La crise et ses variables

11.10.2020 - Santiago du Chili - Redacción Chile

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La crise et ses variables
(Crédit image : Rafael Edwards A.- Publication de Pressenza : Perspectives humanistes 2013-2015)

Par Francisco Ruiz-Tagle et José Gabriel Feres – Observatoire humaniste de la réalité psychosociale

La crise progresse sur la planète comme un ouragan. Chaque jour, un nouveau pays se joint à cette vague sociale et les rues des grandes villes deviennent de véritables rivières humaines. Des foules qui n’étaient pas là, les occupent maintenant en élevant leurs exigences. Que demandent-elles ? Eh bien, c’est déjà assez évident, surtout dans les pays que l’on disait jusqu’à présent « émergents », comme le nôtre et d’autres en Amérique latine : les attentes d’une vie meilleure qui soutenaient l’espoir et le dur travail quotidien de ses habitants ont été frustrées du jour au lendemain. Cette profonde désillusion a déclenché un raz-de-marée incontrôlable de colère sociale.

Les leaders d’opinion proches de l’orthodoxie diront que ce n’est qu’une crise de plus, une des nombreuses auxquelles le capitalisme a dû faire face, aggravée par la pandémie. Mais ils espèrent qu’une fois le problème de santé surmonté, les choses reprendront leur cours normal avec un peu d’aide des États, que l’économie sera réactivée et que tout le monde sera content. D’ailleurs, ces porte-parole du système semblent être convaincus que la monstrueuse fragilité sociale des secteurs majoritaires de la population, qui était une fois de plus évidente, sera rapidement oubliée et que ces peuples qui ont crié leur mécontentement de mille façons reviendront docilement dans la logique parfaite de travailler pour consommer et de consommer pour travailler. Aucun d’entre eux n’est en mesure de remettre en cause le système, compte tenu de leur rôle de meneurs. Tout au plus, ils proposeront quelques « réformes » qui n’iront pas au-delà du slogan, sans aucun plan concret et précis pour les mettre en œuvre, suivant la vieille maxime dans le roman « Le Guépard » : que tout change pour que tout reste pareil. L’objectif principal des élites est de retrouver la gouvernance et c’est pourquoi elles ont été contraintes de reformuler leurs discours, de mettre à jour leur arsenal de beaux mensonges pour séduire à nouveau les populations. Réussiront-elles ?

Les secteurs progressistes de l’opposition n’ont pas non plus été très performants. Comme nous le savons, leurs propositions vont toujours dans le sens de la récupération du protagonisme de l’État dans la gestion des revendications sociales, fonction dont il a été complètement exclu par le néolibéralisme. Cependant, ils n’ont pas considéré que dans une ère de mondialisation comme celle que nous connaissons actuellement, les capitaux nécessaires ne se trouvent plus dans les pays mais font partie du circuit spéculatif international. Lorsqu’un pays a besoin de ressources économiques pour résoudre ses problèmes internes, il doit s’endetter et émettre des « obligations », qui sont acquises par les « obligataires ». Les intérêts payés sur ces prêts dépendront de la cote de risque du pays qui émet les obligations, un facteur qui est pondéré en fonction de divers indicateurs qui mesurent sa stabilité interne. Les nations d’Amérique latine sont dans la pire situation pour accéder à ces prêts, étant donné la précarité de leurs économies, qui dépendent fondamentalement du prix de leurs ressources naturelles (matières premières) sur le marché international. Cette dynamique économique mondiale a considérablement réduit l’autonomie des États nationaux, car le pouvoir de décision s’est déplacé vers une sorte de para-État autour du capital financier international. Les exemples qui vérifient la manifestation de ce phénomène, si typique de notre époque, se multiplient chaque jour.

Tous les indicateurs montrent donc que nous sommes entrés dans une crise systémique mondiale, face à laquelle aucune des réponses utilisées dans le passé ne semble être utile. Est-il temps d’essayer de nouvelles voies ?

Que signifie exactement une crise systémique mondiale ?

En termes simples, cela signifie que les solutions et les réponses que nous avons conçues jusqu’à présent pour façonner la coexistence sociale ne fonctionnent plus. La mondialisation a fini par imposer un mode de vie unique à toute la planète : le capitalisme avec quelques variantes « sociales », principalement en Europe, et la démocratie libérale représentative. Depuis ses origines, il y a environ trois siècles, le système économique a été discuté pour son incapacité à générer un niveau acceptable de justice sociale, mais il n’a jamais été remplacé. Les courants du socialisme réel ne sont pas allés jusqu’à proposer un mode de production alternatif, sauf que toute l’administration de l’appareil productif était entre les mains de l’État. Une sorte de capitalisme d’État, à la manière de la Chine d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, les contradictions sociales se sont accentuées, mettant en évidence l’échec de ce système en tant que seul gestionnaire de la vie en commun. Le déclin économique et la perte de confiance du peuple dans ses représentants ont plongé les sociétés dans une situation d’ingouvernabilité qui n’avait pas été observée depuis de nombreuses années. À toutes ces manifestations sociales de la crise s’ajoute aujourd’hui un nouveau phénomène : la détérioration irréversible de l’environnement générée, essentiellement, par le modèle de production et de consommation capitaliste. Les dirigeants actuels tentent de nier les preuves scientifiques abondantes disponibles sur la situation environnementale et tentent d’atténuer le mécontentement social en proposant des mesures cosmétiques, avec pour seul objectif de maintenir le statu quo. Cependant, étant donné la profondeur et l’étendue de la crise, ces tentatives ont peu de chances de réussir.

L’incapacité à concevoir de nouvelles réponses

En général, les formes de conditionnement qu’un système impose aux individus et aux groupes sociaux qui en font partie ont été très peu étudiées. On ne sait pas si ces conditionnements sont uniquement culturels ou s’ils peuvent même atteindre la sphère physiologique, sous la forme d’un blocage de certaines zones du cerveau, qui deviennent inutilisables car non requises par les codes de comportement en vigueur. C’est peut-être l’explication du syncrétisme qui caractérise la décadence (mélange de réponses de différents domaines, mais toutes incluses dans le même système, comme on le tente aujourd’hui avec les « réformes » qui sont proposées pour nous sortir de la crise. Sommes-nous en déclin ?) Ce problème devient plus aigu lorsqu’il s’agit d’un système fermé comme le système actuel, qui, étant unique, élimine toute possibilité de l’ouvrir pour imiter les options alternatives qui ont été mises en œuvre dans des systèmes parallèles.

Si le conditionnement était uniquement culturel, il est très probable que le processus de recherche de ces nouvelles configurations socioculturelles serait viable, car il y aurait une certaine liberté interne pour mettre en mouvement les zones cognitives inutilisées, en profitant des énormes possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour modéliser de nouvelles variantes. Mais si le conditionnement est plus profond, le problème devient plus compliqué, car il faudrait accéder à une sorte de procédure qui permettrait de réaliser une sorte de déblocage collectif du cerveau. Cependant, comme la connaissance de la psyché humaine est aujourd’hui si pauvre, une telle entreprise est considérée comme très irréalisable.

La question

Ce que le Nouvel Humanisme propose depuis sa formation comme référence politique et sociale est la possibilité de vivre dans une société dont la coexistence s’articule sur la base de codes de réciprocité et de coopération et non de concurrence et d’individualisme ; une société dans laquelle le pouvoir est entre les mains du peuple et non entre celles de l’État ou du grand capital ; une société fédérale et décentralisée, dans laquelle l’autonomie des communautés humaines prévaut sur le contrôle centralisé exercé par des structures administratives imposées a posteriori ; une société diverse et multiple, qui doit être coordonnée et non subordonnée ; une société sans violence ni discrimination et non pas une société où prévalent la segmentation et la division sociales ; une société qui explore des formes de propriété partagée entre tous ceux qui produisent la richesse sociale et non pas une société qui encourage la possession et l’accumulation compulsives de biens.

Que devrait-il se passer dans la tête des gens (dans la nôtre) pour qu’ils cessent de croire aux codes de coexistence imposés par ce système, en utilisant tout son attirail de coercition, et commencent à croire à différentes options, comme celles proposées par l’humanisme (ou d’autres qui pourraient commencer à émerger) ?

Selon la conception humaniste, le vrai changement commence dans la tête, c’est pourquoi on parle de psychosocial et pas seulement de social. Le marxisme, par exemple, de son point de vue matérialiste, a conçu le processus à l’envers. Pour eux, la conscience humaine n’était qu’un reflet : il suffisait de transformer les structures socio-économiques pour que les superstructures (la dimension culturelle) soient également modifiées. Il était donc impératif de prendre le pouvoir et d’imposer ces changements révolutionnaires au corps social par le haut, car le reste suivrait. Et c’est ce qu’ils ont fait, et ce fut le cas.

Deux facteurs peuvent influencer radicalement ce changement de croyance :

  1. La conviction profonde sur la défaillance terminale du système actuel et la mobilité des images que ce vide de réponses pourrait réactiver.
  2. La perception d’un danger imminent lié à la possibilité d’un cataclysme environnemental mondial, avec ses conséquences de destruction irrécupérable, de douleur et de souffrance pour l’ensemble de l’humanité pendant des milliers d’années, voire pour toujours. Nous savons que lorsque la survie de l’espèce est menacée, les chances de s’ouvrir à un changement radical augmentent.

Rechercher des signes de changement

Il ne fait aucun doute que les possibilités d’une transformation systémique, par des formes d’action sans précédent, doivent être recherchées dans les nouvelles générations, car nous savons que les paysages déjà installés par l’action du système dans la tête des anciennes générations sont des scénarios plutôt conservateurs et réticents à tout changement. Mais qu’est-ce qui doit être suivi ? En premier lieu, il faudrait détecter si ces deux perceptions, celle de la défaillance systémique et celle du danger imminent, sont déjà présentes dans ce segment psychosocial. Il est fort probable que les images mobilisatrices de l’action ne soient pas encore suffisamment configurées, compte tenu des difficultés de la pensée actuelle non structurée que nous connaissons déjà. Ce qui mobilise les populations aujourd’hui, c’est le registre de la frustration, et c’est pourquoi il s’exprime par une décharge cathartique sans direction.

Ce sera la tâche des nouveaux dirigeants d’aider les nouvelles générations à briser leurs conditionnements et à avancer dans la construction de ces paysages où vit l’avenir, tant que ces dirigeants représentent l’expression visible d’une nouvelle sensibilité qui émerge, et ne viennent pas imposés d’en haut par les anciennes élites, comme c’est encore le cas aujourd’hui en politique. Lorsque ce saut qualitatif se produira, tout sera nouveau : les formes d’action, les codes de relation et même les modes de production. L’avenir sera alors arrivé, avant même qu’il ne soit matériellement construit.

Catégories: Humanisme et Spiritualité, International, Opinion
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