La guerre médiatique et psychologique contre les blocages en Bolivie

16.08.2020 - La Paz, Bolivie - Verónica Zapata

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien

La guerre médiatique et psychologique contre les blocages en Bolivie
Une des nombreuses opérations d'arrestation massive contre les participants à la grève nationale pour la défense de la vie et de la démocratie (Crédit image : Radio Kawsachun Coca)

Le lundi 3 août, la grève illimitée a commencé par des blocages en Bolivie et une guerre médiatique féroce a éclaté, comme lors du coup d’État de 2019. La télévision, les journaux, les radios et les réseaux sociaux publics et privés, liés au coup d’État, ont pour mission de délégitimer et de déformer les blocages, ainsi que de diaboliser les dirigeants, les candidats du MAS et l’ancien président Evo Morales.

Un secteur de la société est manipulé psychologiquement pour l’opposer à ceux qui luttent pour le droit de vivre en démocratie, de voter, et d’élire librement leurs dirigeants à la santé, à l’éducation et au travail. Les médias fonctionnent comme des opérateurs politiques, mais se présentent comme « indépendants » et « neutres ». Ils fabriquent des « fausses matrices d’opinion » pour délégitimer ceux qui résistent au coup d’État. Voici les mensonges que les médias entretiennent :

1 Les blocages relèvent du MAS : la grève illimitée avec blocages fait partie de la lutte du peuple bolivien, pas du MAS. Cette lutte dépasse et surpasse le M.A.S. Il y a le soutien de tout le peuple bolivien dans son ensemble. Felipe Quispe, El Mallku critique le MAS, par exemple, c’est un leader qui participe aux blocages.

2 Les organisations sociales rejettent la date des élections sur un coup de tête : elle est rejetée parce que la décision a été prise par le Tribunal suprême électoral T.S.E. de façon unilatérale, anticonstitutionnelle et illégale par le biais d’une résolution qui outrepasse les lois n° 1297 et n° 1304, qui prévoit des élections, en subordonnant la Constitution politique de l’État (C.P.E.) et l’assemblée législative. La loi n° 1297 sur le report des élections générales stipule que les élections auront lieu dans un délai maximum de 127 jours, du 3 mai jusqu’au au 6 septembre, comme le suggère le TSE. La loi n° 1304 (loi modifiant la loi 1297) ne modifie que l’article 2 de la loi 1297.

Une résolution ne peut pas passer outre une loi, de sorte que l’élection du 18 octobre serait un acte nul et non avenu, ce que Mme. Áñez pourrait ne pas reconnaître à l’avenir. Pour cette raison, les candidats du MAS ont subordonné leur accord sur une nouvelle date électorale à la condition que celle-ci soit fixée par la loi et non par une résolution afin d’entrer dans le cadre juridique constitutionnel et d’avoir une validité juridique.

Salvador Romero, président de la T.S.E., est au courant de ça. À quoi joue-t-il ? Salvador Romero apparaît dans des dépêches publiées par Wikileaks qui démontrent son lien avec le Département d’Etat Nordaméricain et l’Agence américaine pour le développement international USAID. Par l’intermédiaire de l’USAID, la Central Intelligence Agency (CIA) achemine vers les États-Unis des fonds destinés à des opérations politiques contre des gouvernements et des dirigeants non alignés aux États-Unis.

L’élection devait avoir lieu le 22 janvier, date d’expiration du mandat d’Evo Morales, elle a été reportée au 3 mai ; puis elle devait avoir lieu le 2 août, mais il a été convenu qu’elle aurait lieu le 6 septembre sous prétexte que le pic de contagion coïnciderait avec ces dates. Elle a été reportée au 18 octobre et on a commencé à faire valoir que le pic de contagion se situerait en octobre et novembre.

3 Les gens meurent par manque d’oxygène à cause des blocages : Avant les blocages, la Bolivie souffrait d’un manque d’oxygène et les gens mouraient dans les rues, ce qui a été rapporté par divers médias internationaux. Il n’est pas vrai que les réservoirs d’oxygène seraient immobilisés aux points de blocages. Des vidéos peuvent être observées depuis les points de blocages montrant comment ils laissent passer les ambulances, les réservoirs d’oxygène et tout ce qui a trait aux équipements de santé, une mesure qui a été décidée par la Centrale bolivienne des travailleurs (C.O.B.). Des photos de bébés ont été publiées, avec le faux message qu’ils allaient mourir par manque d’oxygène. Áñez a commencé le 31 juillet seulement, à importer de l’oxygène médical d’Uruguay et des États-Unis en raison de la forte demande.

4 Le M.A.S. et/ou les bloqueurs veulent encourager la propagation du Covid-19 : Cette accusation est faite par le même gouvernement de facto qui n’a pas approvisionné les hôpitaux pendant la quarantaine en équipes et en fournitures sanitaires, etc. En conséquence, le système de santé public et privé en Bolivie s’est effondré ; les crématoriums, les cimetières, les laboratoires ont acheté des respirateurs à un coût plus élevé, l’entrée des médecins cubains a été interdite ainsi que l’importation de médicaments cubains Interféron alpha 2b, etc. La Bolivie est le 7ème pays du monde pour le nombre de décès par Covid-19 pour 100.000 habitants avec un pourcentage de 24,73%, selon l’Université Johns Hopkins. Elle compte 298 décès par million d’habitants et l’Argentine 100, malgré le fait que l’Argentine compte quatre fois plus d’habitants que la Bolivie. Actuellement, les groupes paramilitaires circulent en groupe dans les villes, frappant ceux qui bloquent les routes, ils ont oublié la pandémie.

5 Diabolisation des dirigeants indigènes : ils sont accusés d’être des « terroristes », des « trafiquants de drogue », des « séditieux », des « violents », qui « veulent des morts », etc. De faux audios d’Andronico Rodriguez appelant à la violence circulent, ainsi que des photos manipulées, etc. Il en va de même pour Leonardo Loza, etc. Orlando Gutiérrez, cadre du F.S.T.M.B., est appelé un « mineur déguisé ».

6 Dans les blocages, ils ont de la poudre à canon et des armes : Le journaliste espagnol Estrambasaguas, de la droite fasciste en Espagne, a déclaré dans des réseaux sociaux que « ceux qui bloquent ont de la poudre à canon ». Il est rediffusé par des comptes fantômes comme le prétend l’Espagnol Julián Masias Tovar, spécialiste des réseaux sociaux, créés pour la plupart récemment ou lors du coup d’État de 2019 dans 8 numéros, géolocalisés dans d’autres pays.

7 Les camions sont attaqués ou pillés dans les barrages routiers : Javier Robles, un transporteur de poulets, a réalisé une vidéo dans laquelle il dit avoir été bloqué à un barrage routier, qu’il n’a pas été pillé, mais a vendu ses poulets aux villageois pour qu’ils ne pourrissent pas.

8 Campagne féroce contre l’image d’Evo Morales : des photos de l’ex-président accompagné d’une femme et des vidéos avec montage audio ont été réalisées pour réactiver les accusations d' »avoir un harem de femmes », de « sortir avec des jeunes filles », de « participer à des orgies », d' »être macho », « caudillo », « patriarche », etc. D’autre part, il est également accusé de mener une vie de « cheikh arabe » en Argentine. Ils publient des photos de yachts, de palais, de voitures de luxe, de manoirs, etc. en prétendant que l’ex-président les possède. Estrambasaguas, a diffusé dans ses réseaux sociaux des photos de yachts de luxe, les attribuant à Morales.

Ces accusations liées au thème du genre ont commencé avec la fausse nouvelle de « l’affaire Zapata », l’invention d’un fils de Morales qui a été déclenchée lors de la défaite du référendum de 2016, fer de lance du coup d’État de 2019.

Carmen E. Gonzales, une sénatrice putchiste de Pando et qui sur son compte Twitter se vante de lutter contre la « dictature » de Morales, a écrit le 7 août 2020 : « Ils me disent qu’il y a des photos pédophiles du narco @evoespueblo. Envoyez-les ici. Faites connaître au monde entier ce criminel socialiste ». D’autre part, Gabina Condori Nina, une « dirigeante indigène » présumée, a accusé l’ancien président de « viols » lors du coup d’État de 2019, et a ensuite pris la relève de Mme. Áñez en tant que vice-ministre de l’éducation.

Cette stratégie, profitant de l’essor du féminisme, est toujours répétée envers des dirigeants, des journalistes et des présidents populaires et/ou non alignés avec la politique des Etats Unis. Un cas emblématique fut celui de Julian Assange accusé de viol, après avoir révélé des documents de la C.I.A.

La campagne médiatique a une teinte raciste, en raison de son origine indigène et ils l’appellent « Cacique ». Sous son administration, les femmes, en particulier les femmes indigènes, sont entrées massivement en politique et ont participé à la redistribution des richesses, pour la première fois dans l’histoire de la Bolivie. 53% du parlement bolivien est composé de femmes, soit le deuxième pourcentage le plus élevé du monde.

Cette campagne est soutenue par un secteur du féminisme financé par les O.N.G. liées aux Etats-Unis. Même des « progressistes » ou des féministes blanches ont rejoint cette campagne, certaines remettant en cause le coup d’État de 2019 qui a appelé à la grève des femmes indigènes.

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Catégories: Amérique du Sud, Culture et Médias, Peuples originaires
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