Alors que le Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires va bientôt entrer en vigueur, la version mise à jour du Rapport de contrôle sur l’interdiction des armes nucléaires est publiée.
Les yeux sont braqués sur l’Europe : le traité interdisant les armes nucléaires entre en vigueur

L’Europe est la région dans laquelle se trouve la plupart des pays qui sont en conflit avec le Traité des Nations Unies sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) qui entrera en vigueur le 22 janvier 2021. Alors que la plupart des pays dans le monde peuvent faire partie et respecter le TIAN sans avoir à faire de modifications de leurs politiques et pratiques actuelles, l’édition 2020 du rapport de contrôle sur l’interdiction des armes nucléaires montre que 42 états ont actuellement des conduites non compatibles avec la nouvelle interdiction des armes nucléaires. «Tout état peut signer le TIAN, mais ces 42 états devraient procéder à plusieurs modifications de politiques et pratiques s’ils voulaient se conformer aux exigences du TIAN » indique Grethe Lauglo Østern, éditrice du rapport de contrôle sur l’interdiction des armes nucléaires 2020 et consultante de la Norvegian People’s Aid (NPA).

Les experts légaux du rapport de contrôle sur l’interdiction des armes nucléaires ont démontré que neuf états dotés de l’arme nucléaire (la Chine, la France, l’Inde, Israël, la Corée du Nord, le Pakistan, la Russie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis) ne respectent manifestement pas le TIAN, et 33 états qui ne possèdent pas l’arme nucléaire eux-mêmes ont des conduites qui ne respectent pas le Traité. 27 d’entre eux sont des pays européens.

L’Albanie, la Biélorussie, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la République Tchèque, le Danemark, l’Estonie, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Islande, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, le Montenegro, les Pays-Bas, la Macédoine, la Norvège, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, l’Espagne et la Turquie sont tous des pays qui soutiennent et encouragent la possession d’armes nucléaires, ce qui est interdit par l’article 1(1)(e) du TIAN. Ils le font de diverses manières, en stockant des armes nucléaires sur leur territoire, en participant à des exercices d’attaques nucléaires, en apportant du support logistique et technique qui permet de tester des missiles à capacité nucléaire, en développant, produisant et faisant la maintenance de composants essentiels pour les armes nucléaires, et en approuvant des doctrines, politiques et déclarations pour les armes nucléaires.

« Il est clair que l’Europe doit bien regarder ce qu’il se passe maintenant que le TIAN entre en vigueur et que les armes nucléaires deviennent illégales, même si les états dotés de l’arme nucléaire ne le rejoignent pas à court terme. Avant les négociations du TIAN, on portait que peu d’attention aux agissements des pays non dotés de l’arme nucléaire qui pouvaient soutenir l’armement et empêcher le désarmement nucléaire. Cela va changer » indique la secrétaire générale de la NPA Henriette Westhrin.

Elle poursuit : « les états membres du TIAN peuvent rester dans des alliances et des coopérations militaires incluant des pays dotés de l’arme nucléaire. Ils peuvent continuer à participer à des opérations, des exercices et des activités militaires tant qu’aucune arme nucléaire n’est utilisée. Même si c’est politiquement difficile, être membre d’une alliance et adhérer au TIAN est totalement compatible. »

En dehors de l’Europe, l’Arménie, le Japon et la Corée du Sud pour l’Asie, le Canada pour l’Amérique, l’Australie et les Îles Marshall pour l’Océanie sont les pays non dotés de l’arme nucléaire qui soutiennent et encouragent la détention d’arme nucléaire.

Le TIAN codifie les normes et les actions nécessaires à la création et la pérennité d’un monde sans arme nucléaire. L’impact du Traité se verra petit à petit et dépendra de la manière dont il est accueilli et mis en œuvre par chaque pays.

Selon le rapport de contrôle sur l’interdiction des armes nucléaires, le TIAN est soutenu dans toutes les régions à l’exception de l’Europe où 31 pays sur 47 refusent de rejoindre le Traité. Deux semaines avant l’entrée en vigueur du Traité, 70% des pays du monde (138 pays) soutiennent le TIAN.

 

« 51 états font déjà partie du Traité et 37 l’ont signé mais pas encore ratifié. On approche une situation où la moitié des pays auront accepté des obligations légales internationales contraignantes sous couvert du TIAN », indique Østern.

Le contrôle de l’interdiction des armes nucléaires rapporte que 50 autres pays sont des « supporters ». Beaucoup de ces pays ont déjà commencé le processus pour rejoindre le Traité, parmi eux Andorre, l’Érythrée, la Mongolie, la Nouvelle Guinée et la Sierra Leone.

17 pays dans le monde sont indécis à propos du TIAN. Parmi eux, l’Arménie et la Biélorussie qui ont conclu des accords de dissuasion nucléaire étendus avec la Russie. 42 pays sont opposés au Traité, certains plus que d’autres. Mais des discussions sur le bien-fondé de ce nouveau Traité ont lieu dans plusieurs de ces pays.

Cliquer ici pour télécharger le rapport de contrôle sur l’interdiction des armes nucléaires 2020

 

Traduction de l’anglais, Frédérique Drouet