de K-Pop ont obtenu un délai supplémentaire de deux ans. Et puis, cette année, l’un de nos amis artistes proches a commencé son service militaire. C’était un artiste émergent qui aidait beaucoup à la promotion des arts visuels à Séoul.

En 2018, une décision de justice a reconnu le besoin d’avoir un service alternatif au service militaire obligatoire. En décembre 2020, l’assemblée nationale coréenne a fait passer une nouvelle loi qui permet un service alternatif de trois ans pour les objecteurs de conscience. Mon ami Sam faisait partie de ceux qui étaient en faveur de cette nouvelle loi, et il pourrait être appelé à faire un service alternatif au lieu du service obligatoire en mai 2021.

Je souhaite le meilleur aux 942 personnes qui ont eu la permission d’effectuer un service alternatif au lieu du service militaire. Mon ami Sam et M. Oh en font partie et font partie de ce développement historique du service militaire en Corée.

 

Traduction de l’anglais : Frédérique Drouet