Le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a des racines profondes et régionales. Chaque fois qu’une vie est perdue dans le conflit, les positions des deux parties se durcissent. Ce seul fait constitue une raison urgente pour un cessez-le-feu.

Il faut reconnaître que les pourparlers qui ont débuté par un cessez-le-feu en 1994 n’ont donné aucun résultat satisfaisant. L’engagement public rapide de la Turquie dans le conflit, d’un côté, est troublant. Le déni structurel et culturel de la Turquie quant à son rôle dans le génocide arménien de 1914 reste intact. Tant que ce problème n’est pas sérieusement abordé, la Turquie ne peut pas espérer la confiance de l’Arménie. La destruction systématique par l’Azerbaïdjan des objets culturels arméniens, condamnée par l’UNESCO, est perçue par les Arméniens comme une extension du génocide de 1914. L’Arménie doit toutefois admettre que des citoyens azerbaïdjanais restent déplacés de leurs foyers dans les provinces azéries occupées par les Arméniens, ainsi que dans le Nagorno-Karabakh, et qu’ils ont le droit de rentrer chez eux dans la dignité.

La communauté internationale doit également considérer son rôle dans le conflit. De nouvelles armes, qui n’étaient produites ni en Arménie ni en Azerbaïdjan, et qu’aucune des deux parties ne possédait pendant le conflit du début des années 90, se trouvent désormais dans leurs arsenaux. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, Israël a fourni près des deux tiers (61 %) de toutes les importations d’armes à Bakou (N.d.T.: Bakou est la capitale de l’Azerbaïdjan) au cours de l’année écoulée, ce qui a eu une influence considérable sur le déroulement des hostilités actuelles, mais il n’est pas le seul. Tous les pays qui ont fabriqué et vendu des armes à l’un ou l’autre des deux pays partagent la responsabilité, car ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas que cette situation n’était pas résolue.

Les pandémies accélèrent le changement. La flambée actuelle de conflits armés est le reflet de la tension causée par les affaires inachevées susmentionnées, héritées de la dissolution de l’URSS et plus encore. Le Bureau international de la paix IPB (International Peace Bureau) estime que l’appel du Secrétaire général de l’ONU à un cessez-le-feu mondial pendant cette pandémie doit être saisi de toute urgence afin de donner un peu de répit à toutes les parties concernées. Il est également nécessaire de créer un espace permettant à la communauté internationale de réfléchir aux circonstances profondes, enracinées et difficiles à résoudre de ce conflit. L’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe OSCE a montré qu’elle n’était pas à la hauteur de la tâche (ce qui n’est pas uniquement sa faute) et devrait demander l’implication des entités des Nations Unies.

Les cessez-le-feu prennent généralement quelques faux départs avant de tenir, car ils sont toujours, au départ, rompus par « l’autre partie », comme cela s’est en effet déjà produit. Ce n’est pas une raison pour être pessimiste ou pour abandonner. La paix est possible, mais ni l’Arménie ni l’Azerbaïdjan n’ont investi les mêmes ressources financières nationales dans la résolution pacifique que dans les conflits militaires. La nomination d’un ministre au niveau du cabinet, ainsi que d’un personnel budgétaire et de soutien, responsable du dialogue et de la désescalade avec l’autre partie devrait être entreprise immédiatement par les deux pays afin de commencer ce qui sera un long, long chemin vers la résolution.

Écrit par Yeshua Moser-Puangsuwan, membre du conseil d’administration de l’IPB

 

Traduit de l’anglais par Evelyn Tischer

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