Elon Musk et le coup d’État bolivien au lithium : la ressource stratégique de l’avenir

31.07.2020 - La Paz, Bolivie - Verónica Zapata

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien

Elon Musk et le coup d’État bolivien au lithium : la ressource stratégique de l’avenir
Elon Musk (Crédit image : Corevette/Flickr)

Au fur et à mesure que le temps passe, la toile des protagonistes et des acteurs secondaires qui ont articulé le coup d’État civique, militaire et policier se révèle, avec des connexions internes et externes en Bolivie. Dans le secteur civique, l’OEA, l’église, les médias, les politiciens, les hommes d’affaires et les fonctionnaires de la justice se regroupent. Il convient de noter qu’il est nécessaire de faire la différence entre les responsables et les complices afin de mener à bien un coup d’État conçu et planifié depuis 2016, avec l’invention d’un fils d’Evo Morales qui a conduit à la défaite au référendum constitutionnel. Le coup d’État a été monté sur un terrain fertile à cet effet, payé par les erreurs de l’ancien gouvernement et la déviation des principes idéologiques qui ont été à l’origine du processus de changement.

Le 24 juillet, la participation de la société Tesla, le plus grand fabricant de voitures électriques du monde, au coup d’État en Bolivie a été connue. Elon Musk est le fondateur et le directeur de cette société qui conçoit, fabrique et vend des voitures électriques, leurs composants et des batteries au lithium. L’implication de l’entrepreneur dans le coup d’État a été révélée dans un message sur Twitter dans lequel le magnat sud-africain, un citoyen américain, se plaignait des subventions de Trump et écrivait : « Un nouveau plan de relance n’est pas dans l’intérêt des gens ». Un internaute nommé Armani l’a réprimandé : « Tu sais que ce n’était pas la meilleure chose à faire pour les gens ? Le gouvernement américain organise un coup d’État contre Evo Morales en Bolivie pour que tu puisses y obtenir le lithium ». Le magnat a répondu en toute impunité : « Nous renverserons qui nous voulons. Oublie ça ». Puis Evo Morales s’est fait l’écho de cette conversation et a croisé l’homme d’affaires : « @elonmusk, propriétaire de la plus grande usine de voitures électriques dit à propos du coup d’Etat en #Bolivie : « nous frapperons qui nous voulons. Une preuve supplémentaire que le coup d’État concernait le lithium bolivien, et deux massacres en conséquence. Défendons nos ressources naturelles. » Cette publication a fait sensation sur les réseaux sociaux et des milliers de messages ont condamné les propos du magnat. Elon Musk a ensuite précisé que le lithium destiné à sa société provient d’Australie.

La suggestion selon laquelle les États-Unis peuvent mener un coup d’État sur n’importe quel pays sans que personne ne puisse rien y faire est un message menaçant pour la région, et montre le coup d’État en Bolivie comme un exemple pour les pays qui ne s’alignent pas sur les intérêts américains. .La participation des entreprises aux coups d’État et aux guerres dans la région n’est pas nouvelle, mais personne n’avait jamais vu autant d’effronterie à se vanter d’une telle action de la part d’un homme d’affaires. D’autre part, les paroles du magnat révèlent sa participation d’une certaine manière et confirment que ce qui s’est passé en Bolivie le 10 novembre 2019 était un coup d’État, et qu’il n’y a pas eu de fraude électorale de la part du MAS, comme l’a soutenu l’OEA dans un rapport qui ne présente aucune preuve à cet égard et qui a été remis en question par divers rapports indépendants émanant de diverses universités. À cet égard, Evo Morales a toujours maintenu l’hypothèse selon laquelle le principal motif du coup d’État avait été d’exclure les États-Unis du projet d’industrialisation du lithium qui était mené dans le pays conjointement avec l’Allemagne et la Chine.

Le boycott de l’industrialisation du lithium à Potosi et sa relation avec le coup d’État

Marcos Pumari, président du comité civique de Potosi (Comcipo) et actuel candidat à la vice-présidence dans le binôme « Nous croyons », a été avec Fernando Camacho le leader avant le coup d’État, d’une mobilisation féroce avec blocages et grève de la faim contre le projet national de développement industriel des batteries au lithium dans le département de Potosi où se trouve la plus importante réserve de lithium. Un tel exploit a projeté le pays comme une future puissance au niveau régional.

Cette mobilisation régionale avec blocus a duré près de deux mois de sorte que le 7 octobre 2019, deux semaines avant les élections générales du 20 octobre 2019, il a annoncé une grève générale illimitée, exigeant qu’Evo Morales annule le décret suprême 3738 sur l’industrialisation du lithium du Salar (désert de sel) de Uyuni, par lequel l’État bolivien, par l’intermédiaire de Yacimiento Petrolíferos Bolivianos (YPB), s’est associé à la société allemande ACI Systems, pour l’installation d’une usine de matériaux cathodiques et de batteries au lithium pour le marché européen. En retour, ce décret précisait que Potosi recevrait une redevance de 3%. Ainsi, les États-Unis avaient été laissés de côté dans le projet d’industrialisation du lithium Bolivien.

Dans cette société mixte, l’actionnaire majoritaire serait l’entreprise publique Yacimientos del Litio Boliviano (YLB) avec 51% et l’entreprise allemande avec 49%, qui fournirait la technologie, le marché et le financement. YLB avait également signé un contrat avec Industrias Quantum Motors, qui possède une usine à Cochabamba, pour la fabrication en série de véhicules électriques. Le 1er octobre 2019, la Bolivie a fait la une de l’actualité mondiale quand Evo Morales a présenté comme un évènement historique de la souveraineté technologique du pays, le premier véhicule électrique fabriqué sur le territoire bolivien par Quantum et fonctionnant avec des batteries au lithium-potassium provenant du Salar de Uyuni.

D’autre part, le pays avait signé un contrat préliminaire avec la société chinoise Xinjiang TBEA Group-Baocheng pour la construction d’usines d’industrialisation du lithium dans les salines de Copaisa et Pastos Grandes. À partir d’un type de saumure, on produirait du lithium métallique, un produit précieux à la pointe de la technologie. La Bolivie serait ainsi l’un des rares pays au monde à le produire. L’importance de l’accord stratégique avec la Chine résidait dans le fait qu’elle était le principal producteur et exportateur de voitures électriques, en plus de contrôler le marché des batteries au lithium et des accumulateurs électriques. Sa société BYD, constructeur de voitures électriques, avait alors remplacé la société américaine Tesla dans la production.

Marcos Pumari réussit à faire reculer Morales sur cette initiative en l’accusant d’être « antipatriote » disant qu’il « remettait le lithium aux entreprises étrangères » sans que Potosi n’en tire de plus grands bénéfices. Il réactiva le fantôme de l’histoire de l’exploitation que le département avait connu pendant la colonisation avec l’or et l’argent de la célèbre et riche colline de Potosí. Il a ainsi obtenu le soutien de la droite et d’une partie de la gauche, en organisant des blocus dans toute la ville de Potosi, et en menant même une grève de la faim pour exiger des royalties supérieures à 3%.

Le 3 octobre, Evo Morales a cédé et rompu le contrat avec l’entreprise allemande et a promis d’installer une fabrique de batteries au lithium à Potosi et de déplacer le siège d’YLB de La Paz à Uyuni et de négocier les redevances. Mais les exigences des groupes de citoyens se sont multipliées, ont soudain exigé que Potosi soit partenaire et actionnaire, et ont refusé de n’obtenir que des royalties pour accéder à 50% des bénéfices générés par cette industrie. Cela a révélé que la revendication pour une redevance plus élevée pour le lithium n’était qu’une excuse pour un autre objectif plus important. Pumari a suivi les traces du Comité Pro Santa Cruz dirigé par Fernando Camacho et a rejoint les revendications pour une plus grande autonomie de Potosi jusqu’à un État fédéral. À cela s’ajoutent les plaintes contre la réélection et une fraude présumée aux élections, dans le but de contraindre le pays à réaliser un coup d’État planifié en détail à l’avance.

Les putschistes et Elon Musk

Le 1er avril, Jeanine Áñez, par l’intermédiaire de sa chancelière Karen Longaric, a demandé par lettre à Elon Musk le don de respirateurs pour les soins des patients atteints de Covid-19. Après que l’entrepreneur ait proposé d’envoyer gratuitement des ventilateurs aux hôpitaux du monde entier depuis son compte Twitter le 31 mars dernier, la réponse du magnat à la demande demeurait inconnue.

D’autre part, le 19 février, après la révélation par Jair Bolsonaro de son objectif de faire annoncer par Elon Musk l’installation d’une usine de voitures électriques Tesla au Brésil, Samuel Doria Medina, candidat à la vice-présidence du binôme « Ensemble » avec Áñez, a annoncé sur Twitter son intention de remettre le lithium bolivien à l’homme d’affaires : « @jairbolsonaro cherche à convaincre @elonmusk de créer une usine de voitures électriques Tesla au Brésil. Je propose que nous fassions un projet Brésil-Bolivie pour que nous munissions les batteries de ces voitures avec le lithium d’Uyuni ».

Curieusement, le dimanche 9 novembre, la veille du coup d’État, les actions de Tesla ont augmenté de façon exponentielle à la Bourse de New York et continuent d’augmenter aujourd’hui encore.

La Bolivie est la principale réserve de lithium au monde avec 60% du total

Entre 75 et 85% des réserves mondiales de lithium sont situées dans le « Triangle du lithium » composé de l’Argentine, de la Bolivie et du Chili, mais la plus grande réserve de lithium en saumure se trouve dans le Salar de Uyuni, à Potosi, sur le territoire bolivien. Le pays dispose d’une réserve de 21 millions de tonnes de lithium, soit 60% du total. Le lithium est considéré comme une ressource naturelle stratégique, essentielle pour changer la structure énergétique et un facteur déterminant pour modifier le schéma technologique, puisque les batteries ion-lithium augmenteront la capacité de mobilité des voitures et des accumulateurs d’énergie, car c’est un métal pertinent pour être utilisé dans la vie quotidienne. La demande de lithium appelé « nouvel or blanc » devrait augmenter de manière exponentielle car il est utilisé pour fabriquer des batteries pour différents appareils tels que les téléphones portables, les montres électroniques, les smartphones, les ordinateurs portables, les appareils photo et vidéo, le verre, les avions, les bateaux, les médicaments et surtout les voitures électriques. On estime que la demande pour ce type de véhicule sera multipliée par 30 dans les dix prochaines années.

Le Dr Ernesto Calvo, l’un des plus importants spécialistes du lithium en Argentine et chercheur à l’UBA-CONICET, a déclaré lors d’une interview en 2018 : « Le lithium est le métal le plus léger et il est également électropositif, ce qui permet de stocker beaucoup d’énergie dans une très faible masse, ce que nous appelons la densité énergétique, et c’est pourquoi les batteries sont si efficaces. Ces 25 dernières années, nous avons vu comment la communication avec les téléphones portables a changé nos vies, précisément grâce aux batteries ion-lithium. Maintenant, je suppose que les 25 prochaines années, nous verrons quelque chose de similaire avec les voitures électriques ».

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Catégories: Amérique du Sud, Economie, Politique
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